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Des tests de QI peuvent-ils décider de l’entrée en maternelle ? Dans la baie de San Francisco, des écoles privées sélectives s’appuient sur des évaluations cognitives très précoces. Une tendance qui interroge autant la fiabilité du QI que la logique de sélection dans l’enfance.
Trop bêtes pour la maternelle ? C’est le verdict qui tombe chaque année pour nombre d’enfants encore dans le bac à sable, recalés car leur quotient intellectuel (QI) n’atteint pas les sommets exigés par les écoles VIP de la baie de San Francisco. D’après le San Francisco Standard, dans la région, le test de QI des tout-petits serait devenu le nouveau sésame des élites, à dégainer avant même le cartable.
Objectif : un QI de 130
« Dans la Silicon Valley, les tests de QI formels en maternelle restent relativement rares. L’exception la plus nette est la Nueva School » pointe auprès de Numerama Daisy Pellant, psychologue et directrice d’un lycée d’excellence à Palo Alto. La Nueva School évoque en effet sur son site la nécessité de passer un test de QI, en particulier le Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence (WPPSI) — imaginé par un psychologue américain en 1967, et réactualisé à plusieurs reprises depuis — pour les marmots âgés de 3 ans et 10 mois à 5 ans et 11 mois.
Le but, selon l’établissement, est d’évaluer leurs « aptitudes linguistiques et mathématiques et leur capacité de raisonnement, de perception et de motricité », tout en précisant que cette évaluation n’est qu’une partie du processus d’admission et qu’il faudrait un score d’environ 130 au test pour que le bébé soit pleinement à l’aise dans la maternelle de Hillsborough, dans la baie de San Francisco. Comptez 42 000 à 62 000 dollars pour inscrire votre bambin dans cet établissement, qui a notamment vu passer sur ses bancs Lisa Brennan-Jobs, la fille de Steve Jobs.
Lisa Brennan-Jobs grew up watching her father revolutionize technology while he refused to pay her Harvard tuition despite billions in wealth.
At age nine, she legally added "Jobs" to her name.
Not because he wanted her to.
Because she had to fight for basic recognition. pic.twitter.com/oYIv1bwO48
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Cette maternelle ultrasélective n’est cependant pas un cas isolé dans le secteur. L’Helios School et la Harker School ont également comme prérequis l’évaluation intellectuelle de leurs futurs élèves. Deux autres écoles sont en revanche moins explicites, l’une invitant les parents à fournir des évaluations scolaires ou psychologiques afin de mieux comprendre les candidats — la Synapse School à Menlo Park, l’autre effectuant sa propre évaluation — la Tessellation School à Cupertino.
Là encore, ces références scolaires ont vu défiler la fine fleur du monde de la tech, la Harker School ayant compté parmi ses élèves Andy Fang, cofondateur du site de livraison de courses à domicile DoorDash quand la Synapse School a eu le plaisir d’accueillir dans ses locaux Andrew Bosworth, le directeur technique de Meta, pour une conférence.
Course à l’armement scolaire
Cette sélection sur la base de l’intelligence ne surprend pas Dan Vorenberg, qui a longtemps dirigé la Mirman School, un établissement pour enfants surdoués situé dans l’Ouest de Los Angeles. « Aux États-Unis, nous façonnons nos universités et nos lycées comme des établissements d’enseignement supérieur, nos collèges comme des lycées, et nos écoles primaires comme des collèges. Du coup, il est tout à fait naturel que, du jour au lendemain, même les écoles maternelles deviennent plus compétitives » analyse l’homme désormais à la tête d’une école préparatoire à Santa Monica.
Maya Sissoko, spécialiste de l’éducation des enfants surdoués et fondatrice du cabinet de conseil Whole Child Education, pointe quant à elle le système éducatif américain pour justifier les tests de QI dès la plus tendre enfance. « La prise en charge des enfants surdoués varie beaucoup d’un État à l’autre, et certains systèmes publics répondent bien mieux à leurs besoins, avec des programmes plus structurés et cohérents que ceux proposés en Californie. »
Elle précise à notre rédaction que dans cet État, « les écoles ne sont pas tenues de mettre en place des dispositifs spécifiques » avant d’ajouter : « les enseignants ne sont pas toujours formés pour accompagner ces profils et, surtout, ils sont déjà débordés par des classes chargées avec une multitude de besoins à gérer, notamment pour les élèves en difficulté. »

Pour autant, certains Californiens souhaitant offrir la meilleure éducation à leurs enfants les prépareraient à passer les tests de QI pour optimiser leur résultat. « Certaines familles tentent de gagner des points en s’attachant les services de psychologues, en cherchant à influencer l’évaluation, ou en transformant tout ça en coaching déguisé. Beaucoup de professionnels refusent heureusement d’entrer dans ce jeu » atteste Dan Vorenberg.
À ces résultats faussés par des entraînements, s’additionne la polémique autour de la notion de quotient intellectuel. S’il peut évoluer avec l’âge, loin d’être figé, le « test de QI est soumis à de multiples aléas : conditions de l’examen, objectif recherché, erreurs commises plus ou moins volontairement » souligne Jacques Grégoire, professeur émérite à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Louvain, dans un article de la revue Polytechnique Insights.
D’autres facteurs comme « la fatigue, la consommation de drogues ou une pathologie psychiatrique peuvent altérer les performances d’un individu. L’évaluation du QI n’est donc pas toujours pertinente » conclut le docteur, sans compter les différences culturelles, d’un pays à l’autre. Dans la vallée des algorithmes, le premier code que l’on tente de craquer est donc désormais celui du cerveau des tout-petits, une quête aussi coûteuse qu’illusoire dans le temple de l’innovation.
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