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Cuba, un modèle de société idéale pour Mélenchon

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En 2011 une Latina connue chez Papy Nochet m’avait arraché à mon nirvana océanien en me disant : « Les journalistes français sont tous des menteurs sur Cuba qu’ils idéalisent. Il faudrait que quelqu’un rétablisse la vérité. Si ça t’intéresse, nos contacts sur place pourraient t’aider. »

J’y ai passé trois mois en immersion totale, déguisé en ingénieur d’un groupe canadien de travaux publics. Une astuce pour disposer des laissez-passer à brandir sous le nez des sbires suspicieux omniprésents.

De ce périple ont survécu des miettes dans les trous noirs du cyberespace :

CUBA l’infidèle (première partie) CUBA l’infidèle (deuxième partie)

CUBA l’infidèle (troisième partie) CUBA, l’infidèle (quatrième partie)

Fidel Castro, grabataire et gâteux, n’en finissait pas de mourir et depuis des années, son frère Raul était déjà le vrai patron.

Toutes les missions consulaires le savaient mais appliquaient l’omerta. Mon objectif n’était pas de dénoncer une dictature sur laquelle il n’y avait plus rien à dire. Mais de me mêler à la vie des Cubains, des plus humbles aux plus proches du pouvoir, pour brosser un portrait réaliste d’une société à la résilience et à la débrouillardise impressionnantes. Depuis, le pouvoir s’est résigné au micro-capitalisme de la débrouille mais des résultats significatifs ne sont pas attendus avant 2030.

Que le merluchon reste avec ses morues, ses merlans frits et ses gueules de raie. On ne veut pas de sa dictature poissonnière !

Les bagnoles particulières récentes sont réservées aux responsables communistes. Selon que tu disposes d’une limousine, d’une berline, d’un tacot, d’une vespa ou d’un vélo, on connaît de suite ton rang dans le Parti. Les vieilles guimbardes font taxis. Pour la populace, les transports en commun écolos sont gratuits. Chars à bœufs et diligences. Avec les bétaillères diesel fumantes qui transbahutent, en fonction du Plan quinquennal, humains et animaux d’un bout à l’autre de l’île.

La diversité ethnique est encore plus prononcée qu’en France, mais le mélange n’est pas soumis aux mêmes règles. À de rares exceptions près, la caste au pouvoir est bien pâlichonne. Survivance de la domination d’une bourgeoisie citadine blanche, très minoritaire dans un pays pauvre, rural et fort métissé. Visiblement, le gouvernement n’est pas à l’image de la population. Une arête dans le gosier du Merluchon ? Quant aux Indios Taïnos, primo-occupants de l’île, leurs derniers rescapés ont mêlé depuis longtemps leurs gènes à ceux du reste de la population et ils font de la figuration pour les touristes.

Question mœurs, on est frappé par des écarts abyssaux entre la loi égalitaire, la corruption généralisée, les préjugés coloniaux, la morale socialiste et une sexualité libertine permise par toutes sortes de passe-droits. Les communistes se veulent puritains mais il n’y a pas plus queutards que les hiérarques du Parti. Fidel a longtemps donné l’exemple… Reste un tabou qui peut vous coûter cher, parler de la prostitution enfantine qui ne saurait exister dans un paradis du socialisme.

Sinon, les LGBT longtemps interdits et pourchassés sont tolérés. Le macho latino, à Cuba comme ailleurs, apprécie peu « las mariposas ». Mais le sort des invertis s’améliore depuis que Mariela, fille de Raul Castro, qui a soutenu une thèse sur la transidentité et qu’on dit bisexuelle, a pris leur défense et encouragé leur visibilité.

Religion : Malgré la politique officielle laïque, athée et anticléricale, beaucoup de Cubains restent empreints de religiosité chrétienne comme dans la plupart des sociétés méso et sud-américaines. Les églises ne sont plus considérées comme des nids de contre-révolutionnaires. Par contre, la seule petite mosquée ouverte à La Havane en 2015 en échange de subsides saoudiens est très surveillée, et c’est fort bien ainsi. Je ne sais pas ce qu’en pensent les électeurs allogènes del caudillo Merluchón qui ne tarit pas d’éloges sur Cuba, un de ses pays de rêves avec le Venezuela.

La délinquance est insignifiante comparée à la France. « Avec le communisme, il n’y aura plus de voleurs ni de prostituées ». Une rengaine rabâchée de Lénine aux Ceausescu. En fait, beaucoup de jineteras ont quitté la rue et opèrent dans les hôtels à touristes et les night clubs. Protégées par leurs macs, cadres éminents du Parti unique.

Quant aux larcins, s’ils perdurent, les sanctions sont assez dissuasives pour calmer les plus audacieux. Afin de ne pas encombrer les prisons, la méthode la plus courante pour remettre les petits voyous dans le droit chemin est de leur briser le nez et les dents avant de les envoyer bosser dans les champs de cannes à sucre. Nos belles âmes badintérisées ont beau nier l’effet dissuasif des sanctions les plus sévères, on observe leur efficacité partout dans le monde réel.

La délation : La société est encadrée par des sycophantes bénévoles. Comme en France mais avec moins de rigueur vengeresse. Du haut de leurs balcons ou figés à leurs lucarnes, des matrones colorées et des vieillards chenus observent la rue, écoutent et prennent des notes qu’ils remettront aux commissaires politiques de quartier. Mais les propos brocardant les petits chefs du Parti unique et les miliciens bas de gamme bénéficient souvent d’une mansuétude surprenante dans une dictature.

L’humour cubain, el chateo, fait partie d’une tradition que les communistes se sont efforcés de limiter sans pouvoir l’empêcher totalement. Mais si on peut railler les chefaillons, les bouffons et les cuistres, en chansons, caricatures et petits sketchs, toute critique politique reste passible des travaux forcés sinon de la peine de mort. Et pas touche aux oligarques, ces bonzes sont des dieux vivants.

« Je ne suis pas communiste, mais je fais semblant comme mon père » m’a dit en riant la fille d’un Conseiller d’État (ministre). « Papa n’a pas envie de finir comme Huber Matos ».

Je savais vaguement que cet ancien « barbudo » avait été victime des purges « staliniennes » d’antan. Mais avec Raul, plus personne ne condamne pour conduite anti-socialiste les rejetons de la nomenklatura qui roulent en coupés sport italiens ou berlines germaniques, et usent de passeports panaméens ou costariciens pour aller faire leurs emplettes aux USA. Sans payer de droits de douane sur les fringues hype, les synthés, guitares électriques, ordis et téléphones portables, longtemps interdits, dont ils sont friands.

Jusqu’en 1955, Huber Matos était un instituteur social-démocrate, révulsé par les abus du dictateur Fulgencio Batista, mouillé jusqu’au cou dans les crimes de la mafia nord-américaine. En 1956, Matos écrit des articles favorables au « mouvement du 26 juillet » créé par Castro pour regrouper les survivants de l’échec sanglant de l’attaque de la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba, deux ans plus tôt.

En 1957, Matos s’engage dans la lutte armée avec les guérilleros. Traqué par la police politique de Batista, il s’exile au Costa Rica fin 1957. Où le président José Figueres Ferrer, pro-communiste, lui offre 5 tonnes d’armes et de munitions parachutées dans la Sierra Maestra en mars 1958. Matos devenu héros de la révolution est nommé commandant en second de la guérilla. Lors de l’offensive finale en janvier 1959, il prend la tête de la « 9e colonne » et entre à La Havane aux côtés de Fidel Castro, Che Guevara. et Camilo Cienfuegos.

Malgré ses titres de gloire, Matos va payer cher son sens de l’éthique. Pendant la lutte dans la Sierra, il s’était opposé à l’assassinat des prisonniers politiques et des paysans tenus pour capitalistes. Devenu ministre et gouverneur de la province de Camaguey, haut lieu artistique, il refusa d’appliquer les mesures vexatoires, confiscatoires et liberticides décidées par « el lider maximo » et donna sa démission le 20 octobre 1959. Arrêté dès le lendemain, il fut condamné après un procès expéditif pour trahison et sédition à vingt ans de bagne dont il ne sortira qu’en octobre 1979 quand le régime aura la bonté de l’expulser à Miami.

Matos est le premier d’une longue liste de hiérarques sacrifiés bien qu’ils aient contribué à la victoire de la famille Castro, qui gérait l’île de façon très népotique. Seul le maboul de Corée du Nord fera mieux dans le style Ubu roi communiste.

Parmi les victimes les plus connues des purges, le ministre de l’intérieur José Abrantès ancien compagnon de Castro dans la Sierra Maestra, soupçonné de tiédeur idéologique. En fait, sa popularité en faisait un rival potentiel pour Castro. Abrantès est-il mort en prison lors d’un interrogatoire poussé ou dans une tentative d’évasion ? Les versions diffèrent.

Il y eut aussi le général Amaldo Ochoa Sanchez chef des forces armées révolutionnaires qui avait, sur ordre de Fidel, organisé un trafic de cocaïne pour financer l’expédition coloniale en Angola après le désistement des Soviétiques. Il sera fusillé fin 1989 pour « immoralité » dans un pays où l’on ne pardonne pas l’échec… Sans oublier les centaines de cadres du parti, moins prestigieux, accusés de sabotage, indocilité, incompétence ou mauvais esprit et les milliers de campesinos à la foi révolutionnaire jugée trop ténue pour avoir le droit de vivre.

Christian Navis

https://climatorealist.blogspot.com/

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