Au moment même du déclenchement de la guerre en Ukraine, Le Mage du Kremlin nous avait ouvert les portes du pouvoir russe par le biais de l’une de ses éminences grises. Avec Le Fondateur, Giuliano da Empoli nous invite au cœur du réacteur de la puissance numérique américaine, dans les bureaux sécurisés d’un géant de la tech, inspiré par Peter Thiel, le bien réel patron de Palantir, la firme spécialisée dans la collecte de données de masse au service du renseignement, de la police migratoire (ICE) et de la guerre, en Ukraine ou à Gaza. Outre les Etats-Unis, de nombreux autres gouvernements, notamment en Europe, ont recours à ces services.
Une chose est de connaître, même de loin, ces informations, publiques, tout comme les risques que ces outils ultra-puissants font courir à la souveraineté des Etats et à la sauvegarde de la vie privée. Une autre est de pouvoir vivre, par le prisme du roman, une réalité déjà transformée en cauchemar dystopique par ces mêmes outils. C’est ce que permet Giuliano da Empoli qui croise ici le souci de l’exactitude de l’essai à l’amplitude et à la liberté romanesques. Pour l’auteur des Ingénieurs du chaos et de L’Heure des prédateurs, le roman est sans doute le meilleur moyen de donner à voir le réel. Face à la puissance de feu mortifère de ces logiciels de contrôle, face aux essaims de drones qu’ils pilotent, Giuliano da Empoli propose une fiction qui permet de les regarder en face, les yeux grands ouverts. Et avec eux, un monde, celui du livre, celui de la politique et des instances démocratiques, qui vacille.


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