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Une urgence obstétricale s’est transformée en drame après trente minutes d’attente imposées par des soldats.
Dans une urgence obstétricale, trente minutes peuvent séparer une prise en charge médicale d’un drame. Au checkpoint d’Awarta, au sud de Naplouse, elles ont surtout servi à rappeler qu’en territoire occupé, même les ambulances doivent attendre l’autorisation.
Une patiente inconsciente, une ambulance priée de patienter
La jeune femme résidait à Qaryout, un village situé au sud de Naplouse. Lorsque son état s’est brutalement dégradé, une équipe médicale a été envoyée à son domicile. Bashar al-Qaryouti, ambulancier cité par l’agence de presse palestinienne WAFA, décrit une patiente inconsciente souffrant d’un saignement abondant.
L’ambulance a d’abord tenté d’emprunter la route menant à l’hôpital de Salfit, avant de se heurter à une porte militaire fermée. Les secouristes se sont alors dirigés vers le checkpoint d’Awarta afin de rejoindre Naplouse.
Selon leur témoignage, les soldats israéliens auraient contraint le conducteur à couper le moteur, malgré les explications sur l’état critique de la patiente. Après plus d’une demi-heure d’attente, l’ambulance a finalement pu repartir. Trop tard pour l’enfant, né sans vie à l’intérieur du véhicule.
La mère a ensuite été transférée vers l’hôpital Rafidia de Naplouse pour y recevoir des soins. L’armée israélienne n’avait pas communiqué publiquement sa version des faits au moment où cette information a été rapportée.
La santé palestinienne soumise au régime des barrières
Ce drame ne se résume pas à un simple retard administratif. En Cisjordanie, les routes palestiniennes sont fragmentées par des checkpoints, des portes métalliques, des barrages routiers et des contrôles militaires qui peuvent être renforcés ou fermés sans préavis.
Dans son rapport d’avril 2026, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires décrit un réseau d’obstacles qui perturbe directement l’accès des Palestiniens aux soins, au travail et aux services essentiels.
Le 5 juillet, l’ONU avait déjà documenté le cas d’un bébé palestinien de quatre mois dont le transfert vers un hôpital avait été retardé pendant environ vingt-cinq minutes par une porte routière israélienne fermée. Les soldats auraient été informés de l’urgence médicale, sans ouvrir immédiatement le passage.
La sécurité israélienne possède donc son propre service de régulation médicale : elle ne soigne personne, mais décide qui peut rejoindre l’hôpital et à quelle vitesse.
Quand le checkpoint devient une salle d’attente
Les autorités israéliennes justifient habituellement ces dispositifs par la lutte contre les attaques et la recherche de suspects. Mais lorsqu’une ambulance transporte une femme enceinte inconsciente, la menace paraît difficile à confondre avec une patiente en train de perdre son sang.
La Cisjordanie connaissait au moment du drame un durcissement des restrictions autour de Naplouse, après de violents affrontements ayant causé la mort de Palestiniens et d’Israéliens. De nouvelles opérations militaires, perquisitions et arrestations ont été lancées dans la région.
Les habitants en paient collectivement le prix. Les portes se ferment pour des villages entiers, les trajets vers les hôpitaux s’allongent et les urgences médicales se retrouvent soumises au bon vouloir d’un poste de contrôle.
Un bébé mort, mais le barrage a bien fonctionné
Cette femme n’a pas été arrêtée, jugée ou accusée de quoi que ce soit. Elle tentait simplement d’atteindre un hôpital avant de perdre son enfant. Son ambulance disposait du personnel, du matériel et d’une destination. Il lui manquait seulement le droit de passer.
Le checkpoint d’Awarta n’a donc connu aucune défaillance technique. La barrière était fermée, les soldats contrôlaient la route et l’ambulance est restée immobilisée. Du point de vue du dispositif militaire, tout a fonctionné comme prévu.
Seule la patiente avait une urgence.


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