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Dans l’est de Delhi grossit depuis 1984 une montagne de déchets si haute qu’un pan entier a fini par glisser sur la route

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Deux morts, des véhicules emportés vers un canal, une route jonchée de détritus : voilà le bilan du 1er septembre 2017, quand un pan entier de la décharge de Ghazipur s’est détaché pour s’écraser sur la chaussée. Ce jour-là, l’Inde a découvert avec effroi que sa capitale abritait, à ciel ouvert, une montagne d’ordures capable de tuer.

Le site n’a pourtant rien d’un accident de parcours. La décharge de Ghazipur a été établie en 1984 et se trouve dans un village du district oriental de Delhi. À l’époque, la ville comptait une fraction de sa population actuelle, et personne n’imaginait qu’un simple dépotoir de quartier deviendrait, quarante ans plus tard, l’un des points les plus toxiques de la mégalopole.

À retenir

  • Pourquoi une simple décharge de quartier s’est-elle transformée en montagne de 65 mètres capable de tuer ?
  • Comment un site censé fermer en 2002 continue-t-il de recevoir des centaines de camions chaque jour ?
  • Qu’est-ce qui a déclenché le glissement catastrophique du 1er septembre 2017 ?

Sommaire

  1. Une décharge censée fermer en 2002, jamais arrêtée depuis
  2. Le jour où la montagne s’est effondrée
  3. Méthane, incendies et habitants sacrifiés
  4. Des efforts de réduction, mais un problème structurel

Une décharge censée fermer en 2002, jamais arrêtée depuis

Le chiffre donne le vertige : la décharge a atteint sa capacité maximale en 2002, mais continue pourtant de recevoir des déchets solides de la ville de Delhi. Vingt-quatre ans de sursis pour un site qui aurait dû être fermé depuis longtemps. Chaque jour, des centaines de camions viennent y déverser leur cargaison, sans alternative crédible proposée par les autorités municipales.

Le résultat, c’est un tas d’ordures qui ne cesse de grimper. Le site couvre une surface d’environ 70 acres, soit 28 hectares, et selon le dernier comptage réalisé en 2019, il culmine à 65 mètres de hauteur. Pour donner une image parlante : c’est à peine huit mètres de moins que le Qutub Minar, ce minaret du XIIe siècle qui reste l’un des monuments les plus visités de la capitale indienne. Une comparaison qui a d’ailleurs fait le tour de la presse indienne, presque comme un running gag macabre, tant elle résume à elle seule l’absurdité de la situation.

Une source de l’époque évoquait même une progression vertigineuse : le site occupe une surface équivalente à plus de 40 terrains de football et gagne près de 10 mètres de hauteur par an, sans aucun signe de ralentissement de cette croissance nauséabonde. À ce rythme, certains observateurs avaient calculé qu’il dépasserait bientôt la hauteur du Taj Mahal, à 73 mètres. Un comble pour un pays qui abrite l’une des sept merveilles du monde moderne.

Le jour où la montagne s’est effondrée

Le 1er septembre 2017, la pluie s’en mêle. Des trombes d’eau détrempent le flanc de la décharge, déjà fragilisé par la pression du poids accumulé pendant plus de trois décennies. Une conjonction de pluies, de feux et de pression excessive due au manque d’espace a provoqué l’effondrement du site. Un pan entier se détache et s’abat sur la route adjacente.

Le bilan est lourd : une large partie de la décharge s’est détachée, s’écrasant sur une route et tuant deux personnes. Des véhicules qui circulaient au mauvais moment sont emportés vers le canal voisin, selon plusieurs récits de l’époque. L’onde de choc politique est immédiate. Le Tribunal vert national interroge alors le gouvernement de Delhi et la municipalité de l’est de Delhi sur la gestion catastrophique du site. Les autorités interdisent temporairement les nouveaux déversements, mais cette mesure ne dure que quelques jours, faute d’alternative pour traiter les déchets. Le drame n’aura donc servi, sur le moment, à rien changer de fondamental.

Ce qui frappe, c’est que Ghazipur n’a rien d’un site conçu pour de telles hauteurs. D’autres décharges non aménagées existent à Delhi, comme celles d’Okhla et de Bhalaswa, que les experts refusent même de qualifier de « sites d’enfouissement », préférant le terme de simples « dépotoirs », faute de respecter la moindre norme technique. La limite réglementaire de hauteur, elle, était fixée bien plus bas : la décharge dépasse de 45 mètres la limite prescrite de 20 mètres. elle culmine à plus de trois fois la hauteur autorisée.

Méthane, incendies et habitants sacrifiés

Sous la surface, la décharge respire. Ou plutôt, elle fermente. La décomposition des matières organiques produit du méthane en continu, un gaz hautement inflammable qui s’échappe par poches et s’enflamme régulièrement sous l’effet de la chaleur. Les incendies qui en résultent ne sont pas anecdotiques : trois incidents de feu ont été signalés à la décharge de Ghazipur en 2022, dont un le 28 mars qui n’a été éteint qu’après plus de 50 heures. Deux jours et deux nuits de fumée noire au-dessus de l’est de Delhi.

Autour de la décharge, une économie parallèle s’est organisée. Des familles entières vivent de la récupération d’objets recyclables au milieu des détritus, exposées quotidiennement aux fumées toxiques et aux risques d’effondrement. La puanteur, elle, se ressent bien au-delà du périmètre immédiat du site, jusqu’à plusieurs kilomètres à la ronde selon les riverains interrogés au fil des années par la presse locale.

Des efforts de réduction, mais un problème structurel

Face à l’ampleur du désastre, les autorités ont fini par réagir, tardivement. Des machines de tri appelées trommels ont été déployées pour traiter ce qu’on appelle le « déchet historique », c’est-à-dire les couches les plus anciennes de la décharge. Ces efforts, combinant réunions multiples avec les autorités et fonds parlementaires, ont finalement permis de réduire la hauteur du sommet de la décharge de 12 mètres. Un début, mais loin d’une solution définitive : douze mètres grattés après des décennies d’accumulation, c’est un pansement sur une plaie ouverte depuis 1984.

Une autre piste avait été explorée : réutiliser les déchets traités comme matériau de construction routière. La municipalité avait signé un accord pour utiliser les déchets de Ghazipur afin de construire un tronçon de 74 km de l’autoroute Delhi-Meerut, mais l’organisme national des autoroutes n’a finalement utilisé ce matériau que sur 2 km, à titre de test, ruinant les espoirs de voir la montagne fondre rapidement. Aujourd’hui, malgré ces tentatives ponctuelles, Ghazipur continue de recevoir des tonnes de déchets frais chaque jour, preuve qu’un site conçu pour une capitale en pleine expansion des années 1980 ne peut tout simplement plus absorber les besoins d’une mégalopole de plus de 30 millions d’habitants sans solution de traitement alternative à grande échelle.

Sources : ibtimes.co.in | businesstoday.in | newslaundry.com

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