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L’entreprise suisse Climeworks, qui a été la première au monde à développer des installations commerciales de capture directe du carbone dans l’air, accroît sa présence au Canada en établissant un siège social à Calgary. L’annonce promet d’être bénéfique pour le pays, selon des experts.
Pour l’instant, le bureau à Calgary ne paie pas de mine : quelques tables et chaises dans un espace partagé de jeunes pousses de la fondation Energy Transition Centre (ETC).
Le cofondateur de Climeworks, Christoph Gebald, dit en s’amusant que cela lui rappelle ses débuts, il y a 17 ans.
Ce siège social canadien est en effet loin de refléter la croissance de l’entreprise depuis sa fondation, en 2009.

La capture directe du CO2 dans l'air consiste à aspirer d'énormes volumes d'air ambiant pour en extraire le dioxyde de carbone grâce à différents matériaux. Le CO2 récupéré est ensuite enfoui dans le sol.
Photo : Climeworks
Climeworks compte aujourd’hui environ 400 employés dans le monde et surtout deux grandes installations commerciales de capture directe du CO2 (DAC) dans l’air en Islande. Une seule autre entreprise, la canadienne Carbon Engineering, filiale de l’américaine Oxy, rivalise pour l’instant avec les avancées de Climeworks.
Nous essayons de combiner [tous nos points forts] dans notre prochain projet que nous construisons et nous avons l'intention de le bâtir ici, explique Christoph Gebald en entrevue lors de son passage en Alberta.
Toujours plus grand
Les détails de ce projet canadien seront déterminés dans les prochains mois en fonction de l’approvisionnement énergétique disponible et des capacités de stockage du CO2.
Christoph Gebald laisse toutefois entrevoir de grandes ambitions. Cela pourrait être le plus grand. [...] Ce sera une augmentation substantielle de taille par rapport aux usines précédentes que nous avons construites, dévoile-t-il.

L'installation Mammoth est la deuxième usine commerciale de l'entreprise suisse.
Photo : Climeworks
La deuxième usine en Islande appelée Mammoth était dix fois plus grande que la première, avec un objectif d'élimination de 36 000 tonnes de CO2 par an de l’air, soit les émissions annuelles d’environ 8400 voitures à essence.
Selon le directeur canadien de Climeworks, Colum Furey, une unité mobile, en service en ce moment en Arabie saoudite, servira d’abord de projet pilote en Alberta pour tester sa résistance au froid canadien.
C’est une technologie différente, jamais testée. Elle a un débit de CO2 plus élevé, une consommation d'énergie plus faible et, par conséquent, un coût réduit, ajoute Christoph Gebald.
Des incitatifs fiscaux intéressants
Le coût est un des plus gros obstacles au déploiement de la technologie pour l’instant et il n’est pas étranger à l’installation de Climeworks au Canada et en Alberta, en particulier.
En plus d’une expertise en forage et d’un cadre réglementaire régissant le sous-sol albertain, la province a ajouté à son arsenal d’avantages un crédit d’impôt pour la capture du carbone.
Plusieurs développeurs de DAC nous ont dit que [ce crédit d’impôt] est un véritable tournant pour attirer les investissements dans la province, souligne Catie O’Neal, directrice pour l’Ouest canadien de Carbon Removal Canada, une organisation de promotion des technologies de captage du carbone.
Il finance jusqu’à 12 % des investissements d’infrastructure et peut se cumuler au crédit fédéral, qui rembourse jusqu’à 60 % des dépenses d’équipement pour le captage direct de l’air.
Je pense vraiment que le Canada possède le mélange parfait : expertise réglementaire, main-d'œuvre et incitatifs fiscaux.
Canada contre États-Unis
L’attractivité du Canada reflète aussi les développements politiques au sud de la frontière, croit Jorden Dye, le directeur du Centre d’élimination du dioxyde de carbone à l’Institut Pembina.
En octobre, le département américain de l’Énergie a éliminé le financement fédéral de certains projets de DAC. Celui de Climeworks aux États-Unis ne fait pas partie de la liste, mais les défis s’accumulent au sud de la frontière, alors que les provinces canadiennes vont de l’avant.
Le fait que Climeworks s'établit à Calgary pour sa prochaine expansion au Canada est une occasion incroyable, affirme Jorden Dye.

Selon Carbon Removal Canada, 11 projets de captage direct dans l'air sont en développement au Canada, dont ceux de l'entreprise canadienne Deep Sky.
Photo : Radio-Canada / Jocelyn Boissonneault
Catie O’Neal est d’accord que la présence de Climeworks au Canada a le potentiel de faire boule de neige et d’attirer d’autres investisseurs au pays. Carbon Removal Canada évalue le potentiel d’investissement dans les technologies d’élimination du carbone à 78 milliards de dollars.
Des virages et des contretemps à prévoir
Le cofondateur de Climeworks est toutefois le premier à reconnaître que l'atteinte de ses ambitions n’est pas une ligne droite.
Nous sommes des pionniers. [...] C'est un chemin difficile.
L’année dernière, l’entreprise a congédié 10 % de ses employés, mais Christoph Gebald attribue cette réduction de personnel à une phase de maturation normale.
Bien que reconnue par les experts du GIEC comme étant nécessaire, la technologie élimine encore assez peu de CO2 par rapport aux besoins climatiques et par rapport à son coût d’investissement, mais Jorden Dye compare le potentiel de progression à celui des énergies renouvelables.
Si on avait écouté les sceptiques à l'époque, on utiliserait deux fois plus de gaz naturel aujourd'hui et nous n'aurions pas ces prix records pour les énergies renouvelables, explique-t-il.
Je ne dis pas que le captage direct coûtera un jour 5 $ la tonne, mais investir maintenant pour réduire les coûts et standardiser les usines, c'est essentiel. On ne peut pas attendre 20 ans, quand on en aura absolument besoin pour nos objectifs climatiques, pour commencer à investir.


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