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Dans trois mois jour pour jour, le Canada jouera son premier match de la Coupe du monde de la FIFA au stade BMO de Toronto.
La rencontre sera l'une des six disputées dans la Ville Reine et marquera le coup d'envoi de plus d'un mois de festivités, entre projections publiques des matchs, rassemblements de partisans et nombreuses activités organisées un peu partout dans la ville.
Si l'engouement commence à monter dans la métropole, dans les rues de Liberty Village, quartier voisin du stade où la circulation est déjà notoirement difficile en temps normal, l'enthousiasme s'accompagne aussi d'une certaine appréhension.
Sophie Chamberland, qui habite à quelques minutes à pied du stade, a hâte de participer à l'ambiance et aux festivités. Elle a même réussi à mettre la main sur deux billets pour le match Croatie-Panama.
Moi, je suis vraiment contente, dit-elle. En fait j'ai déménagé en ville pour ça. Là, les gens, le social, l'ambiance, les festivités, moi, ça ne me dérange pas.

Sophie Chamberland habite à quelques minutes à pied du stade BMO.
Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin
La résidente de Liberty Village, qui ne conduit pas, comprend néanmoins l'inquiétude de ceux qui doivent prendre la voiture pour aller travailler.
Je sais que la plupart des gens, comme mon conjoint, sont comme un peu plus en mode panique, dit-elle. Je sais que le trafic va être vraiment affreux, pour ne pas dire dégueulasse.
Jennifer Poon, elle, réside dans le quartier de Fort York, où se situe le Bentway, un espace public situé en dessous de l'autoroute surélevée Gardiner, qui accueillera le Fan Festival officiel de la FIFA.
On est juste à côté de Fort York, où on a des concerts, des spectacles pendant l'année, donc on est habitués à ça, souligne-t-elle. Elle dit avoir toute confiance en la Ville, qui a déjà organisé plusieurs consultations avec les résidents, note-t-elle.

Jennifer Poon, résidente du quartier de Fort York, a hâte d'accueillir le monde à Toronto, et notamment au Bentway où se déroulera le Fan Festival qui attend plus de 20 000 personnes.
Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé
On nous a expliqué le plan pour le nettoyage, pour gérer la circulation, pour gérer l'accès au quartier, rapporte Jennifer Poon, également membre bénévole de l'Association du quartier Fort York.
On nous a aussi proposé un système de passes d'accès qu'on pourrait peut-être garder dans nos voitures pour avoir accès au quartier, ajoute-t-elle. Donc je trouve que les représentants de la ville ont pensé à presque tout.
Résidant dans le quartier depuis 13 ans, la Torontoise a hâte d'accueillir le monde ici.
C'est un événement très spécial, c'est quelque chose de très unique et ça n'arrive qu'une fois dans la vie, donc c'est une bonne opportunité pour nous, pour notre ville, pour notre quartier.
Sean Mayers, qui réside à Liberty Village depuis plus de 10 ans, se montre plus sceptique.
Même dans des conditions de circulation normales, si une rue est en travaux, je n'ai jamais vu la ville gérer efficacement le trafic local quotidien, déplore-t-il.
Si des policiers sont parfois postés à différents carrefours pour faciliter la circulation, dit-il, des embouteillages peuvent tout de même se former très rapidement. Je ne peux qu'imaginer ce que cela donnerait si plus de 300 000 personnes convergeaient toutes vers le même quartier.

Pour Sean Mayers, un habitant de Liberty Village depuis plus de 10 ans, la Coupe du monde de soccer engendrera un achalandage et un trafic « trois à quatre fois » supérieurs à la normale.
Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin
Après avoir emménagé ici, j'ai très vite appris à éviter autant que possible les grands événements [...]. Les gens sont formidables, mais le trafic, les embouteillages et le chaos qui règnent autour de chaque événement rendent très difficile l'accès à ce quartier.
Liberty Village, construit comme un cul-de-sac urbain, est déjà un quartier enclavé en temps normal, et pour Sean Mayers, la Coupe du monde de la FIFA engendrera un achalandage et un trafic trois à quatre fois supérieurs.
Le point faible de la ville, c'est toujours le transport en commun
David Soberman, professeur de marketing à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto, pense que Toronto est apte à accueillir cet événement majeur.
C'est une ville énorme qui a la capacité d'accueillir beaucoup de monde tout le temps pour des événements importants, dit-il.
Il s'attend aussi à moins de foule qu'anticipé : souvent les foules autour [du stade] sont importantes, dit-il, mais pas aussi grandes que les estimations.

David Soberman, professeur à la Rotman School of Management de l’Université de Toronto, souligne que l'ampleur des foules est souvent surestimée.
Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin
Pour le professeur, si l'achalandage prévu lors de la Coupe du monde de soccer n'était pas un problème, les déplacements au sein de la Ville, en revanche, sont préoccupants.
Le point faible de Toronto, c'est toujours le transport en commun.
C'est très, très frustrant pour les gens, déplore-t-il. Quand un match est terminé, quand la soirée est terminée, et que les trains ne sont pas là, ne marchent pas, c'est très très difficile.
C'est néanmoins quelque chose que les organisateurs peuvent anticiper, selon lui.
Nous avons la possibilité de contrôler et d'assurer le service, souligne David Soberman. Et j'espère que la province, la ville et le comité d'organisation vont bien travailler avec la CTT et Metrolinx pour s'assurer que ces transports vont être fiables.
Cela peut quand même détruire un événement [...], avertit-il.
L'inquiétude prudente de la Ville
La Ville, de son côté, sent la pression monter, alors que le monde entier aura les yeux rivés sur Toronto, affirme le maire adjoint, Mike Colle.
Nous savons que cela ne sera pas facile, que nous devrons continuer à y travailler et que nous devrons continuer à faire des ajustements pour être prêts, dit-il.
Toronto s'attend à recevoir 1 million de personnes durant le tournoi. Si la Ville a organisé avec succès d'autres grands événements, comme la série de concerts de Taylor Swift ou encore les Séries mondiales de baseball, Mike Colle reconnaît les défis que représente l'accueil de la Coupe du monde de soccer.

Le maire adjoint de Toronto, Mike Colle, reconnaît que les attentes envers la ville sont élevées.
Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé
Le public de la FIFA est différent parce que les partisans de football sont assez uniques, souligne-t-il. Ils aiment faire du bruit, ils aiment encourager leur équipe, ils aiment peut-être boire un verre de vin ou une bière.
Et les meilleurs plans peuvent ne pas aboutir le jour J, affirme le maire adjoint. Il n'y a aucune formule toute faite.
C'est comme si vous organisiez un mariage, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Tout le monde est nerveux, mais tout le monde travaille dur.
Il s'agit d'un événement mondial qui dépasse tout ce que nous avons planifié en termes de complexité, de durée et de visibilité internationale, affirme de son côté le Service de police de Toronto par courriel.
Les effectifs varieront en fonction du jour et des circonstances, précise Nadine Ramadan, porte-parole du service de police, et incluront le soutien des services de police partenaires, tels que York, Durham, Peel et la Police provinciale de l'Ontario.
Le maire adjoint, Mike Colle, espère réussir à montrer le meilleur de Toronto.
C'est l'opportunité d'une vie, dit-il.
Un enjeu économique
Mais au-delà d'une vitrine internationale pour Toronto, l'événement représente aussi un pari économique important.
Nous nous attendons à ce que la Coupe du monde masculine de la FIFA donne un coup de pouce considérable à notre économie, de l'ordre de 3 milliards de dollars, souligne Adam Von Koeverden, secrétaire d'État au Sport et sherpa du Canada auprès de la FIFA.
Il espère ainsi attirer les investissements directs fédéraux et étrangers importants qui accompagnent un tel événement, et démontrer au monde entier que le Canada est ouvert aux affaires.

Une zone commerciale dans Liberty Village.
Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay
Dans trois mois, les habitants de Liberty Village seront donc aux premières loges de cet événement historique à Toronto.
Sophie Chamberland veut profiter de chaque instant du tournoi : tant qu'à avoir tout ça autour de nous, ben on participe, puis on va à toutes les activités!
Elle veut aussi faire vivre sa première expérience sportive à sa fille, qui naîtra dans quelques semaines.
Sean Mayers, lui, prévoit de quitter le quartier pendant deux à trois semaines, le temps que la foule et les klaxons se dissipent autour du stade BMO.
Avec les informations de Marion Bérubé


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