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Comment le parti Renaissance s’est transformé en un panier de crabes impitoyables

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Les dirigeants du parti d’Emmanuel Macron n’hésitent plus à s’écharper au grand jour. Des bisbilles, plus ou moins graves, qui soulignent les enjeux de son camp avant 2027.

Gabriel Attal et Guillaume Kasbarian photographiés à l’Assemblée le 26 janvier (illustration)

LUDOVIC MARIN / AFP

Gabriel Attal et Guillaume Kasbarian photographiés à l’Assemblée le 26 janvier (illustration)

Si les souris dansent quand le chat n’est pas là, les crabes garnissent le panier du pêcheur quand celui-ci s’en va. Voilà la maxime qui semble s’appliquer à Renaissance, parti présidentiel bientôt orphelin de son fondateur Emmanuel Macron, à seize mois de la prochaine élection présidentielle.

La formation politique créée un soir d’avril 2016 est effectivement en pleine mutation forcée. Le chef de l’État, qui a su guider ses troupes autour d’une ligne doctrinale jamais clairement définie, ne pourra pas se représenter en 2027. Un vide, certes partiellement rempli par Gabriel Attal (à la fois secrétaire général et président du groupe à l’Assemblée), mais qui aiguise inévitablement les dissensions et les appétits.

Ainsi, les situations baroques et autres prises de bec publiques s’accumulent depuis des mois. Concernant les élections municipales, par exemple, les cadres se divisent à Paris sur les candidatures de Rachida Dati (LR) et Pierre-Yves Bournazel (Horizons), le chef de file officiellement choisit par l’appareil. Il se dit même que deux ministres macronistes pourraient figurer sur ces listes concurrentes, Benjamin Haddad pour la première et David Amiel pour le second. Mais ces divisions ne concernent pas uniquement le printemps 2026.

Critiques et ambitions parallèles

Cette semaine a déjà donné sur plusieurs exemples, divers. Gabriel Attal s’est ainsi attiré les critiques de l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne quant à sa méthode pour 2027 et l’organisation d’un meeting qui n’en disait pas le nom, mardi soir à Paris, avec des représentants de la société civile. « On peut avoir en tête l’échéance présidentielle mais il ne faut pas perdre de vue qu’il y a avant une échéance municipale. (...) Pour moi un parti politique, ça doit être un collectif qui prépare un projet au service des Français et pas un outil d’une communication personnelle », a ainsi sifflé la numéro 2 du parti, qui s’est plusieurs fois opposée au trentenaire sur des sujets de fond, comme l’interdiction du port du voile chez les mineurs.

Car les différences de vues ne se limitent pas non plus aux questions de méthode. Autre illustration, quelques heures plus tôt, avec la députée Prisca Thevenot qui reprenait de volée… sa comparse macroniste Aurore Bergé, sur sa dernière proposition comme membre du gouvernement de Sébastien Lecornu. Cette dernière évoquait l’idée d’une formation obligatoire pour les agents immobiliers afin de lutter contre les discriminations à la location de logement.

Riposte cinglante de l’ancienne porte-parole du gouvernement : un émoji clown et une publication titrée « pourquoi c’est nul ? », en trois points. « C’est sympa de se réveiller un lundi matin dans un pays endetté et d’apprendre qu’on va dépenser de l’argent (...) pour que les agents immobiliers respectent la loi », insiste l’élue, proche de Gabriel Attal. N’en jetez plus ?

En creux, la question du projet

Au-delà de ces batailles de personnes, qui devraient s’intensifier à l’approche de la présidentielle, sous l’impulsion des cadres ambitieux, certaines de ces guéguerres laissent deviner des désaccords bien plus profonds, dans un parti qui parvenait jadis tant bien que mal à unir ses différents courants derrière Emmanuel Macron.

Lors de la séquence budgétaire, par exemple, plusieurs figures macronistes ont longtemps ferraillé (ils continuent de le faire) pour obtenir la tête du Haut-commissariat au plan, pourtant dirigé par Clément Beaune, ancien ministre et toujours membre du bureau exécutif de Renaissance. « Si certains doutent encore de l’intérêt de le supprimer, cet énième chèque devrait vous convaincre », assurait par exemple Guillaume Kasbarian début janvier quand leur collègue prônait un « échochèque » pour permettre d’acheter « made in France. »

Difficile, en somme, de faire cohabiter pour ce cas précis le libéralisme de certains, chantres de la politique de la tronçonneuse inspirée de Javier Milei, et les tenants d’un État fort et interventionniste. Jusqu’à l’impossible ? En creux, ce sont bien les questions du projet et de l’incarnation du parti présidentiel pour les prochains mois qui se posent.

Sur ces deux points, Gabriel Attal continue d’avancer ses pions. Il met régulièrement en avant les nombreuses conventions thématiques organisées depuis un an, sur les questions régaliennes, l’écologie ou encore l’économie. Avec les propositions qui en découlent, comme l’instauration d’un nouveau système de retraite basé sur plus de capitalisation. Mais il n’est pas le seul, dans son camp : Gérald Darmanin, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé ou sans doute Sébastien Lecornu, se voient bien jouer les premiers rôles dans les prochains mois. Tous dans le même panier.

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