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« Ça nous inquiète », admet Éric Hervieux, directeur adjoint de la Sécurité publique de Uashat mak Mani-utenam (SPUM). Le service policier autochtone, tout comme des organismes communautaires de Uashat mak Mani-utenam et de Sept-Îles, sont certains d’une chose : ils entendent parler d’exploitation sexuelle et de proxénétisme plus qu’avant.
Les signaux que reçoit M. Hervieux ne laissent qu'entrevoir le phénomène. Des jeunes filles aperçues dans des hôtels de Sept-Îles, accompagnées d’adultes. Des offres d’emploi qui circulent sur les réseaux sociaux et qui proposent un montant considérable pour être hôtesse le temps d’une soirée.
Cependant, impossible de déterminer si le problème est vraiment en expansion, puisque ni la SPUM ni les organismes ne possèdent de données sur le sujet.
Par exemple, dans le temps du chantier de la Romaine, il y avait aussi de l’exploitation sexuelle, rappelle Marie-Hélène Talbot, directrice générale au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC). Aujourd’hui, on ne peut faire que des hypothèses, on n’a pas de portrait clair. C’est pour ça qu’on a demandé une subvention.
Les intervenantes communautaires disposeront d’un nouvel outil : le premier portrait de l’exploitation sexuelle sur la Côte-Nord. Celui-ci leur permettra de comprendre le mode opératoire des groupes criminels, pour recruter des jeunes filles, par exemple.
Selon le CAVAC, il s'agit d'une base indispensable pour améliorer la prévention et comprendre les besoins des victimes pour mieux les accompagner.
Pour dresser ce portrait, la Table régionale en violence conjugale et sexuelle a récemment reçu une subvention de Québec de 100 000 $.

Les intervenantes du CALACS font des activités de sensibilisation dans la communauté.
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
Le problème évolue, les organismes s’adaptent
Les intervenantes de la région reçoivent de plus en plus de formations spécialisées pour aider les femmes prises dans ce réseau d’exploitation et pour faire de la prévention auprès des jeunes.
Par exemple, les intervenantes du CAVAC apprennent à déterminer si une femme est en fait sous l’emprise d’un proxénète quand un processus judiciaire est entamé pour une situation de violence conjugale ou d’agression sexuelle.
Parfois, on se rend compte que le conjoint, c’est un proxénète. Après, pour amener la personne à réaliser dans quel milieu elle vit, c’est un travail de longue haleine qui demande beaucoup d’empathie, beaucoup de finesse, raconte Marie-Hélène Talbot.
Les intervenantes du CALACS de Sept-Îles ont aussi adapté à la culture autochtone le programme SELFIE, du Projet intervention prostitution Québec, qui s’adresse aux filles de 14 à 17 ans plus vulnérables. Elles en ont fait un séjour de ressourcement en forêt destiné à certaines adolescentes innues.

Léa Gentes est intervenante jeunesse au CALACS de Sept-Îles.
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
Plutôt que de parler de la mécanique de la prostitution ou de l'exploitation sexuelle de façon directe, on parle d’estime de soi, de limites personnelles, de relations saines, de sexualité, souligne l’intervenante jeunesse Léa Gentes.
On développe les facteurs de protection de ces jeunes. Si elles se trouvent dans une mauvaise situation, elles voient les red flags et se disent "ce n’est pas pour moi".
Afin de créer un climat de confiance avec les jeunes filles, les partenaires innus ont bonifié le programme d'activités traditionnelles comme du perlage, de la raquette, des cercles de parole, des rituels de purification.
Comme le programme SELFIE s’adresse spécifiquement aux adolescentes, les trois intervenantes du CALACS de Sept-Îles précisent qu'elles vont aussi suivre une formation afin de dispenser des ateliers aux jeunes garçons.
On parle de nos jeunes filles à risque de tomber dans l’exploitation sexuelle, mais pensons aux jeunes garçons à risque de tomber dans la criminalité. On les appâte en leur proposant 500 $ pour aller mettre le feu à une maison, par exemple, indique Léa Gentes.
La série d'ateliers MIRE vise à prévenir le recrutement des jeunes hommes par les groupes criminels en s'attaquant aux stratégies d'emprise et de manipulation que ceux-ci utilisent. Elle permet de développer l’esprit critique et l’estime de soi, et aborde les relations, la masculinité, les stéréotypes de genre, le harcèlement, le consentement, la pornographie.

Les intervenants de plusieurs organismes communautaires réunissent leurs savoir-faire pour prévenir la criminalité et sensibiliser la population. Ici, un café-rencontre entre le Rond-Point et le CALACS de Sept-Îles.
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
Un autre projet, mené par la Table des partenaires en développement social de la Côte-Nord, dressera un portrait plus général de la criminalité dans la MRC de Sept-Rivières.


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