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Crabe des neiges : pourquoi T.-N.-L. est-elle dans l’impasse?

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Depuis quelques semaines déjà, le syndicat provincial des pêcheurs et l’association des transformateurs de Terre-Neuve-et-Labrador débattent du prix minimum du crabe à la livre. En date du 15 avril 2026, soit près de 10 jours après l’ouverture officielle de la pêche dans la plupart des zones, le syndicat rejette toujours le prix minimum de la livre de crabe établi par une commission indépendante.

Une situation qui revient d’année en année, et qui mène parfois à de grands soulèvements, comme en 2023, lorsque la pêche au crabe des neiges avait commencé des mois plus tard, générant des pertes importantes.

Cette semaine, l’association représentant les transformateurs de fruits de mer de Terre-Neuve-et-Labrador a même décidé de poursuivre deux dirigeants du syndicat provincial des pêcheurs pour 2,5 millions $, en raison de tactiques qu’elle juge illégales et qui auraient nui au début de la saison de pêche.

Une province différente des autres

Selon la loi provinciale à Terre-Neuve-et-Labrador, lorsque les négociations de prix sont dans l’impasse, le syndicat et l’association des transformateurs doivent se tourner vers une commission indépendante, un panel composé de trois personnes. Chaque partie y propose un prix, et le panel doit choisir l’un ou l’autre, permettant ainsi le démarrage de la saison.

Cette année, le panel a retenu le prix des transformateurs, soit environ 5,30 $ la livre. Une décision qui ne plaît pas du tout au syndicat, menant ainsi une fois de plus à une impasse.

Jean-Paul Gagné, directeur de l'Association québécoise des industriels de pêches.

Jean-Paul Gagné, directeur de l'Association québécoise des industriels de pêches

Photo : Radio-Canada

Pour Jean-Paul Gagné, consultant pour l’Association québécoise de l’industrie de la pêche, dont il a également été directeur général pendant 31 ans, le cas de Terre-Neuve-et-Labrador est différent de ce qui se fait au Québec, où deux approches existent pour déterminer le prix.

Prenons par exemple, la zone 12, qui concerne la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, le Nouveau-Brunswick et une partie de la Nouvelle-Écosse. Les industries décident d'établir un prix de départ pour la pêche au crabe. Par la suite, au fur et à mesure, des réunions se tiennent régulièrement de façon à suivre le marché, explique-t-il.

Il existe aussi ce qu’on appelle les plans conjoints, comme c’est le cas dans la zone 16, qui couvre une partie de la Côte-Nord, où, comme à Terre-Neuve-et-Labrador, des négociations annuelles ont lieu entre les transformateurs et l’office des pêcheurs afin de déterminer un prix d’entente au début et à la fin de la saison.

Si on ne s'entend pas, il peut y avoir un arbitrage par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec.

Mais, à Terre-Neuve-et-Labrador, la différence est importante. En vertu de la loi, le panel doit trancher en retenant la proposition de l’une ou l’autre des parties, soit celle des acheteurs, soit celle des pêcheurs. Il n’y a donc pas de compromis possible.

Au Québec, il peut y avoir un juste milieu. La Régie analyse et peut aussi apporter des ajustements d'un côté ou de l'autre, ajoute M. Gagné.

Jean Lanteigne devant des bateaux.

Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Pour le directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), Jean Lanteigne, dans le cas du crabe des neiges au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, les négociations se font de gré à gré entre chaque pêcheur et le transformateur qu’il a choisi.

Chaque pêcheur qui négocie avec son transformateur, négocie ça dans une forme de confidentialité.

Je veux te donner un prix de base, puis après ça, à la fin de la saison, si t'es d'accord avec moi, en fonction de ce qu'on aura réalisé comme prix, je pourrais te verser un supplément, explique M. Lanteigne.

Le crabe de Terre-Neuve moins attrayant?

Des crabes des neiges.

Du crabe des neiges de la zone 12 sud dans le golfe du Saint-Laurent. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yves Levesque

Pour M. Gagné, c’est toujours le consommateur et le marché qui ont le dernier mot. Au final, ce sont eux qui déterminent le prix.

À Québec, il y a des places moins chères, d'autres plus chères. Il ne faut pas exagérer pour ne pas décourager le consommateur.

Pour les pêcheurs, il existe un prix d’avance fixé selon la zone, puisque la taille du crabe varie.

Actuellement, c'est environ 5,75 $ pour la zone 16 sur la Côte-Nord. Et pour la zone 12, on parlait d'environ 6 $. À Terre-Neuve, les prix sont généralement plus bas. Dans les publications américaines, il y a souvent deux prix : Québec et Terre-Neuve, qui obtient moins sur le marché, dit M. Gagné.

Au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, le crabe de la zone 12 est plus gros. La taille influence beaucoup le prix.

Dans le marché américain, où le crabes des neiges est majoritairement exporté, on remarque une préférence pour les crabes de grandes tailles, comme on en retrouve dans la zone 12, dit-il.

Si tu vas dire aux Terre-Neuviens que le crabe de la 12 est supérieur ou égal à celui de Terre-Neuve, tu risques fort bien de te retrouver au fond de l'eau, ajoute M. Lanteigne en riant. Cependant, l'apparence est aussi complètement différente. Il y a aussi le goût.

Comme tu le sais, les crustacés s'alimentent au fond de l’eau. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.

Des crabes des neiges.

Des crabes des neiges débarqués sur le quai à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 6 mai 2021. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Le crabe, physiquement, a aussi une meilleure apparence. Et bien souvent, à Terre-Neuve, ils sont obligés de procéder avec du brossage pour essayer d'enlever des balanes, petits crustacés qui s’attachent à la coquille. C'est dur à décoller. Puis évidemment, plus que tu manipules, plus que tu as de la perte, plus ça coûte cher en main-d'œuvre, affirme le directeur général de la FRAPP.

S’inspirer du modèle islandais et européen?

Selon Jean Lanteigne, comme Terre-Neuve-et-Labrador pratique plusieurs pêches à longueur d’année, la province devrait peut-être s’inspirer de modèles européens d’encan situés près des ports de mer, où le poisson est vendu publiquement ou par voie électronique.

Ce qui pourrait réduire des conflits dans la fixation des prix.

Ils pêchent à peu près tout ce que tu peux penser. Ils ont du flétan, ils ont de la morue, ils ont du crabe, ils ont du homard, ils ont tous les poissons de fond que tu veux, souligne-t-il.

Selon lui, il serait donc envisageable de mettre en place ce système dès aujourd’hui, où les produits seraient vendus le jour même de la capture, en fonction de la qualité et des arrivages.

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