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Félix Lefebvre décadent et Abraham Wapler paumé, dans une comédie de classe et d’époque, oscillant entre cynisme et mélancolie. Face-à-face, le fils à papa et le jeune fauché, le tout ou rien.
Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 11:00 - Temps de lecture :
C’est à la page 122 de Mémoire de fille (2016, Gallimard), autobiographie de la jeunesse de la Nobel de littérature Annie Ernaux. Elle écrit : « Comment, au début de la vie, tous, nous nous débrouillons de ça, l’obligation de faire quelque chose pour vivre, le moment du choix, et pour finir, la sensation d’être ou ne pas être, là où on doit l’être ? » Avec son premier long-métrage, Léopold Kraus, par pure coïncidence, trace ces mêmes lignes de questionnement sur l’apprentissage de la vie, de soi, comment chercher et trouver sa place. Comme la romancière, il a désenfoui des choses de lui-même, réinvesties dans la fiction avec une autodérision tenant de l’amusement attendri, sans ridicule.
C’est la mise en scène légère et indulgente de ses propres névroses et de sa propre vulnérabilité, mais moins un autoportrait direct, qu’un portrait générationnel en miroir de la jeunesse de son époque : « On grandit avec l’angoisse écologique, la sensation d’une catastrophe imminente, tout en étant élevé dans une culture du narcissisme et de la mise en scène permanente. On se vit tous comme des stars potentielles avec un téléphone au bout de la main. Ce paradoxe me fascinait : vouloir être regardé alors qu’on sent le monde vaciller. »
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La microstar de son film est un influenceur en quête de rôles au cinéma : il multiplie les loupés professionnels, les ratés sentimentaux, les désillusions, dont le récit fait la chronique. Abraham Wepler, un petit air de François Civil, le rend attachant. On éprouve pour ce personnage plein de mélancolie, de l’affection plus que de la commisération. Face à lui, Félix Lefebvre, peroxydé et décadent, le fait exister par un antagonisme surjoué. Il lui revient de surligner l’écart de classe et d’en faire de caisses dans la folie bling bling - attention, clignotant social démonstratif ! Son personnage super riche est jubilatoire, mais assez univoque. C’est en toute fin, tardivement, quand il se durcit d’un mépris de classe féroce, cynique, qu’il donne à l’histoire le mordant qui aurait permis à la comédie de rire à pleines dents, acérées, de la critique sociale.
Microstar de Léopold Kraus, en salles dès ce mercredi 8 juillet. Durée : 1 h 27.


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