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Lorsqu’un éditeur décide l’arrêt de la commercialisation d’un jeu, il n’est alors plus possible à ceux qui l’ont pourtant acheté de continuer à jouer. Des gamers se mobilisent.
C’est une réalité que seuls les gamers connaissent bien : de plus en plus de jeux vidéo sont abandonnés par leurs éditeurs, sans recours ni dédommagement. Depuis une décennie, des centaines de jeux vidéo ont tout simplement disparu, sans possibilité d’y jouer à nouveau, sur une simple décision de leur éditeur. Et ce, tant pour des raisons techniques ou économiques. Une hérésie pour certains joueurs, qui n’hésitent pas à critiquer les éditeurs de jeux accusés de détruire une part importante de la culture populaire, sans aucun dédommagement pour les consommateurs.
Et si cela concerne, la plupart du temps, d’anciennes versions de licences aussi populaires que la simulation de foot FIFA, c’est l’arrêt du jeu de course automobile The Crew qui a fait déborder le vase en 2024, poussant des joueurs à se mobiliser et à lancer une pétition européenne. Après avoir déjà réussi à récolter plus d’un million de signatures à travers l’Europe en un an, les organisateurs de la pétition citoyenne «Stop Destroying Videogames» font avancer leurs idées au sein des institutions européennes. «C’est un peu comme si vous achetez un livre et que soudain, vous l’ouvrez et les pages sont devenues blanches parce que l’éditeur a décidé que vous ne pouvez plus jouir de votre produit», explique Brendan Fourdan, organisateur de «Stop Destroying Videogames» en France.
Vers un remboursement des joueurs ?
Grâce au succès de cette initiative citoyenne, les défenseurs des joueurs enchaînent les rendez-vous à Bruxelles pour tenter de convaincre les institutions d’intervenir. Après avoir rencontré en février la vice-présidente de la Commission européenne chargée du Numérique, Henna Virkkunen, et le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, Michael McGrath, ces derniers ont même pu présenter leurs arguments aux eurodéputés lors d’une audition organisée jeudi. «Les députés européens étaient à l’écoute de notre requête et les interventions sont plutôt allées dans notre sens, avec (des élus) qui comprenaient le problème et qui semblaient déterminés à mettre un terme à ce qu’on dénonce», se réjouit Brendan Fourdan.
Les demandes consistent à mettre en œuvre les réglementations existantes en matière de protection des consommateurs, et surtout à faire évoluer la législation européenne, ce qui s’annonce beaucoup plus difficile. «Notre mouvement n’a pas du tout vocation à empêcher les éditeurs d’arrêter la commercialisation d’un jeu, (...) ce qu’on veut c’est juste que quand ils arrêtent le jeu, ils le laissent dans un état tel qu’ils puissent être encore joués», par exemple sur des serveurs privés mis en place par des bénévoles, explique-t-il. À défaut, l’idée est d’obliger les éditeurs à rembourser systématiquement les joueurs.
Des solutions difficiles à mettre en œuvre
L’enjeu est loin d’être anodin pour les principaux concernés : les jeux vidéo sont la première industrie culturelle en Europe, brassant des milliards d’euros par an. «C’est une industrie avec des revenus énormes, et une grande importance culturelle, technologique et en matière d’innovation. C’est définitivement quelque chose qui doit être sur le radar de la Commission européenne et du Parlement européen», insiste Moritz Katzner, qui dirige l’ONG «Stop Killing Games».
Au point que certains élus prennent la chose très au sérieux, à l’instar de l’eurodéputée écologiste Catarina Vieira. «Le désir est là, de la part de tous les groupes politiques, pour s’assurer que les choses vont de l’avant», a-t-elle fait savoir, soulignant que l’important était d’arriver «à une bonne solution pour ceux qui achètent des jeux vidéo et qui méritent de les utiliser pendant longtemps». Mais la Commission, qui devra répondre aux pétitionnaires d’ici fin juillet, a prévenu que les solutions n’étaient pas simples à mettre en œuvre, car elles touchent notamment au droit de la propriété intellectuelle.
Les entreprises, de leur côté, rejettent les solutions avancées. «Les serveurs privés ne constituent pas toujours une alternative viable pour les joueurs, car les protections que nous mettons en place pour sécuriser leurs données, supprimer les contenus illégaux et lutter contre les contenus communautaires dangereux n’existeraient plus», a notamment assuré l’organisation professionnelle du secteur, Video Games Europe.


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