On a longtemps cru que les femmes étaient naturellement plus protégées contre les maladies cardiovasculaires grâce à des artères souvent moins encombrées que celles des hommes. Pourtant, une étude choc publiée dans Circulation: Cardiovascular Imaging vient de renverser cette croyance. L’analyse de 4 200 adultes révèle que, même avec deux fois moins de plaque artérielle, les femmes courent un risque de mortalité et d’infarctus identique à celui des hommes. Une « protection » qui n’est en réalité qu’une illusion statistique.
Le piège des artères étroites
L’étude, menée notamment par la Harvard Medical School, montre que 55 % des femmes présentent de la plaque coronaire, contre 75 % des hommes. Plus frappant encore : le volume moyen de ces plaques est moitié moindre chez la femme (78 mm³ contre 156 mm³). Mais cette faible quantité est trompeuse.
Comme les artères des femmes sont biologiquement plus petites, une quantité minime de dépôt calcaire ou graisseux suffit à obstruer le passage du sang de manière critique. « Une petite quantité de plaque peut avoir un impact bien plus important », explique le Dr Borek Foldyna. En réalité, le risque cardiaque chez une femme commence à s’envoler dès que ses artères sont obstruées à 20 %, alors qu’il ne devient alarmant qu’à partir de 28 % chez l’homme.
Des critères médicaux inadaptés ?
Ce décalage biologique suggère que les seuils de « risque élevé » utilisés aujourd’hui par la médecine mondiale pourraient être inadaptés au profil féminin. En se basant sur des standards masculins, les médecins risquent de sous-estimer le danger pour leurs patientes, les laissant sans traitement préventif alors que leur cœur est déjà sous pression.
En 2026, les maladies cardiovasculaires ont causé le décès de plus de 433 000 femmes aux États-Unis, soit près de la moitié des morts totales dues au cœur. Ces chiffres rappellent l’urgence de prendre en compte les différences de sexe dans le diagnostic. « Il est grand temps de reconnaître les différences biologiques fondamentales », martèle le Dr Stacey E. Rosen, de l’American Heart Association.
Une réponse différente au traitement
Cette recherche s’inscrit dans un mouvement plus large visant à personnaliser la cardiologie. Les symptômes de l’infarctus, les facteurs de risque et même la réponse aux médicaments varient considérablement entre les sexes. Reconnaître que « moins de plaque » ne signifie pas « moins de danger » est une étape cruciale pour réduire la mortalité féminine.
Pour les spécialistes, le message est clair : une évaluation cardiaque ne doit pas se contenter de mesurer le volume d’obstruction, mais doit interpréter ce volume en fonction de la taille réelle des vaisseaux. La prévention doit désormais sortir du modèle « taille unique » pour offrir aux femmes une protection enfin réelle.


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