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Confession et jugement d'une jeune personne qui mourut peu de temps après son mariage.

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Révélations de Sainte Brigitte de Suède

LIVRE IV. CHAPITRE PREMIER.

Confession et jugement d'une jeune personne qui mourut peu de temps après son mariage.

Une âme fut présentée au souverain juge par ce chevalier et cet Éthiopien que j’avais déjà vus, et il me fut dit : Tout ce qui va vous être représenté s’est passé en un moment, lorsque cette âme a été séparée de son corps.

Elle était nue devant le juge, dans une grande affliction, mais libre au milieu de ses deux assistants, et il semblait qu’elle ignorât le sort qui lui était réservé. Le livre de la justice divine était ouvert devant elle, et il en sortait comme une voix qui répondait à tout ce qu’elle disait.

Le chevalier commença à parler ainsi devant le juge, environne d'une multitude innombrable d’anges : « Il n’est pas juste de reprocher à une âme et de lui imputer comme un opprobre les péchés qu’elle a confessés. » Je compris qu’il parlait ainsi pour me faire comprendre l’état de cette âme.

Une voix se fit entendre du livre de justice, et répondit au chevalier en ces termes : « Cette âme a confessé ses péchés, mais elle n’a pas eu, en les confessant, une contrition proportionnée aux grands péchés qu’elle a commis, et elle n’a pas non plus satisfait dignement à la justice divine pour tant d’offenses. C’est pourquoi elle doit en gémir maintenant, puisqu’elle ne l’a pas fait quand elle le pouvait. »

L’âme commença alors à se lamenter avec une telle violence qu’il semblait qu’on l’eut entière ment brisée. Je n’en tendis pas de cris, mais je vis ses larmes couler abondamment.

Le juge lui dit ; « Votre conscience doit déclarer maintenant les péchés pour lesquels vous n’avez pas satisfait cligne ment à la justice divine. »

L’âme s’écria aussitôt d’une voix si élevée qu’il me semblait qu’on aurait pu l’entendre par toute la terre : « Malheur à moi ! parce que je n’ai pas observé les commandements du Seigneur dont on m’a instruite, et que j’ai bien connus ! Je n’ai pas craint les jugements de Dieu. »

La justice divine lui répondit : « C’est pourquoi vous devez maintenant craindre le démon. »

Alors je la vis trembler et frissonner comme si toutes les parties de son corps allaient se dissoudre, et elle dit : « Je n'ai presque pas eu d’amour pour Dieu aussi n’ai-je fait que peu de bonnes œuvres. »

La justice divine : C’est pourquoi il est juste que vous soyez maintenant éloignée de Dieu et proche de Satan, puis qu’il vous a attirée et entraînée vers lui. »

L ’âme : « À présent je comprends que j ’ai en effet toujours agi d’après les suggestions du démon. »

La justice divine : « Il est donc juste que le démon use maintenant du droit qu’il s’est acquis de vous châtier et de vous tourmenter selon vos mérites. »

L ’âme : « Il n'y a aucune partie de mon corps depuis la tête jusqu’aux pieds, que je n’aie ornée et embellie par orgueil. Je me suis fait toujours une loi de suivre exactement les modes, et j’en ai même in venté de nouvelles, en mettant en vogue de certains ajustements propres à contenter la vanité et la superbe. Je me lavais la figure et les mains, non seulement pour les nettoyer, mais encore afin que les hommes en admirassent la beauté. »

La justice divine : « Puisque, en ornant ainsi votre corps vous avez suivi les suggestions du démon, il est juste qu’il vous récompense à sa manière de votre fidélité à lui obéir. »

L’âme : « Pour me rendre agréable en société, j’étais dans l’habitude de plaisanter les autres. Je désirais au fond de mon cœur des plaisirs que la pudeur et le respect humain ne me permettaient pas d'a vouer. »

La justice divine : « C’est pourquoi Votre langue et vos dents doivent être cruellement tourmentées. Vous serez contrainte d’endurer des choses dont vous aurez horreur, et rien de ce que vous pourrez désirer ne vous sera donné. »

L’âme : « J’éprouvais une grande joie à voir un grand nombre de personnes suivre mon exemple et imiter ma conduite. »

La justice divine : « Il est donc juste que celui qui commet les péchés dont vous lui avez donné l’exemple soit puni com me vous allez l’être ; et quiconque aura partagé vos désordres vous sera présenté après sa mort pour augmenter votre supplice. »

Alors je vis comme une sorte de lien qui couronnait la tête de cette personne, et la serra avec tant de violence que le front et le derrière de la tête semblaient être réunis ensemble. Ses yeux sortaient de leurs orbites et pendaient le long des joues. Ses cheveux paraissaient avoir été consumés par le feu. Sa cervelle, fortement comprimée, coulait par les narines et par les oreilles ; sa langue sortait presque entière de sa bouche ; ses bras, dont les os étaient brisés, étaient comme tordus en forme de cordes. Je vis ses mains écorchées attachées à son cou ; la poitrine et le ventre tellement pressés contre le dos que toutes les côtes se brisèrent, que le cœur et toutes les entrailles crevèrent ; tous les os des parties inférieures étaient comme brisés en mille morceaux.

Ensuite le démon dit au juge : « Maintenant que cette âme est châtiée comme elle l’a mérité pour les péchés qu’elle a commis, ordonnez que nous soyons désormais étroitement unis ensemble, et que nous ne puissions jamais être séparés. »

Mais le chevalier s’y opposa, et parla ainsi au juge : « O vous, à qui rien n’est caché, et qui savez tout ce qui s’est passé dans cette âme, daignez m’écouter. » Voici ce qu’elle se disait au dernier instant de sa vie : « Oh ! s’il plaisait à Dieu de me laisser vivre encore quelque temps, je ferais » bien volontiers pénitence de mes péchés ; je voudrais le servir fidèlement tout le reste de ma vie, et ne plus l’offenser davantage, car j’ai un grand regret d’avoir été si ingrate envers lui.  Telle fut, vous le savez, Seigneur, sa dernière volonté. Considérez aussi, ô souverain juge, que cette personne n’a pas vécu assez longtemps pour avoir une parfaite connaissance de toute l’étendue de ses devoirs, car elle était bien jeune lorsqu’elle quitta le monde, et faites-lui miséricorde.

Il fut répondu du livre de la justice : « Quiconque a une telle volonté au dernier moment de sa vie ne peut être condamné à subir les peines de l’enfer. »

Alors le juge prononça cette dernière sentence : « Cette âme obtiendra le ciel, en vertu des mérites de ma passion, après qu’elle aura expié ses péchés autant de temps que ma justice l’exige, à moins qu’il ne soit abrégé par les bonnes œuvres de ses amis. »

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