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Dans un hangar de Baïkonour dormait depuis 1988 une navette spatiale intacte : en 2002, ce qui lui est tombé dessus a tué 8 ouvriers

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Un vol unique, deux orbites autour de la Terre, un atterrissage automatique digne d’un film de science-fiction. Puis quatorze ans de silence dans un hangar poussiéreux du Kazakhstan. Le 12 mai 2002, un dimanche pluvieux, le toit de ce hangar s’effondre et écrase définitivement la navette soviétique Bourane, tuant huit ouvriers qui tentaient justement de réparer la toiture.

À retenir

  • Une navette soviétique effectue un vol sans équipage d’une précision surhumaine en 1988
  • Pendant 14 ans, elle dort dans un hangar mal conçu du Kazakhstan
  • Une simple fuite d’eau suffit à détruire le symbole de la conquête spatiale soviétique

Sommaire

  1. Un vol parfait resté sans lendemain
  2. Quinze ans d’oubli dans un hangar de Baïkonour
  3. Le 12 mai 2002 : la pluie qui a tout détruit
  4. Ce qu’il reste du rêve soviétique

Un vol parfait resté sans lendemain

Tout commence le 15 novembre 1988. Construite en 1986, la navette a effectué son unique vol en mode automatique sans équipage le 15 novembre 1988. Aucun cosmonaute à bord, aucune improvisation possible : tout repose sur l’électronique de bord. Le résultat dépasse les espérances des ingénieurs soviétiques. La navette a orbité la Terre deux fois en 206 minutes de vol, puis a effectué un atterrissage automatisé sur la piste de Baïkonour où, malgré un vent latéral de 61,2 km/h, elle s’est posée à seulement 3 mètres latéralement et 10 mètres longitudinalement de sa cible. Une prouesse technique que même le programme américain de la navette spatiale n’avait pas réalisée à ce niveau de précision automatique.

Le vaisseau, baptisé Bourane (« tempête de neige » en russe), n’était pas un coup d’essai isolé. La construction du vaisseau avait débuté en 1980, et dès 1984 le premier orbiteur grandeur nature était sorti des ateliers, avec plus de 1000 entreprises de toute l’Union soviétique impliquées dans sa conception. Un projet pharaonique, pensé comme la réponse directe à la navette américaine, avec l’ambition de transporter jusqu’à dix cosmonautes. Mais l’histoire en a décidé autrement : la chute de l’URSS a coupé les vivres avant qu’un deuxième vol, prévu pour 1993, ne puisse avoir lieu.

Quinze ans d’oubli dans un hangar de Baïkonour

Après son unique sortie dans l’espace, Bourane retourne à Baïkonour et n’en ressortira jamais. Le vaisseau est entreposé dans le bâtiment 112, une structure gigantesque conçue à l’époque soviétique. Ce hangar, construit à l’époque soviétique pour le programme de navette spatiale Bourane, mesurait 70 mètres de haut pour 120 mètres de long et 80 de large. À l’intérieur, la navette repose juste au-dessus d’une maquette du lanceur Energia, celui-là même qui l’avait propulsée en orbite quatorze ans plus tôt.

Le problème, c’est que ce hangar n’a jamais été pensé pour durer sans entretien. Baïkonour se trouve dans une zone désertique où il ne pleut que quelques jours par an, ce qui explique pourquoi les architectes soviétiques avaient privilégié une isolation thermique contre les écarts de température plutôt qu’une véritable étanchéité. Ce bâtiment était donc isolé thermiquement mais pas protégé contre la pluie, le matériau utilisé pour l’isolation étant une sorte de mousse qui absorbait l’eau comme une éponge. Un détail de construction resté sans conséquence pendant des décennies. Jusqu’à ce que le ciel décide autrement.

Le 12 mai 2002 : la pluie qui a tout détruit

Ce dimanche-là, des pluies torrentielles s’abattent sur le cosmodrome. Il avait beaucoup plu cette année-là, le toit s’était gorgé d’eau et lorsque des ouvriers sont venus le réparer, il s’est effondré sous son propre poids. Huit hommes travaillaient sur la toiture au moment du drame, cherchant précisément à consolider une structure fragilisée par des années de négligence budgétaire post-soviétique.

L’effondrement n’est pas total mais suffisamment massif pour ne laisser aucune chance. Trois des cinq sections du toit se sont effondrées ce dimanche matin, et la hauteur de l’édifice laissait peu de chances de survie aux huit ouvriers qui effectuaient des travaux sur le toit. Sept étages de chute libre, une masse de béton et de métal qui s’abat d’un coup. Les secours n’ont quasiment rien pu tenter. Un responsable de l’agence spatiale russe a d’ailleurs pointé du doigt des défauts de construction de l’édifice, mettant en cause les pratiques des années 1970-1980 en URSS, quand les constructeurs étaient pressés par les autorités pour des raisons politiques. le hangar portait déjà en lui les stigmates d’une course à la performance qui négligeait la rigueur technique. Ironie tragique : la navette qui symbolisait la maîtrise soviétique de l’ingénierie a fini écrasée par les malfaçons de son propre abri.

Sous les décombres, Bourane et la maquette d’Energia sont réduites en miettes. L’effondrement a tué huit ouvriers qui effectuaient des travaux d’entretien sur le toit du bâtiment, et a entraîné la destruction de Bourane, qui reposait sur une maquette d’Energia. En quelques secondes, disparaît le seul exemplaire du programme soviétique de navette spatiale ayant jamais quitté l’atmosphère terrestre.

Ce qu’il reste du rêve soviétique

La catastrophe pousse enfin les autorités kazakhes à agir pour sauver ce qui peut encore l’être. À la suite de cet accident, l’orbiteur Ptichka a été déplacé vers un bâtiment adjacent, aux côtés d’un modèle d’orbiteur. Une décision tardive, mais qui a permis d’éviter un second désastre identique sur l’autre navette assemblée du programme, restée elle aussi à l’abandon depuis l’arrêt officiel du projet par Boris Eltsine en 1993.

Aujourd’hui, le bâtiment 112 reste visible, à moitié effondré, dans les images de fond lors des retransmissions de lancements depuis Baïkonour. Un vestige rouillé qui coûte à réfléchir : le programme Bourane avait englouti l’équivalent de plusieurs dizaines de milliards de dollars actuels avant d’être abandonné, pour finir écrasé non pas par un accident spatial, mais par une simple fuite d’eau mal anticipée. Reste une question qui hante encore les ingénieurs russes : combien d’autres vestiges de la conquête spatiale soviétique attendent, dans des hangars similaires, le jour où la pluie décidera à leur tour de leur sort ?

Sources : lorientlejour.com | bewaremag.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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