Le terme «sérendipité» («capacité, art de faire une découverte, scientifique notamment, par hasard», disent les dictionnaires) nous vient de l’anglais serendipity, forgé au milieu du XVIIIe siècle par Horace Walpole en référence à un conte persan, Les Trois Princes de Serendip, dans lequel lesdites altesses multipliaient les découvertes involontaires.
Le mot mit du temps à s’imposer en français. Si l’on se fie aux archives mises en ligne par la Bibliothèque nationale de France sur son serveur, Gallica, on le voit apparaître dans les années 1930, où il est encore en concurrence avec un autre joli mot (mais tombé en désuétude depuis): le zadiguisme – c’est logique, Voltaire s’est beaucoup inspiré des Princes de Serendip pour imaginer son propre conte philosophique.
C’est dans le numéro de novembre 1937 du mensuel Micromégas (tiens, revoici l’acerbe de Ferney) que la «sérendipité» déboule sous les yeux du lecteur francophone. Mais elle est alors resserrée sur un champ d’application bien particulier: l’exégèse du roman policier. Dans un billet sobrement intitulé «De la sérendipité», on nous explique: «Les policiers de roman font un grand usage de la sérendipité. Elle satisfait notre esprit […] parce que nous éprouvons un plaisir à constater que d’un détail matériel, en apparence banal ou insignifiant, peut dépendre la capture d’un criminel, le sort d’une ou plusieurs vies humaines.»
Ce texte est signé François Fosca. C’est un pseudonyme pour Georges de Traz, qui fut critique pour le Journal de Genève et la Tribune de Genève. Mort en 1980, il est enterré à Pregny-Chambésy. Sous le nom de Fosca, il se fit connaître comme un grand spécialiste du polar (on peut relire son Histoire et technique du roman policier, parue en 1937). Sous celui de Peter Coram, il en écrivit (La Femme décapitée, en 1937, La Corde pour le pendre, en 1948). Ou encore C’est au mort à parler, publié en 1939, dans lequel l’un des personnages partage une étrange philosophie: «Nous perdons notre temps à vouloir chercher au hasard, dans le vide.» Eh bien non, justement.


5 hour_ago
10





















.jpg)






French (CA)