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Dans un îlot de forêt marécageuse de Zambie s’abattent chaque fin octobre près de 10 millions de mammifères que les gnous du Serengeti n’égalent pas

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Chaque année, un îlot de forêt marécageuse de Zambie accueille un rassemblement de mammifères sans équivalent sur Terre. Entre octobre et décembre, jusqu’à dix millions de roussettes paillées se pressent sur à peine deux hectares de canopée. Une densité de vie qui dépasse, et de loin, la célèbre migration des gnous du Serengeti.

À retenir

  • Chaque année, de octobre à décembre, jusqu'à dix millions de roussettes paillées se concentrent sur deux hectares de la forêt de Mushitu dans le parc national de Kasanka, en Zambie.
  • Cette concentration représente environ 2 500 tonnes de biomasse animale, surpassant en densité la migration des gnous du Serengeti pourtant répartie sur plus de 10 000 kilomètres carrés.
  • La population de roussettes paillées a décliné de 25 à 30 % en quinze ans à cause de la chasse et du défrichement, poussant la Haute Cour de Zambie à ordonner en 2022 l'arrêt temporaire des activités destructrices autour du parc.

Un ciel qui s’obscurcit chaque soir au-dessus de Kasanka

Dans le parc national de Kasanka, en Zambie, un phénomène d’une ampleur rare se joue discrètement depuis des décennies. D’octobre à décembre, les roussettes paillées, Eidolon helvum de leur nom scientifique, convergent par millions vers un petit bois marécageux appelé forêt de Mushitu. National Geographic avance une fourchette de huit à dix millions d’individus, avec un pic atteint à la mi-novembre.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’espace occupé par cette foule ailée. Toutes ces chauves-souris frugivores se tassent chaque jour sur une surface de seulement deux hectares, soit à peu près la taille de trois terrains de football. Le soir venu, elles s’élèvent en nuées si denses qu’elles obscurcissent littéralement le ciel au-dessus du parc.

Curieusement, ce spectacle gigantesque est resté ignoré du monde scientifique jusqu’en 1980, date de sa découverte. Un rassemblement de cette ampleur, caché dans un parc de seulement 390 kilomètres carrés, l’un des plus petits de Zambie, situé à 521 kilomètres au nord-est de Lusaka. Depuis 1990, c’est le Kasanka Trust Ltd qui en assure la gestion, en partenariat avec les autorités zambiennes.

Pourquoi les gnous font pâle figure face à ces chauves-souris

On associe spontanément le mot migration aux grandes plaines d’Afrique de l’Est, où quelque 1,3 million de gnous, rejoints par des zèbres pour atteindre près de deux millions d’animaux, parcourent plus de 10 000 kilomètres carrés entre la Tanzanie et le Kenya. Un ballet terrestre impressionnant, souvent présenté comme la référence absolue en matière de migration animale.

Pourtant, en termes de biomasse concentrée, Kasanka surclasse largement le Serengeti. Les scientifiques estiment que cette masse de chauves-souris en vol représente environ 5,5 millions de livres d’animaux, soit près de 2 500 tonnes, ce qui en ferait la plus forte densité de biomasse de mammifères jamais recensée sur la planète.

La différence tient à la méthode de calcul autant qu’à la nature du phénomène. Les gnous se dispersent sur un territoire immense, tandis que les roussettes paillées s’entassent sur une poignée d’hectares. Rapportée à la surface occupée, aucune autre migration de mammifères connue n’atteint une telle concentration de vie animale.

Le mystère d’un rendez-vous millimétré avec les fruits de la forêt

Pourquoi ces animaux choisissent-ils précisément ce coin de Zambie, à cette période de l’année ? La réponse tient en un mot : la nourriture. L’arrivée des roussettes coïncide avec la maturation de fruits sauvages présents en abondance dans la région à cette saison, offrant un garde-manger providentiel à des millions de bouches affamées.

Le reste de la journée, ces chauves-souris frugivores se reposent dans le marécage touffu qui longe la rivière Musola, un refuge dense partagé avec plus de 470 espèces d’oiseaux et une centaine d’autres mammifères. Un véritable sanctuaire de biodiversité, bien au-delà du seul épisode migratoire.

Une étude menée par télémétrie satellitaire a par ailleurs révélé l’ampleur des déplacements individuels de ces animaux une fois la saison terminée. Certains individus parcourent en moyenne 90 kilomètres par jour lors de leurs migrations, le record enregistré atteignant 2 518 kilomètres cumulés en 149 jours pour un seul animal suivi.

Ce chiffre donne une idée de l’endurance remarquable de ces mammifères volants, capables de relier des régions entières d’Afrique australe et centrale au fil des saisons, bien avant et bien après leur passage éclair par Kasanka.

Cette abondance spectaculaire ne doit pas masquer une réalité plus préoccupante. Le défrichement agricole et minier aux abords du parc menace directement la capacité de l’écosystème à accueillir un tel rassemblement. La population de roussettes paillées aurait décliné de 25 à 30 % en quinze ans, largement due à la chasse pour la viande de brousse pratiquée en Afrique de l’Ouest et centrale.

Face à cette dégradation, la Haute Cour de Zambie, à Lusaka, a ordonné en janvier 2022 l’arrêt temporaire de l’abattage d’arbres, des activités agricoles et du pompage d’eau dans le parc et sa zone tampon, la Kafinda Game Management Area. Environ 1 200 hectares avaient été défrichés illégalement par les sociétés visées, qui auraient depuis continué à enfreindre cette injonction.

Ce bras de fer judiciaire illustre la fragilité d’un phénomène aussi concentré. Il suffirait de quelques hectares perdus dans cette forêt de Mushitu pour fragiliser durablement l’une des migrations de mammifères les plus denses jamais documentées, un patrimoine naturel que peu de voyageurs connaissent encore, mais que la science continue d’étudier avec une attention croissante.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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