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"Comme si j’étais en train de m’éteindre" : Marie-Jeanne raconte la crise suicidaire qui a bouleversé sa vie à 17 ans

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Septembre jaune est le mois dédié à la sensibilisation autour du suicide. Après une crise suicidaire à l'âge de 17 ans, Marie-Jeanne fait désormais de la prévention sur le sujet.

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Après des années de souffrance mentale, Marie-Jeanne va mieux, et veut aujourd'hui encourage les autres à demander de l'aide.

Après des années de souffrance mentale, Marie-Jeanne, 19 ans, va mieux, et veut aujourd’hui encourager les autres à demander de l’aide. (©Transmis par Marie-Jeanne)

Par Luna Perez Publié le 16 sept. 2026 à 21h11

« En parler, ça peut sauver une vie », « des ressources existent ». Sur son compte TikTok, Marie-Jeanne, 19 ans, n’hésite pas à aborder un sujet lourd de sens et toujours très tabou en ce mois de septembre jaune : les pensées suicidaires et le suicide.
Et pour cause, la jeune Franco-Polonaise interrogée par actu.fr sait de quoi elle parle : à 17 ans, celle qui vit en Suisse fait une crise suicidaire et est hospitalisée. Si aller mieux est un long parcours fait « de hauts et de bas », elle assure désormais « savoir comment les gérer ». Sa nouvelle mission : parler de la santé mentale publiquement, pour « qu’aucun enfant ne se sente comme [elle] s’est sentie ».

@mjeanne.ka

j’ai mis du temps à comprendre ça. demander de l’aide c’est pas un aveu de faiblesse, c’est le move le plus courageux si aujourd’hui ça va pas, tu peux le dire, ici ou à quelqu’un autour de toi, mais dis-le je partage ce genre de trucs régulièrement, reste dans le coin 🤍 #santementale #enparler #vulnérabilité #suisseromande #creatorsearchinsights

♬ son original – mjeanne.ka

Un problème de santé publique

D'après Santé publique France, en 2024, 5,2 % des 18-79 ans ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois, et 5,4 % ont déjà tenté de se suicider au cours de leur vie. Selon un rapport de la Drees, le taux de suicide atteint 13,3 décès pour 100 000 habitants.

Chez les plus jeunes, environ un lycéen sur dix a déclaré avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie, toujours d'après Santé publique France. Le suicide est la troisième cause de mortalité chez les 15-29 ans dans le monde, précise l'OMS.

En Suisse, selon l'Office fédéral de la santé publique, plus de 200 000 personnes ont tenté de se suicider au moins une fois dans leur vie et plus de 500 000 ont actuellement des pensées suicidaires.

« J’étais tout le temps en pleurs »

« J’ai commencé à me sentir pas comme les autres à 11 ans », nous raconte Marie-Jeanne, qui avait à l’époque de gros problèmes familiaux avec son père, violent, et qui a depuis coupé les ponts. Une professeure le remarque et elle est tout de même orientée vers le psychologue scolaire. Mais après quelques séances, le suivi s’arrête là. Pendant plusieurs années, l’adolescente va cacher une souffrance intérieure qu’elle n’exprimera pas.

J'étais tout le temps en pleurs, à l’école je ne me sentais pas bien de savoir que je devais rentrer à la maison ensuite et que c’était compliqué [...] je ne me sentais pas trop en accord avec les gens de ma génération.

C’est au moment de son apprentissage, débuté à 16 ans dans le secteur des transports publics, que tout bascule. La deuxième année, en décembre 2023, Marie-Jeanne commence à tomber malade. Grippes, pneumonies, bronchites… elle enchaîne les problèmes de santé, sans jamais être prise au sérieux à l’hôpital.

« Si ma mère n’était pas venue, j’aurais fait une tentative de suicide »

Durant l’été 2024, en vacances en Pologne chez sa grand-mère, elle découvre qu’elle a une septicémie, et doit être hospitalisée en urgence. Une fois rapatriée chez elle en Suisse, et en arrêt maladie, c’est la descente aux enfers : « Je me suis rendu compte que c’était ma santé mentale le problème », déplore celle qui est alors âgée de 17 ans.

Je ne me suis jamais écoutée, je ne savais pas que la santé mentale et physique, ça pouvait avoir un lien.

Seule tous les jours à la maison durant cette période, celle qui soigne d’habitude son apparence ne prend plus autant soin d’elle. « J’oubliais de manger, je n’avais plus de rythme du tout alors que de base je suis une fille hyper organisée. » Si elle peine à se souvenir de cette période traumatique, la jeune femme de 19 ans le dit aujourd’hui à demi-mot, à l’époque elle avait des pensées suicidaires, et pensait à passer à l’acte.

Un soir, alors qu’elle rentre d’une soirée avec sa meilleure amie, celle-ci la pousse à appeler le 143, le numéro d’urgence qui permet d’accéder à un service d’écoute, équivalent du 31 14 en France. « Elle avait peur que je passe à l’acte », se rappelle Marie-Jeanne, qui se sentait alors en détresse psychologique. « Au téléphone, ils m’ont rassuré. »

La crise suicidaire est une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. Cette crise constitue un moment d’échappement. Un état d’insuffisance de ses moyens de défense et de vulnérabilité place la personne en situation de souffrance et de rupture d’équilibre relationnel avec elle-même et son environnement. Cet état est réversible et temporaire.

Mais quelques jours plus tard, l’adolescente est à nouveau en détresse. « Je fixais le plafond, j’étais sur mon lit, j’étais très fatiguée, c’était très bizarre, j’ai soudain eu ce sentiment de paix » (une des alertes possibles avant le passage à l’acte, ndlr), relate-t-elle.

« C’est comme si j’étais en train de m’éteindre. » Elle a alors la force d’envoyer un message à sa mère. « Elle est arrivée en courant dans ma chambre et elle m’a dit qu’on allait à l’hôpital » et j’ai accepté, se souvient Marie-Jeanne, qui se rend alors aux urgences psychiatriques.

Un soir où j’étais toute seule à la maison, j’ai ressenti que j’allais partir [...] je pensais que j’allais m’endormir et que c’était fini.

Qu’est-ce qui a pu entraîner la crise suicidaire de l’adolescente ? D’après l’Assurance maladie, les causes qui favorisent un risque de suicide sont plurielles : troubles psychiatriques, violences psychologiques, physiques ou sexuelles, harcèlement sur les réseaux sociaux, problèmes financiers persistants ou perte d’un parent…

Marie-Jeanne évoque, elle, la séparation de ses parents, une rupture douloureuse avec son premier petit-ami et la peur de « se faire virer de son apprentissage à cause des problèmes de santé ». « Pour moi, ma vie devait être une ligne droite et là tout s’effondrait », analyse-t-elle.

J'avais l’impression que je n'allais jamais comprendre pourquoi j’étais là, la vie manquait de sens [...] Je me sentais aussi coupable de quelque chose car mes parents venaient de se séparer [...] pendant des années, j’avais essayé de construire un château de cartes et là il tombait.

Des médicaments, une thérapie et le soutien des proches

Une fois à l’hôpital, une hospitalisation de jour est décidée. La jeune fille doit se rendre à l’hôpital tous les jours durant plusieurs semaines pour s’entretenir avec un psychiatre.

Six mois plus tard, elle est finalement diagnostiquée avec une dépression sévère et un trouble obsessionnel compulsif. Le médecin lui explique également qu’elle a fait un burn-out : entre les études, son apprentissage et le sport (elle pratique la gymnastique), elle ne s’arrêtait jamais. Marie-Jeanne commence à prendre des antidépresseurs en janvier 2025. Elle est toujours sous traitement.

Durant son parcours thérapeutique, en plus de ses séances de psy, elle est soutenue par sa famille. « J’avais l’impression que c’était une honte, mais ma maman l’a hyper bien compris », décrit celle qui n’a expliqué la situation à ses frères et sœurs que quelques mois plus tard. « Je leur ai dit que je n’étais pas chiante, j’avais juste un trouble », en rigole-t-elle.

J'ai réussi à m'en sortir d'abord grâce à ma psychiatre et les médicaments, ça m'a aussi vraiment beaucoup aidé. L'entourage que je me suis construit aussi, le fait d'avoir enlevé de ma vie les personnes qui ne m'aidaient pas, d'accepter que j'allais pouvoir vivre sans elles.

« Faire comprendre aux gens qu’ils ne sont pas seuls »

Deux ans plus tard, Marie-Jeanne, qui n’arrivait pas « à faire la moindre chose toute seule » auparavant, a plus confiance en elle et prend des initiatives. « La vie continue, et il y a quelque chose à construire », pense-t-elle désormais. Sur les réseaux sociaux, elle poste des contenus en lien avec la santé mentale, pour faire de la prévention. En Suisse, elle a même gagné un prix pour une vidéo qu’elle a réalisée sur son parcours.

J'ai commencé à poster sur les réseaux sociaux, je n'ai pas peur qu'on se moque de moi, je sais qui je suis, je connais mes capacités, j’ai envie de me mettre des défis et de découvrir de nouvelles choses.

@mjeanne.ka

Parler, c’est déjà un premier pas. Ce compte est une voix pour celles et ceux qui n’ont pas pu être entendus. 🤍 #santémentale #parlonsen #libérerlaparole #onestlà #creatorsearchinsights

♬ Keep on Dancing – Cats on Trees

« J’aimerais faire comprendre aux gens qu’ils ne sont pas seuls, il y a énormément de ressources pour se faire aider, il faut essayer de faire le premier pas en avant, c’est le plus compliqué », explique la jeune femme. Et de déculpabiliser car souffrir d’une pathologie mentale « ce n’est de la faute de personne ».

« Je vais mourir avec des soucis psy mais je vais pas mourir de ça », se répète-t-elle comme mantra. En ce mois de septembre 2026, elle est tournée vers l’avenir et débute un bachelor en communication.

Vous avez des pensées suicidaires ou souhaitez aider un proche en détresse ? Contactez le numéro national de prévention du suicide au 3114, accessible 24 h/24, 7 j/7, gratuit et confidentiel, ou rendez-vous aux urgences.

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