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Covid-19 : BMJ rétracte l’étude sur 3 millions de décès excédentaires, mais deux chercheurs refusent le retrait

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Bonne nouvelle pour les statistiques : retirer une étude semble beaucoup plus simple que d’expliquer trois millions de morts supplémentaires.

Le papier, publié en juin 2024 sous le titre « Excess mortality across countries in the Western World since the COVID-19 pandemic », avait recensé plus de trois millions de décès excédentaires entre 2020 et 2022 dans 47 pays occidentaux. Les auteurs constataient surtout que la surmortalité ne s’était pas arrêtée avec la première année de la pandémie : elle restait élevée en 2021 et en 2022, après le déploiement des vaccins et malgré les mesures sanitaires appliquées.

L’étude ne démontrait pas que les vaccins contre le Covid-19 avaient provoqué ces décès. Elle ne comparait pas directement vaccinés et non-vaccinés et ne pouvait donc pas établir ce lien de causalité. En revanche, sa discussion évoquait parmi les pistes à examiner les conséquences des confinements, les retards de soins et d’éventuels effets indésirables de la vaccination. C’est précisément cette partie du texte qui a déclenché les critiques les plus vives.



Rétractée ne veut pas dire « données falsifiées »

La distinction est importante. Dans son avis officiel de rétractation, BMJ reproche au papier une discussion jugée déséquilibrée sur les causes possibles de la surmortalité et considère que la part de travail original réalisée par ses auteurs n’avait pas été suffisamment expliquée. Le journal estime notamment que les références consacrées aux vaccins et aux mesures sanitaires prenaient trop de place par rapport aux travaux proposant d’autres explications.

Mais l’enquête menée par le Centre Princesse Máxima, auquel plusieurs auteurs étaient rattachés, n’a pas abouti à la découverte d’une fraude scientifique. Le centre indique lui-même que son comité n’a trouvé aucune preuve d’intention malveillante, de falsification ou de fabrication des données, ni de plagiat chez les chercheurs qu’il a examinés. Le comité a relevé des problèmes concernant le processus de publication et le respect de certaines normes internes, mais n’a pas qualifié leur comportement de violation de l’intégrité scientifique.

La nuance disparaît facilement lorsqu’une rétractation est résumée en quelques lignes. Une étude retirée d’une revue scientifique n’est pourtant pas nécessairement une étude reposant sur des chiffres inventés. Les motifs peuvent concerner la méthode, l’interprétation, la présentation des résultats ou, comme ici, la discussion autour de ce que les données permettent ou non d’envisager.



Les quatre auteurs ne soutiennent pas la version de BMJ

C’est probablement le point le plus absent des présentations expéditives de l’affaire. Les quatre signataires ne forment pas un bloc soutenant la décision du journal.

Gertjan Kaspers et Minke Huibers acceptent la rétractation. Mais BMJ précise noir sur blanc qu’ils ne sont pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle leur article contiendrait de la « désinformation ». Saskia Mostert et Marcel Hoogland vont plus loin : ils contestent directement la décision de retirer l’article ainsi que les raisons invoquées pour le faire.

Mostert maintient notamment son travail. Au cours des échanges avec BMJ, elle a expliqué que les études citées dans la discussion provenaient de publications indexées dans PubMed, réalisées par des chercheurs appartenant à des institutions reconnues et publiées dans des revues scientifiques. Elle s’était dite prête à modifier certains passages consacrés aux vaccins et aux mesures sanitaires afin de rendre la discussion plus équilibrée. BMJ a considéré qu’une correction ne serait pas suffisante et a choisi la rétractation complète.

Une demande de retrait motivée aussi par la peur

Un autre passage de l’avis de BMJ mérite davantage d’attention. Le Centre Princesse Máxima ainsi que Kaspers et Huibers avaient demandé le retrait en raison du risque que l’article soit mal interprété par le public et que cela produise des conséquences en matière de santé publique. Le Centre avait notamment évoqué le risque d’une baisse de l’adhésion à la vaccination.

Or BMJ ajoute lui-même que ce motif n’est pas conforme aux recommandations du Committee on Publication Ethics (COPE) concernant la rétractation des publications scientifiques. Le principe du COPE est clair : une rétractation sert à corriger la littérature scientifique lorsqu’un travail est suffisamment défectueux pour que ses résultats ou ses conclusions ne puissent plus être considérés comme fiables. Elle n’a pas pour fonction de retirer un article parce que le public pourrait en faire une mauvaise interprétation.

Voilà qui change sensiblement la lecture de l’affaire. Le problème n’était donc pas seulement de déterminer si les chiffres publiés étaient justes ou faux. La façon dont ces résultats pouvaient être utilisés dans le débat sur les vaccins est également entrée dans le dossier.

Des éléments inhabituels dans la procédure

L’avis de BMJ rapporte également un épisode pour le moins curieux. En juin 2026, le Centre Princesse Máxima a transmis au journal des commentaires concernant le comportement de Saskia Mostert, estimant notamment qu’elle avait accordé une attention disproportionnée à l’hypothèse d’un rôle de la vaccination dans la surmortalité.

Problème : ces commentaires ne figuraient pas dans le rapport institutionnel officiel et ce même rapport précisait que Mostert n’avait pas fait l’objet de l’enquête. BMJ indique avoir demandé des éclaircissements au Centre sur cette contradiction. Selon le journal, l’établissement n’a pas répondu aux demandes de clarification.

Peut-on en déduire qu’il y a eu des pressions pour faire disparaître l’étude ? Non. Aucun élément public ne permet actuellement de l’affirmer comme un fait. Mais ces circonstances interdisent tout autant de réduire le dossier à une formule confortable selon laquelle quatre chercheurs auraient produit une mauvaise étude, avant d’en reconnaître les défauts et de demander unanimement son retrait. Ce n’est tout simplement pas ce que raconte le dossier officiel.



La surmortalité, elle, ne disparaît pas avec l’article

Enfin, la rétractation ne supprime évidemment pas les décès excédentaires enregistrés pendant ces années. Les bases démographiques utilisées par les auteurs restent disponibles. Ce qui est contesté concerne la façon de présenter le travail, son degré d’originalité et les hypothèses proposées pour expliquer la persistance de la surmortalité.

La bonne réponse scientifique devrait donc être de continuer à travailler sur ces données : distinguer les décès liés directement au Covid-19 de ceux associés aux retards de diagnostic, aux changements dans l’accès aux soins, aux conséquences des politiques sanitaires, aux évolutions démographiques et, lorsqu’il existe des données permettant de le faire, d’étudier aussi les effets possibles de la vaccination. Écarter une hypothèse avant de l’avoir correctement testée ne serait pas plus scientifique que de l’affirmer sans preuve.

Deux ans après sa publication, cette étude finit donc avec la mention « rétractée ». Plus de trois millions de décès excédentaires restent à expliquer, même après la disparition de l’étude de BMJ.

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