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Alors que les États-Unis et l'Iran sont sur le point de signer un accord de paix, se pose la question du coût mondial de la guerre déclenchée par les Américains et Israël.
Publié le 17/06/2026 09:42
Temps de lecture : 3min
Des navires sont ancrés dans le détroit d'Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, sur la péninsule de Musandam, au nord d'Oman, le 17 mai 2026. (- / AFP)
L'ancien commissaire européen Thierry Breton a déploré que "l'on paie tout ça", après trois mois et demi de guerre en Iran et alors que Washington et Téhéran s'apprêtent à signer un accord de paix, vendredi 19 juin. "On a quand même aujourd'hui détruit à peu près 0,8% à 0,9% de la croissance mondiale, ce qui crée des répercussions dramatiques dans un certain nombre de pays y compris les pays en voie de développement et en particulier l'Afrique", a-t-il expliqué mardi 16 juin sur BFM TV et RMC. Vrai ou Faux ?
L'estimation de Thierry Breton est plutôt haute. La plupart des institutions parlent d'un recul de la croissance mondial plus faible que cela. La Banque mondiale fait l'estimation la plus basse en tablant sur un recul de 0,1 point de pourcentage par rapport aux prévisions de janvier 2026, avant le début de la guerre en Iran et donc avant la fermeture du détroit d'Ormuz, l'explosion des prix du carburant et une nouvelle hausse de l'inflation.
En janvier 2026, elle écrivait : "La croissance mondiale devrait rester assez stable les deux prochaines années, en passant à 2,6% en 2026 avant de monter à 2,7% en 2027." Mais dans un communiqué de presse de juin, elle estime que "la croissance mondiale devrait ralentir à 2,5% en 2026".
Le Fonds monétaire international (FMI) parle d'un recul un peu plus important, de 0,3 point de pourcentage. "Selon les prévisions de référence, la croissance mondiale devrait s'établir à 3,1% en 2026", écrivait-il en avril dans un rapport prévisionnel, alors que "en l'absence de guerre, la croissance mondiale aurait été réévaluée à la hausse" pour atteindre "3,4%". "Par conséquent, la révision à la baisse pour 2026 reflète en grande partie les perturbations causées par le conflit au Moyen-Orient, partiellement compensées par l'effet positif des données économiques récentes et de la baisse des taux tarifaires", explique le FMI.
Une troisième source anticipe des reculs plus importants. Le Global Peace Index de l'Institut australien pour l'économie et la paix, qui mesure l'impact économique des guerres, prévoit deux scénarios. Dans l'un, le plus probable, le détroit d'Ormuz rouvre après près de quatre mois de fermeture. Alors, la croissance reculerait de 0,6 point de pourcentage. Dans l'autre, la guerre continue, le détroit est fermé plus de six mois. Alors, la croissance mondiale reculerait de 1,5 point de pourcentage. En chiffres, cela signifie que la guerre en Iran pourrait coûter entre 1 000 milliards d'euros et 3 000 milliards d'euros, selon le Global Peace Index.
À une échelle plus locale, la Banque de France vient d'abaisser ses prévisions de croissance dans l'Hexagone cette année 2026. En décembre 2025, elle tablait sur une croissance de 1% pour l'année 2026, en mars sur 0,9% et en juin elle table donc sur une croissance de 0,5 point de pourcentage en 2026. Autrement dit, la guerre en Iran aurait réduit la croissance française de moitié en lui coûtant 0,5 point de pourcentage.
"Le prix du pétrole a davantage augmenté que dans les hypothèses du scénario de base de mars. Mais surtout, l'activité s'est avérée moins résiliente qu'anticipé au premier trimestre 2026", a expliqué la Banque de France dans ses prévisions macroéconomiques publiées mardi 16 juin.
Le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, précise néanmoins aux Echos que "la France ne devrait pas connaître de récession au printemps". La banque souligne cependant que ses projections ont été "réalisées dans un environnement international particulièrement incertain" et sans tenir "compte de l'annonce du 14 juin relative à la signature possible d'un accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran".
D'autres projections sont un peu moins pessimistes. Le gouvernement français ainsi que la Commission européenne tablent pour l'instant plutôt sur une baisse de 0,1 point de pourcentage.
Concrètement, si l'on rapporte ces prévisions au PIB de 2025 qui s'élevait à 2 646,7 milliards d'euros selon l'Insee, cela signifie que la guerre en Iran pourrait coûter entre deux et treize milliards d'euros à la croissance française en 2026.
Thierry Breton affirme aussi que cette guerre et son coût ont "des répercussions dramatiques dans un certain nombre de pays y compris les pays en voie de développement et en particulier l'Afrique", et en effet, selon le Global Peace Index, les pays fragiles le sont encore plus à cause de la hausse des prix de l'énergie, de l'inflation provoquée et notamment des prix de la nourriture qui devient trop chère, alors que de nombreux pays d'Afrique connaissaient déjà une très forte insécurité alimentaire, notamment au Soudan, à Madagascar, au Tchad, au Yémen et dans les deux Congo.
Néanmoins, les pays les plus touchés économiquement, toutes proportions gardées, seront l'Iran, Israël et les pays du Golfe, selon le GPI.
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