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Comment comprendre la Chine

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« Regarde les Chinois », chantait Mitsou en 1989. Trente-sept ans plus tard, une tendance surnommée « Chinamaxxing » prend de plus en plus d’ampleur sur les médias sociaux. Sur TikTok, YouTube et Instagram, beaucoup de jeunes Occidentaux non seulement adoptent des tendances culturelles chinoises, mais découvrent aussi avec fascination les villes ultramodernes de Chine, ses infrastructures gigantesques, ses trains à grande vitesse, ses paiements numériques omniprésents et l’impression générale d’efficacité étatique qui se dégage de la Chine contemporaine.

Plusieurs commentateurs s’inquiètent, à tort ou à raison, que cette fascination traduit un engouement pour le « socialisme à caractéristiques chinoises ». Pourquoi ? Parce qu’une bonne partie du discours occidental sur la Chine repose encore sur des catégories héritées de la guerre froide qui décrivent de moins en moins bien la réalité actuelle. La Chine n’est ni un État socialiste d’économie planifiée au sens soviétique ni un État capitaliste de libre marché classique. Ce qui s’est construit ressemble davantage à la forme la plus forte d’un « État développementaliste ».

Cette nuance est importante, parce que l’État chinois n’a jamais abandonné le contrôle stratégique de l’économie, comme l’ont largement fait plusieurs États occidentaux après le virage néolibéral des années 1980. Pékin a permis les marchés, une forte concurrence économique, les investissements étrangers, le capital privé et les milliardaires, mais toujours dans un cadre où l’État garde une influence majeure sur la planification à long terme, la politique industrielle, la finance, les infrastructures, l’énergie, les télécommunications et la logistique.

Dans ce sens, la Chine ressemble davantage aux anciens États développementalistes d’Asie de l’Est, comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et Singapour durant leurs périodes de croissance rapide, sauf à une échelle beaucoup plus vaste et sous un régime autoritaire à parti unique. Certains théoriciens politiques parlent aussi d’un « État dur » (« hard state »), c’est-à-dire un État avec une très forte capacité institutionnelle, une coordination stratégique à long terme et la capacité de discipliner autant le capital que la main-d’œuvre pour poursuivre des objectifs nationaux de développement.

C’est justement ce qui déstabilise beaucoup de gens en Occident. Pendant des décennies, l’idéologie néolibérale a présenté les marchés comme capables de produire naturellement innovation et prospérité si l’État était « dégraissé » et « s’enlevait du chemin ». La Chine a démontré presque l’inverse : les marchés peuvent être extrêmement dynamiques lorsqu’ils sont intégrés à un État puissant, interventionniste et technocratique capable d’orienter le capital vers des priorités nationales.

Donc les jeunes Occidentaux qui sont obnubilés par la Chine médiatisée ne réagissent pas tant au « socialisme chinois » qu’à la capacité démontrée d’un État incarnant, pour le meilleur et pour le pire, la « haute modernité ». La planification à long terme, la politique industrielle, l’électrification, la construction massive de logements, le développement du transport collectif et le déploiement de trains à grande vitesse donnent aujourd’hui une impression presque futuriste comparativement au sentiment de stagnation et au déclin des infrastructures qu’on observe dans une bonne partie de l’Occident contemporain.

L’ironie, c’est que les dirigeants chinois continuent officiellement d’utiliser le langage du socialisme marxiste tout en supervisant l’un des systèmes capitalistes les plus avancés et compétitifs jamais créés. Est-ce une phase transitoire vers quelque chose de postcapitaliste, ou simplement une forme durable de capitalisme d’État autoritaire avec une esthétique socialiste ? Rares sont ceux qui semblent avoir une réponse claire pour l’instant.

Et c’est cette ambiguïté qui pourrait devenir l’une des grandes questions politiques du XXIe siècle.

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