Concurrencé par le commerce en ligne, les magasins spécialisés, et les enseignes de hard discount, l’hypermarché se voit contraint de s’adapter. Sous peine de devoir tirer sa révérence.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 18:00 - Temps de lecture :

Les hypermarchés rivalisent de rabais sur leurs prix face à la concurrence des enseignes de hard discount.  Photo Alain Robert/Sipa Les hypermarchés rivalisent de rabais sur leurs prix face à la concurrence des enseignes de hard discount.  Photo Alain Robert/Sipa

Champion, Géant, Rallye, Cora, Mammouth… Autant d’enseignes d’hypermarchés qui ont disparu du paysage, absorbées par plus grandes qu’elles ou ayant tout bonnement mis la clé sous la porte. Et la liste est encore longue. Pour rappel, l’Insee définit un hypermarché comme « un établissement de vente au détail en libre-service qui réalise plus du tiers de ses ventes en alimentation et dont la surface de vente est supérieure ou égale à 2 500 m² ». Une offre globale et diverse sur un même site, un concept qui s’est peu à peu essoufflé depuis son apogée dans les Trente Glorieuses.

« Les raisons sont de plusieurs natures », introduit Laurent Jamin, expert en distribution chez Tradedimensions, qui explique les bouleversements ayant impacté le modèle de l’hypermarché par « l’arrivée de nouveaux concurrents ». La demande s’étant diversifiée , la grande distribution s’est complètement fragmentée avec des magasins spécialisés. Selon une étude Kantar d’avril 2025, chaque foyer fréquente en moyenne neuf enseignes différentes pour faire ses courses. « Le consommateur en appétence avec le bio n’ira pas forcément en hypermarché, parce qu’il ne trouvera pas la même gamme de produits bio. Le consommateur qui va chercher le meilleur prix, va se tourner vers des discounters. La Gen Z (personnes nées entre la fin des années 90 et 2010, NDLR) va plus aller sur l’e-commerce ou le drive, pas en magasin. »

Segmentation de la demande

Ajoutez à cela le renouveau des métiers de bouche, de l’épicerie fine au fromager, particulièrement en milieu urbain, et vous obtenez une abondance de spécialistes qui a laissé l’hypermarché sur le carreau. D’une multitude d’enseignes alimentaires, la France est passée à une multitude de typologies de magasins. « Une des raisons pour lesquelles les grandes surfaces spécialisées ont pris des parts de marché est que l’expérience en hypermarché était pauvre, ajoute l’économiste Philippe Moati. Pour trouver un vendeur dans les hypermarchés, ce n’était pas si facile que ça. Le conseil n’était pas à la hauteur de ce qu’on pouvait trouver dans les grandes surfaces spécialisées, où le choix est plus important. Je ne parle même pas d’internet. »

L’évolution du parc d’hypermarchés et supermarchés en France. Infographie NielsenIQ Tradedimensions

L’évolution du parc d’hypermarchés et supermarchés en France. Infographie NielsenIQ Tradedimensions

Mis bout à bout, tous ces facteurs ont entraîné un ralentissement net du rythme de croissance des hypermarchés, dont on recense 2 364 magasins sur le territoire national. Les hypermarchés conservent une position dominante avec 36 % du marché des produits de grande consommation en 2025, posant plus la question de leur évolution que de leur disparition pure et simple. « La croissance est assez faible, mais elle est continue », nuance Laurent Jamin. « On en a toujours de plus en plus, mais de moins en moins grands. » Une bataille de mètres carrés se joue entre les géants du secteur… Pour réduire leur taille. Auchan a ainsi entamé la transformation de ses 60 hypermarchés en s’appuyant « sur une offre alimentaire étoffée, regroupée dans une configuration de halles de marché ».

Vers une uniformisation « entre l’hyper et le super » ?

« Pour préserver la force du modèle et rester attractif, l’hypermarché doit continuer de s’adapter à la diversité des attentes, notamment dans les formats, plus compacts, plus agiles, mieux intégrés dans leur territoire », nous indique le groupe Carrefour. « À travers cette stratégie, l’enjeu n’est pas de rétrécir sa superficie ou de le diluer, mais de le réinscrire pleinement dans la manière de consommer des Français. » L’ère des hypermarchés de 15, 20, 25 000 m², parfois répartis sur deux étages, semble révolue. Un phénomène qui s’accompagne paradoxalement de l’élargissement des supermarchés, dont la taille moyenne est passée de 570 m² en 1975 à 1 274 m² en 2025.

L’évolution de la surface moyenne des hypermarchés et supermarchés. Infographie NielsenIQ Tradedimensions

L’évolution de la surface moyenne des hypermarchés et supermarchés. Infographie NielsenIQ Tradedimensions

« On arrive peut-être à un concept idéal pour le consommateur de demain, entre l’hyper et le super, avec une surface qui sera comprise entre 2 000 et 4 000 m² », avance Laurent Jamin, qui explique l’extension de la surface des supermarchés par le concept dit du dernier kilomètre. « Pour un supermarché urbain, le coût le plus cher est l’approvisionnement. Quand ils rentrent dans Paris, dans Lyon, les camions doivent optimiser leur approvisionnement. » En d’autres termes, plus le référencement est petit, moins la rentabilité est importante pour les distributeurs.

« L’hyper a ses raisons d’exister »

Pour ses implantations, souvent plus adaptées aux populations rurales, mais aussi sa commodité, 9 Français sur 10 continuent de fréquenter les hypermarchés, bien que de manière non-exclusive. « Il faut remettre les choses à leur place : la part du lion reste encore pour les magasins », assure Philippe Moati, projetant une certaine pérennité du modèle physique. « Quand l’e-commerce est arrivé, on disait que c’était la fin de l’hyper. Or, il s’est transformé, s’est adapté, et il est toujours là », pointe Laurent Jamin. « L’hyper a ses raisons d’exister parce qu’il y a encore des consommateurs qui souhaitent aller dans un endroit où ils trouvent de tout. » Le désir des clients, un éternel recommencement.

Articles les plus lusÉconomie