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Life 11/07/2026 07:05 Actualisé le 11/07/2026 07:38
Interview
Comme nous, les enfants s’interrogent sur la canicule et la crise climatique. Conseils de la psychologue Hélène Jalin pour en parler avec eux sans les inquiéter.

Iuliia Bondar / Getty Images
La docteur en psychologie Hélène Jalin nous livre ses conseils pour parler de la canicule avec ses enfants, sans leur transmettre ses angoisses.
« Pourquoi il fait si chaud ? », « Est-ce que la canicule va recommencer ? », « Est-ce que la planète est en danger ? » Depuis un mois et demi, les canicules s’enchaînent et, avec elles, les interrogations des plus jeunes. Pas toujours simple, pour les parents, d’y répondre en choisissant les bons mots, les sensibiliser aux enjeux climatiques, surtout lorsqu’eux-mêmes se sentent inquiets et démunis. Pourtant, le silence n’est pas non plus la meilleure option.
Comment les informer sans transmettre ses propres angoisses ? Nous avons posé la question à Hélène Jalin, docteure en psychologie spécialiste de l’éco-anxiété, et représentante du Réseau des professionnels de l’Accompagnement Face à l’Urgence Écologique (Le Rafue).
Le HuffPost. Avec cette troisième canicule, beaucoup d’enfants se posent des questions sur la chaleur. Faut-il leur parler de ses causes et de ses effets sur la santé, la nature, ou vaut-il mieux éviter d’aborder ces sujets avec eux ?
Hélène Jalin. Les études montrent qu’environ 10 % des adultes comme des enfants sont éco-anxieux en France. Les parents éco-anxieux ont davantage de risques d’avoir des enfants qui le sont aussi, notamment parce qu’ils abordent plus souvent ces sujets avec eux. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont tort d’en parler. Au contraire : les enfants finiront, un jour ou l’autre, par prendre conscience de l’ampleur du problème. Si cette prise de conscience arrive brutalement, elle peut être très difficile à vivre. Je le constate chez les personnes éco-anxieuses que j’accompagne.
Les recherches montrent qu’il est préférable de parler des effets de la canicule et du changement climatique avec les enfants, à condition d’adapter son discours à leur âge. Cela les aide à apprivoiser progressivement ces réalités. Ils ne vivent pas dans une bulle : d’une manière ou d’une autre, ils sont exposés aux mauvaises nouvelles. On peut aussi leur dire que cela nous inquiète. Les enfants préfèrent l’honnêteté, à condition qu’elle soit formulée de manière adaptée.
Quelle est la bonne manière d’aborder avec eux de la canicule, le réchauffement climatique ?
Il faut avant tout adapter son langage à l’âge de l’enfant. Avant 6 ans, mieux vaut se limiter au constat : il fait très chaud, et cette chaleur n’est pas habituelle. À partir de 7 ans, les enfants comprennent davantage les causes et les conséquences de ces épisodes de chaleur extrême. On peut donc leur expliquer en utilisant des images qu’ils comprennent facilement. Par exemple, leur dire qu’il y a comme une grosse couette autour de la planète, qui grossit avec la pollution et retient de plus en plus la chaleur.
Ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est de leur transmettre l’idée que « c’est terrible et qu’on ne peut rien y faire ». Au contraire, il est important d’expliquer que des adultes travaillent sur ces questions et insister sur le fait que chacun peut agir à son niveau. Ramasser des déchets sur la plage, par exemple. Entre 6 et 10 ans, ces actions donnent aux enfants le sentiment qu’ils peuvent contribuer à protéger la planète.
À partir de 11 ou 12 ans, leur compréhension devient plus globale et plus systémique. Ils perçoivent mieux l’ampleur des enjeux. On peut alors leur expliquer que les solutions passent aussi par les décisions politiques. C’est aussi à cet âge qu’apparaît un sentiment d’impuissance, parfois accompagné de colère. Les jeunes comprennent qu’ils subiront de plein fouet les conséquences de la crise climatique alors qu’ils n’en sont pas responsables. Ils ont aussi le sentiment de ne pas avoir de prise sur la situation, puisqu’ils ne votent pas et disposent de peu de moyens d’action.
Comment leur redonner un sentiment de contrôle ?
Il faut justement leur redonner une capacité d’agir. Cela peut passer par des dispositifs comme les écodélégués à l’école, mais aussi par de petits défis en famille : réduire ses déchets, organiser des vacances à vélo, réfléchir ensemble à des gestes du quotidien… Cela renforce le sentiment que chacun peut agir à son échelle : « Je peux y faire quelque chose, tout n’est pas perdu ».
Il existe aussi de nombreuses ressources comme des livres, des podcasts, à découvrir en famille et qui ouvrent au dialogue. L’essentiel est de ne pas laisser un enfant seul face à ses inquiétudes. Les chercheurs comparent parfois cette question à l’éducation à la vie affective et sexuelle : beaucoup de parents espèrent que d’autres aborderont ces sujets à leur place.
On peut partager ses propres peurs avec son enfant, accueillir les siennes, tout en rappelant que ce n’est pas à lui de porter cette responsabilité. Il est aussi important de lui montrer concrètement ce que la famille fait déjà : réduire sa consommation de viande, limiter ses déchets, choisir des modes de transport moins polluants… Les études montrent que les enfants ne font pas spontanément le lien entre ces gestes et la crise climatique. Les verbaliser leur redonne un sentiment de contrôle et les rassure en voyant que les adultes agissent.
Je pense enfin que l’école a aussi un rôle essentiel à jouer. Aujourd’hui, les enjeux climatiques y sont abordés sous un angle très scientifique. Il serait utile d’y intégrer davantage la dimension émotionnelle : expliquer qu’il est normal d’être inquiet, mais que cette inquiétude n’empêche pas de réfléchir ensemble à des solutions.
À partir de quand une inquiétude face au climat est à surveiller chez un enfant ? À quels signes les parents doivent-ils être attentifs ?
Les études sur l’éco-anxiété chez les enfants restent encore peu nombreuses. Les premiers retours cliniques montrent qu’elle peut se traduire par des difficultés d’endormissement, des ruminations, une incapacité à se projeter dans l’avenir, des tensions musculaires, des troubles de l’alimentation ou une anxiété qui finit par envahir d’autres aspects de la vie. Dans ces situations, un accompagnement psychothérapeutique est souvent nécessaire.
Il faut toutefois rappeler que l’éco-anxiété n’est pas uniquement quelque chose de négatif. Lorsqu’elle reste mesurée, elle peut devenir un moteur d’action car les émotions négatives poussent aussi à s’engager. À l’échelle de la société, si davantage de personnes étaient éco-anxieuses, la planète s’en sortirait sans doute mieux.


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