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Cohabitation difficile entre la ZEC Labrieville et Hydro-Québec

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La ZEC Labrieville trouve qu’Hydro-Québec lui manque de respect, et n’est pas satisfaite de la manière dont la société d’État mène ses travaux sur le territoire. Elle déplore des manquements au niveau de la communication et de l’exécution desdits travaux. De son côté, Hydro-Québec assure que la ZEC Labrieville figure parmi les partenaires importants qu’elle s’engage à rencontrer sur une base constante.

La ZEC Labrieville trouve qu’Hydro-Québec en mène large sur son territoire, et qu’il est de plus en plus difficile d’avoir une bonne collaboration avec elle.

Elle déplore que la société d’État se comporte comme si le territoire lui appartenait.

Le président de la ZEC Labrieville Laurier Goulet recense quelques sorties d’Hydro-Québec qui n’ont pas fait l’affaire de l’organisation ni de ses membres dans les derniers temps.

« Ils sont sur le territoire en période de chasse même s’ils se sont engagés à ne pas travailler pendant cette période, et ça fait quelques fois qu’on surprend des travailleurs d’Hydro-Québec à venir travailler sans qu’ils nous aient avertis », résume-t-il.

Changement de ton

La ZEC n’est pas capable de mettre le doigt sur ce qui s’est exactement passé pour que la société d’État adopte une attitude qu’elle juge plus cavalière qu’avant, par exemple lors de la construction de la ligne Micoua-Saguenay où les relations étaient normales.

« Il y avait des inconvénients à l’époque, mais il y avait plus d’accueil sur les commentaires qu’on leur faisait », rapporte Laurier Goulet.

Gérald Baril, un autre membre du conseil d’administration de la ZEC qui assiste également aux discussions avec Hydro-Québec, se remémore des instances où la société d’État est intervenue sur des ponceaux endommagés qui devaient être remplacés.

« Ils se sont engagés à nous fournir les ponceaux, mais ils refusent de les installer », raconte-t-il.

Des morceaux de tuyau de ponceau prétendument laissés pour compte par Hydro-Québec lors de leur intervention sur la ZEC Labrieville. Photo courtoisie

MM. Goulet et Baril estiment qu’Hydro-Québec contrevient ce faisant à deux articles du Règlement sur l’aménagement durable des forêts (RADF) du domaine de l’État au Québec, qui stipulent que ceux qui effectuent des travaux en forêt ont l’obligation de réparer les ponts et chemins qu’ils endommagent.

« C’est comme si que c’est parce qu’on a pris des décisions qui sont tout à fait légales en termes d’administration, parce qu’on fait des rappels et parce qu’on leur demande de réparer des choses qu’ils devraient réparer, ils adoptent une ligne dure », estime Laurier Goulet.

Les deux administrateurs désapprouvent du fait qu’Hydro-Québec ait laissé les vieux ponceaux pour compte sur le bord du chemin.

« Leur responsabilité, c’est de remettre les chemins en état comme ils étaient avant qu’ils arrivent. (…) Ce n’est pas à nous de faire ça, ça fait partie des travaux normaux qu’ils doivent faire à travers de leur mandat », martèle Gérald Baril.

« Je trouve ça un peu décourageant de jouer aux enfants d’école avec cette méga organisation-là, qui est censée avoir des employés et de l’expertise pour superviser et contrôler leurs opérations sur le terrain », ajoute l’administrateur.

Sorties durant la chasse

Laurier Goulet affirme qu’Hydro-Québec a mené des opérations qui ont affecté le cours de la chasse pour certains adeptes sur le territoire cette année.

« Il y a eu des hélicoptères et il y a des chasseurs qui n’ont pas été contents de ça. Quiconque chasse sait combien ça coute. C’est de l’investissement, et j’ai deux groupes dont la chasse a été complètement ruinée », note le président.

Toutefois du côté de la société d’État, on assure le maintien de certaines activités compatibles avec la mesure volontaire visant la période de chasse, notamment des activités de repérage réalisées principalement par des spécialistes de l’environnement ainsi que certains travaux d’entretien de chemins, comme du nivelage de gravier.

La conseillère principale et porte-parole des relations externes chez Hydro-Québec Lynn St-Laurent fait savoir que la mesure visant à suspendre certains travaux durant la chasse « ne constitue pas cependant un moratoire sur l’ensemble des activités d’Hydro-Québec sur le territoire ».

Questionnée à savoir si la ZEC était avisée chaque fois qu’une opération avait lieu sur son territoire, Mme St-Laurent mentionne qu’Hydro-Québec informe les parties prenantes du milieu des activités susceptibles d’avoir un impact plus important sur le territoire.

« Compte tenu de la diversité et du nombre d’activités réalisées sur le terrain, il n’est toutefois pas possible d’aviser systématiquement chaque intervenant de tous les déplacements ou interventions de moindre envergure », fait-elle valoir.

Baisse de membres

Hydro-Québec n’a pas élaboré sur le type de travaux qui ont cours sur le territoire de la ZEC, et n’a pas non plus spécifié s’il s’agit de la construction d’une nouvelle centrale hydroélectrique.

Les deux administrateurs croient qu’il s’agirait de Bersimis 1A, un projet de centrale qui a été mis sur pause après que Pessamit ait rejeté l’entente sur le développement énergétique avec Hydro-Québec et le gouvernement du Québec par référendum.

« C’est énorme comme projet. Si ça passe, ils en ont pour plusieurs années de travaux », croit Laurier Goulet.

Il y a également le projet de poste de transformation de 735-315 kV qui a été mis sur pause en 2025, et qui dans sa dernière mouture devait être construit en plein cœur du territoire de la ZEC.

Le poste Micoua, dans la MRC Manicouagan. Il s’agit d’un poste de transformation à 735-315 kV semblable à ce qui pourrait être fait à la ZEC Labrieville. Photo Hydro-Québec

Les deux membres de la ZEC craignent que ces chantiers nuisent à l’accès au territoire sur le moyen-long terme et que les usagers et villégiateurs soient moins au rendez-vous.

« Quand il y a des situations comme celles qui arrivent avec Hydro-Québec depuis quelques mois, ça favorise pas le développement et l’entrée de nouveaux membres ou de visiteurs sur notre territoire », croit Gérald Baril.

« C’est clair qu’il n’y a pas beaucoup de monde qui rêve de passer trois ou quatre jours dans la poussière de trucks. Ils vont aller ailleurs, car la compétition est là et l’offre est là », renchérit l’administrateur.

Normaliser les relations

Dans le court-moyen terme, la ZEC veut avant tout normaliser les relations entre elle et Hydro-Québec.

« On ne veut pas partir en guerre contre qui que ce soit sur le territoire. À court terme, on veut être en mesure de prendre des ententes fermes qui vont être respectées par l’ensemble des partis », souligne Gérald Baril.

« On veut être capables de savoir qu’est-ce qui se passe, et quand est-ce que ça se passe. On veut aussi qu’Hydro-Québec respecte ses responsabilités en termes d’utilisateur du territoire, et qu’elle soit respectueuse de nos membres », assure-t-il en complément.

La ZEC aimerait aussi élaborer un système de compensations financières pour pallier à une potentielle perte d’achalandage et de revenus si de gros travaux venaient qu’à être entrepris.

« On va les entendre de loin ces opérations-là. Durant le temps de la construction, il faut être capable de vivre avec une baisse de revenus anticipée, et il y aura aussi l’après-construction où il faudra habiller la mariée », illustre M. Baril.

Questionnée à savoir comment elle juge être en bonne relation avec la ZEC, Hydro-Québec mentionne que cette dernière est « importante » pour elle en tant que partie prenante du territoire.

« Nos échanges sont constructifs et permettent de mieux comprendre les réalités du milieu. Nous nous faisons un devoir de communiquer les activités susceptibles d’avoir un impact important sur le milieu », termine Lynn St-Laurent.

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