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France 22/07/2026 17:26 Actualisé le 22/07/2026 17:49
Confrontés à une violente saison des feux, les volontaires comme les professionnels sont poussés dans leurs retranchements. Les syndicats réclament plus de moyens.

ESTELLE RUIZ / Hans Lucas via AFP
« Mis à rude épreuve » par les feux, les sapeurs-pompiers crient leur mal-être. (photo d’illustration lors d’un entraînement en juin 2025 dans la forêt de Brocéliande)
Une profession exsangue et endeuillée. La saison infernale des feux de forêt qui frappe la France met les sapeurs-pompiers à rude épreuve. Épuisement, manque d’effectifs, problèmes matériels… Les professionnels ne cachent pas leur détresse et leur mécontentement, alors que trois d’entre eux ont trouvé la mort en combattant des incendies depuis le début de l’été.
Deux professionnels de 34 ans sont décédés le mardi 21 juillet, piégés dans leur camion-citerne alors qu’ils combattaient un feu de pins « très virulent » près de l’aéroport de Bordeaux. Cette grogne et cette fatigue des pompiers interviennent alors que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, maintient que le pays a « suffisamment de moyens » pour lutter contre les incendies.
« Dire que tout va bien n’est pas une réalité », tancent les syndicats de la profession cités par l’AFP. « Quand on envoie une colonne de renfort d’une cinquantaine d’hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité, affirme Guillaume Millet de la CFDT, on ne fait qu’avec 50, donc les gens sont épuisés ».
Le manque de moyen est aussi évoqué par Sébastien Delavoux de la CGT. « La fatigue est un ennemi lors des feux de forêts, par l’intensité des missions et la durée des engagements », a-t-il expliqué à l’AFP, ajoutant que des agents « rincés » peuvent connaître « des pertes de lucidité » avec de réels risques d’intoxication. « La ressource n’est pas intarissable et les corps sont mis à rude épreuve », confirme auprès de l’agence de presse David Saquet, président de l’Unsa Pompiers, qui alerte sur la « fatigue physique » et « mentale ».
« La tête nous dit d’y aller, mais le corps ne suit pas »
Le mal-être des pompiers se fait aussi entendre dans la presse locale, notamment en Nouvelle-Aquitaine où les deux soldats du feu sont décédés mardi. Marc Vermeulen, directeur des pompiers de Gironde, était ému en annonçant la mort de ses collègues lors du « très violent feu de forêt », précisant qu’une « enquête » aurait à « préciser » comment le drame a pu se produire. « À chaque fois qu’il y a des morts, il y a des hommages, mais le problème de fond des moyens n’est pas traité », a pour sa part dénoncé Sandy Leroy, délégué CGT du SDIS des Landes, cité par ICI Gironde, qui dit craindre « d’autres drames » alors que la saison des feux a démarré « très tôt ».
De département en département, les témoignages se suivent et se ressemblent. « Ça commence à piquer parce qu’on n’a plus de personnel », a confié Saïd, un pompier volontaire de 54 ans interrogé par TF1 dans le Var. Informaticien dans le civil, il assure qu’il n’aura « pas de vacances de l’été » et confie devoir enchaîner les journées de travail où il code et celles où il combat les flammes sur ses jours de congé. « On peut dire ce qu’on veut, mais ce n’est plus pareil qu’avant, glisse-t-il au micro de la Une, la tête nous dit d’y aller, mais le corps ne suit pas. »
Le rythme harassant est aussi évoqué par Gaëtan Remond, président du syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels de Côte-d’Or, plus au nord de l’Hexagone. En une journée, il déclare avoir dû gérer « sept interventions en ambulance », « deux départs » de feu et « cinq heures de déploiement sur un feu de forêt ». « Je suis rentré vers 1h30 du matin, j’ai eu une pause de 30 minutes pour me restaurer et prendre une douche avant de repartir », a-t-il relaté à France 3 Bourgogne-Franche-Comté.
L’augmentation des interventions s’observe aussi en Haute-Vienne, où leur nombre a « quasiment doublé » selon la lieutenante-colonelle Laure Chedozot, citée par Radio France. « Forcément, on se sent fatigué, il n’y a pas le choix, il faut y aller », témoigne l’un des pompiers déployés sur le département, quand un de ses collègues, « père de trois enfants, dont deux en bas âge », se confie sur le « très peu de présence à la maison ces derniers temps ». « Je pense que la question ne se pose même pas, ajoute-t-il, c’est une situation exceptionnelle, donc la sollicitation et l’engagement restent aussi exceptionnels. »


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