La France est le deuxième lecteur mondial de mangas. La télévision française a été l’écran d’entrée dès la fin des années 1970 d’une culture manga arrivée avec la diffusion de dessins animés japonais, la spécialité des émissions de Dorothée.

Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

Dorothée dans l‘émission "Club Dorothée", sur TF1, en 1997. Photo Sipa/Sureau /TF1 Dorothée dans l‘émission "Club Dorothée", sur TF1, en 1997. Photo Sipa/Sureau /TF1

La séquence est étonnante, comme inventée pour un 1er avril. Le chef de l’État français, Emmanuel Macron, et la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, achèvent mercredi 1er avril leur conférence de presse commune, à Tokyo, les mains ouvertes posées l’une sur l’autre, avec des sourires de gamins : un Kamé Hamé Ha en duo, gestuelle que tous les fans auront reconnue, celle de la technique d’attaque de Dragon Ball, l‘œuvre d’Akira Toriyama, l’un des mangas les plus vendus au monde.

Cette boule d‘énergie imaginaire entre les mains du président de la République étonne vu les circonstances, mais ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron déclare son amour du manga. En 2021 au Japon, il part à la rencontre de mangakas. En 2024, à la mort d’Akira Toriyama, il tweete : « A Akira Toriyama et ses millions de passionnés qui ont grandi avec lui », en légende d’un dessin encadré de Dragon Ball, avec une illustration de Son Goku et du démon Buu.

Emmanuel Macron et Sanae Takaichi reproduisant le célèbre geste de Dragon Ball, le 1er avril. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Emmanuel Macron et Sanae Takaichi reproduisant le célèbre geste de Dragon Ball, le 1er avril. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Emmanuel Macron, 48 ans, est un enfant du "Club Do", la génération des enfants de la télé qui ont grandi avec les dessins animés japonais arrivés en masse dans les émissions présentées par l’animatrice Dorothée, sur Antenne 2 d’abord puis sur TF1 alors tout juste privatisée. Les programmes jeunesse qu’elle présente dans "Récré A2" (1978-1988) puis dans le "Club Dorothée" (1987-1997) font un carton avec les mangas, les BD nippones, exportés par la japanimation, des séries phénomènes comme Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Nicky Larson, Sailor Moon, Candy, Albator, le corsaire de l’espace, Cobra 89, ou encore Lady Oscar.

Goldorak, Albator, Les Chevaliers du Zodiaque

L'émission de Dorothée a été la première et principale importatrice de la pop culture japonaise. Si des séries nippones sont présentes dans toutes les émissions pour enfants de l’époque, comme dans "Les Visiteurs du Mercredi" puis "Vitamine" sur TF1 (Capitaine Flam, Gigi), "Cabou Cadin" sur Canal + (Cobra, Super Durand), "Amuse 3" sur FR3 (Cat’s Eyes, Bouba), c’est Dorothée qui donne, dans les décennies 1980 et 1990, une visibilité unique aux animés japonais. Elle forme toute une génération à la culture manga.

Dorothée change la télé pour les enfants biberonnés jusqu’alors aux cartoons américains ou aux gentilles productions françaises comme Bonne nuit les Petits, Casimir, Chapi Chapo. Les séries japonaises dénotent, détonnent, et le succès est immédiat auprès des jeunes spectateurs français. D’autant que le marketing s’en mêle, qui donne ainsi des muscles au robot Goldorak, au merchandising phénoménal, des produits dérivés en tous genres. Les audiences explosent, et en 1979, Le journal de Goldorak est tiré à près de 500 000 exemplaires.

Avec le "Club Dorothée", sur TF1, qui écrase le PAF avec des parts de marché dans le segment jeunesse qui sont considérables, des audiences de plus d’1,5 million de téléspectateurs le mercredi matin, jusqu’à 65 % des 4-14 ans, Dorothée donne encore plus de place à l’animation japonaise. Selon Jean-Marie Bouissou, auteur de Manga : histoire et univers de la bande dessinée japonaise (Éditions Philippe Picquier, 2014), « les œuvres japonaises ou coproduites avec le Japon représentaient 36,5 % de la programmation de "Récré A2", et pas moins de 78,5 % de celle du "Club Dorothée" ».

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