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Mao, l'encombrant héritage
L’épisode 5 sera disponible prochainement.
Mao, l'encombrant héritage
L’épisode 5 sera disponible prochainement.
Par Jordan Pouille
Publié aujourd’hui à 19h00Article réservé aux abonnés
Enquête« Mao, l’encombrant héritage » (4/7). Témoins de la Révolution culturelle, voire du Grand Bond en avant, de nombreux retraités se retrouvent dans les parcs. A travers leurs chants, ils font revivre une époque, même si la plupart préfèrent ne pas transmettre ce vécu douloureux à leurs descendants.
« La rivière Liuyang/ Elle serpente sur neuf courbes/ Cinquante lieues d’eau jusqu’à la rivière Xiangjiang/ Sur ses rives se trouve le district de Xiangtan/ C’est là qu’est né le président Mao. » A l’entrée est du parc boisé du Lac de la solidarité (Tuanjiehu), au cœur de Pékin, trois matins par semaine, une centaine de retraités tirés à quatre épingles célèbrent Mao à pleins poumons. Certains ont connu la faim lors du Grand Bond en avant (1958-1961), d’autres, la brutalité de la Révolution culturelle (1966-1976). Tous ont grandi avec son portrait dans le salon, « Le Petit Livre rouge » à portée de main et les chansons à sa gloire. Ils sont les derniers témoins d’une époque dont la mémoire se transmet de plus en plus difficilement à leurs enfants et petits-enfants.
Parmi eux, Yongli (qui n’a pas souhaité donner son nom), 77 ans, chaussures, pantalon et polo noirs, micro à bonnette rouge. Ce fils d’ouvriers, pékinois depuis trois générations, chante comme il marche : « Je m’adonne à la chanson patriotique, qui me rend enthousiaste, et à la marche rapide. J’ai une tension artérielle de jeune homme. Je peux viser les 100 ans. » « Ces chants ont le mérite de véhiculer des émotions positives, souligne Justine Rochot, sociologue du troisième âge en Chine et chercheuse à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est. Cela correspond aux objectifs que se fixent bien des retraités chinois en se rendant au parc, à savoir oublier les problèmes domestiques et préserver leur santé. »
Yongli – son prénom signifie « victoire éternelle » – a traversé les premières années de la Révolution culturelle sous la protection de sa sœur, une garde rouge. « Elle m’a emmené en train pour aller voir la maison natale de Mao à Shaoshan [dans la province du Hunan, au centre de la Chine]. Elle disposait d’une lettre de recommandation de l’école numéro 56 de Pékin pour voyager n’importe où. Nous n’avions peur de rien. »
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