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Oreille attentive, Olivier Delacroix part à la rencontre de victimes, non pas d’un parent ou d’un partenaire amoureux, mais d’amis.
On a coutume de dire que si l’on subit sa famille, les amitiés sont, au contraire, dûment choisies. Face à un parent identifié comme toxique, les psychologues enjoindront la fuite, à tout le moins une séparation nette, peut-être durable. Face à un partenaire amoureux repéré comme tel, ils prodigueront peu ou prou le même conseil. Que dire, en revanche, des amis ?
Alors même que celles-ci sont par essence supposées être totalement désintéressées, le fruit d’une construction lente, fondée sur des affinités purement électives ? Après le harcèlement à l’école, l’influence néfaste de l’utilisation abusive des réseaux sociaux, les ravages de la drogue, les maltraitances ou le suicide, Olivier Delacroix, oreille décidément attentive de France 2, s’intéresse à cette question.
« Amitiés toxiques : ces liens qui détruisent », ce sont des enfants qui se sont jetés corps et âme dans une amitié très forte, pour mieux être trahis. Ce sont des couples qui ont implosé, victimes de l’emprise d’une supposée meilleure amie. Ce sont des hommes ou des femmes qui ont accepté de tout quitter, pour mieux plonger dans le néant.
Les exemples sont nombreux. « L’emprise peut toucher tout le monde. Elle peut toucher tous les milieux, quel que soit le milieu, l’âge ou le genre. Elle est redoutable parce qu’elle s’installe souvent de manière insidieuse », dit le narrateur de ce film. Le degré de confidence, la confiance totale, le lien qui se tisse, plus solide encore que celui du sang, parfois si précaire, ou amoureux, objet de tant d’enjeux. La dépendance affective enfin, qui ouvre les vannes du chantage et du fourvoiement.
Recueillir la parole
Olivier Delacroix va à la rencontre des victimes, pose les questions, revient sur les choix, sur les indices qui auraient pu alerter, sur les mises en garde de l’entourage. Et sur la difficulté à dire, à demander de l’aide afin de sortir de l’engrenage. Car enfin, ces revers-là, en amitié, ne sont pas supposés arriver. Le mécanisme de l’emprise se décompose en plusieurs phases. Repérage, séduction, appropriation, mensonge, domination… Le narrateur les énumère et les analyse au fil des témoignages. L’objet du film n’est pas d’approfondir le processus. La démarche d’Olivier Delacroix n’est pas intellectuelle. Il s’attache à montrer comment les individus, et donc le monde, fonctionne. « Effectivement, je ne revendique absolument pas une démarche psychologique, parce que je ne le suis pas. Je me confronte à toutes ces personnes. Je pense à ceux qui souffrent. Je m’applique à les aider en les invitant inlassablement à libérer leur parole. Cette parole, transmise à la radio, à la télévision, a une portée bien plus grande qu’on l’imagine », dira-t-il lors d’un point presse saisonnier de « Dans les yeux d’Olivier ». Le programme existe depuis 2011 et revient chaque année pour cinq ou six épisodes. S’il n’est pas la seule émission dite, testimoniale, du petit écran - Faustine Bollaert occupe également le créneau avec « Ça commence aujourd’hui » (France 2) - il interpelle par la présence même et la sincérité de celui qui l’incarne.


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