NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Congelcam, l’entreprise qui domine le marché camerounais du poisson congelé, est dans le viseur de l’État. Le président Paul Biya a prescrit d’ouvrir des enquêtes et de favoriser les autres opérateurs économiques souhaitant investir dans la production de poisson. Les chiffres en jeu donnent le vertige : 11,4 milliards de FCFA de redressements fiscaux, 32 milliards de préjudice selon la CONAC, et les lignes 94 et 65 qui ont consommé 5 400 milliards.
Congelcam, un géant qui contrôle jusqu’à 80 % du marché du poisson
Congelcam S.A., dirigée par le sénateur Sylvestre Ngouchinghe, n’est pas un acteur ordinaire. L’entreprise a débuté en 1982 par la vente de poisson sur un étal de marché à Yaoundé. Elle est devenue un empire économique dont la valeur est estimée à 280 millions de dollars.
Une position dominante dans l’importation
Elle contrôle aujourd’hui entre 70 et 80 % du marché camerounais du poisson congelé. En 2025, sur les 267 601 tonnes de poissons et crustacés importés par le Cameroun, Congelcam affirme avoir importé 200 000 tonnes, soit près de 75 % des volumes totaux. Au port de Kribi, sur les 45 884,8 tonnes de poisson congelé importées, 98 % reviennent à Congelcam.
Stockage, autorisations et exonérations
Cette position dominante, l’entreprise la doit à des capacités de stockage massives : 104 000 tonnes à Douala et un entrepôt de 10 000 tonnes en préparation à Kribi. Elle la doit aussi à un accès privilégié aux autorisations d’importation et à des exonérations fiscales qui ont longtemps faussé la concurrence.
Redressements fiscaux et lignes 94 et 65, le dossier financier de Congelcam
Trois redressements en quatre ans
Derrière l’image de l’entrepreneur modèle, les rapports de l’administration fiscale racontent une autre histoire. La Direction générale des impôts a relevé de nombreuses anomalies dans les livres de Congelcam : utilisation frauduleuse de la même licence dans les succursales, fausses déclarations fiscales, impayés d’impôts sur une période dépassant dix ans.
Trois redressements fiscaux successifs ont été infligés à l’entreprise : 2,2 milliards de FCFA en 2020, 3,2 milliards en 2022 et 6 milliards en 2024, soit un total de 11,4 milliards de FCFA.
Les 32 milliards de la CONAC
Et ce n’est pas tout. En 2018, la Commission nationale anticorruption (CONAC) a évalué à 32 milliards de FCFA le préjudice subi par l’État du fait de la fraude fiscale et douanière de Congelcam, incluant des opérations de contrebande et des transferts illégaux de capitaux.
L’entreprise conteste ces accusations, invoquant une exonération douanière entre 2008 et 2016. Mais depuis 2018, aucune décision judiciaire définitive n’est venue trancher le litige.
Les lignes 94 et 65, ou l’argent public en question
La décision présidentielle s’explique aussi par les liens entre l’entreprise et les finances publiques. Congelcam a été largement financée par les lignes 94 et 65, ces chapitres communs qui ont longtemps servi de guichet ouvert pour des dépenses non planifiées.
Supprimées en 2026 après avoir consommé 5 400 milliards de FCFA entre 2010 et 2021, ces lignes ont permis de financer des opérations au profit d’entreprises privées sans véritable contrôle ni traçabilité. L’enquête devra déterminer dans quelles conditions ces fonds ont été mobilisés, et si l’argent de l’État a servi à consolider une position dominante au détriment de la production locale.
Pénurie de poisson au Cameroun : l’alerte de Congelcam fait débat
Un quota réduit de moitié
Face à la réduction de son quota d’importation, passé de 200 000 tonnes en 2025 à 100 000 tonnes en 2026, Congelcam a organisé une conférence de presse le 15 octobre 2026. L’entreprise y a alerté sur un risque de pénurie de poisson dès fin novembre. Elle affirme que ses stocks se sont épuisés en sept mois et qu’elle n’a obtenu qu’un quota additionnel de 30 000 tonnes, insuffisant pour couvrir la demande jusqu’à la fin de l’année.
Chantage à la licence ou vraie alerte ?
Derrière cette alerte, les observateurs décryptent une manœuvre. Le journal Koaci s’interroge : « L’annonce de pénurie pour fin novembre 2026 après un quota ramené de 200 000 tonnes en 2025 à 100 000 tonnes en 2026 ressemble moins à une alerte qu’à un chantage à la licence ».
Les ménagères camerounaises dénoncent, elles, la spéculation sur les prix du poisson, passé de 25 000 à 32 000 FCFA le carton en quelques semaines. Certains détaillants affirment même que le poisson importé sous licence serait revendu sous douane vers les pays voisins pour échapper au fisc.
Production locale de poisson au Cameroun : une nécessité nationale
Un déficit de plus de 476 000 tonnes
La décision de Paul Biya de favoriser les autres opérateurs répond à un impératif stratégique. Le Cameroun dépend massivement des importations pour couvrir sa demande en poisson, estimée à près de 500 000 tonnes par an. L’aquaculture ne produit que 15 000 à 20 000 tonnes par an, alors que le déficit national est estimé à plus de 476 000 tonnes.
Le PIISAH, une réponse en attente
Le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), instruit par le chef de l’État, vise à inverser cette tendance en portant la production nationale de poisson à 450 000 tonnes. Mais pour y parvenir, il faut briser le cercle vicieux dans lequel les importations massives et les exonérations accordées à quelques opérateurs étouffent les producteurs locaux et découragent les investissements dans l’aquaculture.
L’État doit rentrer dans ses droits
La décision de Paul Biya marque un tournant. Elle signifie que l’État camerounais ne laissera plus une entreprise, aussi puissante soit-elle, dicter sa loi sur un marché stratégique pour la sécurité alimentaire du pays.
Congelcam doit payer ses impôts, comme tout contribuable. Elle doit se soumettre aux règles de la concurrence, comme tout opérateur économique. Et elle doit cesser d’utiliser l’alerte à la pénurie comme un moyen de pression sur les pouvoirs publics.
Les enquêtes ouvertes devront établir les responsabilités, chiffrer les préjudices subis par l’État et, le cas échéant, sanctionner les manquements. Le développement de la production locale de poisson est un enjeu de souveraineté alimentaire. Il est temps que les millions de Camerounais qui consomment du poisson chaque jour puissent en trouver à un prix abordable, produit par des pisciculteurs nationaux, et non dépendre des importations d’un seul opérateur.


3 day_ago
21



























.jpg)






French (CA)