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RÉCAP’ - La saga culte de HBO s’offre un final sanglant et destructeur : une bataille sans vainqueur. Un morceau de bravoure au goût de cendres.
La saison 3 de House Of The Dragon s’achève comme elle avait commencé : sur une bataille sanglante sans vainqueur, qui laisse les deux camps exsangues. Mis en ligne ce lundi matin sur HBO Max, ce huitième et dernier épisode est le plus long de la saga avec 75 minutes au compteur. Il est principalement consacré au siège et à la chute annoncée de la ville martyre de Chutebourg. De la bataille navale du Gosier, qui ouvrait cette saison, à Chutebourg, même jeu de massacre. Les dragons ne sèment que la destruction parmi des hommes qui s’entretuent. Loin d’apporter la concorde, le règne de Rhaenyra bascule dans le chaos. Accusée d’être timorée sur les scènes de batailles et de délayer son intrigue, House Of The Dragon aura livré deux affrontements spectaculaires et apocalyptiques. Est-ce suffisant pour lui pardonner ses sempiternelles longueurs et redites (Aemond convalescent à Harrenhal, Rhaenyra questionnant mes dieux etc), à vous de juger ! Attention spoilers.
Une reine acculée, une prophétie rendue publique
Le retour d’Aegon et la résurrection de son dragon achèvent ce qui restait du sang froid de Rhaenyra (Emma D’Arcy), dont le surmenage et le stress post-traumatique étaient de plus en plus flagrants. La chef de file des Noirs n’a eu de cesse de chercher des signes d’un soutien des dieux à sa prise de pouvoir. La chance qui sourit à l’ex-roi déchu des Verts est un affront. En pleine crise d’angoisse et d’hyperventilation, Rhaenyra se lamente en haut valyrien à son époux Daemon (Matt Smith). Le guerrier ne varie pas de sa rhétorique suprémaciste Targaryen. Leur lignée est supérieure : ils ne sauraient répondre aux déités inférieures vénérées par leurs simples sujets. Rhaenyra ne pourra asseoir son règne que par la force brutale de ces dragons.
Ce durcissement de Rhaenyra, qui a définitivement renoncé à la ligne pacifique de son père Viserys Ier, est apparent quand elle refuse de sauver son ancien beau-père, main et amiral Corlys Velaryon (Steve Toussaint) des griffes des Hightower. À sa belle-fille Baella qui l’accuse de traiter ses proches en serviteurs pour mieux les abandonner, une fois qu’ils ne lui sont plus d’aucune utilité, elle la toise d’un «insolente enfant».
S’affranchissant des contre-pouvoirs qui restaient en place dans la capitale, Rhaenyra, en cours de despotisation avancée comme Daenerys dans Game Of Thrones, limoge sa maître espionne et maîtresse Mysaria. La souveraine entend forcer la main du haut septon - la plus haute autorité religieuse du royaume - et se faire oindre. Ce qu’il avait refusé précédemment, arguant qu’Aegon était le roi légitime. Sans pitié, Rhaenyra autorise Alyn, le fils bâtard de Corlys, à passer le prêtre récalcitrant par l’épée. «Nous descendons de Valyria et vénérons les anciens dieux», justifie Rhaenyra, qui n’a plus une once d’empathie en elle, brisée par les deuils et les épreuves. Pas de quoi donc craindre les menaces de damnation d’un vieillard ! Cette obéissance aveugle d’Alys irrite son frère cadet Addam. Alyn assoit aussi son autorité sur les hommes de son père en revendiquant son statut d’héritier, alors que ceux-ci regimbent à rester à port-Real pour défendre la ville.
Vêtue d’une cotte de mailles et arborant la couronne de son père, Rhaenyra s’adresse ensuite à la population. Si les Targaryen ont échappé au fléau qui les a chassés de Valyria, c’est pour protéger les habitants de Westeros de la menace des marcheurs blancs au-delà du Mur. «Si vous voulez survivre, je suis la seule voie», prédit elle devant un auditoire dubitatif et tétanisé. Sa récitation de la prophétie, aux origines de Game Of Thrones, fait un flop. Devant son fils de huit ans peu rassuré lui aussi, la monarque revendique être la sauveuse du Royaume : le fameux «prince qui fut promis». Titre que revendiqueront plus tard Jon Snow comme Daenerys.
Retrouvailles entre les Cain et Abel de Westeros
Affaibli par le vin empoisonné que lui a administré sa mère, Aemond (Ewan Mitchell) est encore une fois convalescent à Harrenhal, soigné par la guérisseuse et intendante du château Alys. C’est ce moment de faiblesse que choisit son frère aîné Aegon pour lui rendre visite et lui apprendre qu’il n’est pas mort. Déstabilisé, Aemond semble prêt à accepter son sort de régicide fratricide et à être exécuté. Un manque de combativité qui déçoit le sadique Aegon (Tom Glynn-Carney). L’heure n’est pas à s’entretuer pour les Cain et Abel de Westeros, il faut d’abord reconquérir le trône et mettre au pied leur oncle Ormund.
Aemond en apprend davantage sur le destin de sa «fiancée» Alys. La guérisseuse et intendante du château lui confie avoir été maudite et jouir de la vie éternelle, condamnée à errer dans le périmètre de la forteresse maudite pour avoir voulu sauver, avec de la magie noire il y a plus d’un siècle de cela, son enfant, gravement brûlé par le dragon d’un ancêtre Targaryen d’Aemond. Le bambin est mort, et Alys ne pourra jamais le rejoindre dans l’au-delà, prétend la jeune femme. Vérité ou mensonge ? Cette héroïne sorcière n’est pas sans rappeler la figure de Melisandre dans Game Of Thrones.
La troisième voie : tentative de pourparlers
Gwayne Hightower n’a aucune envie de mourir dans le massacre annoncé du siège de Chutebourg. Être un kamikaze, bien peu pour lui. Ce conflit n’est pas le sien. Il tente, futilement, des pourparlers avec Daemon. Sortant Corlys Verlayron des geôles, il propose au prince de lui remettre son beau-père et de négocier un traité de paix. Aux noirs l’administration des terres irriguées par le Conflans, le Vale et le Nord. Mais le chevalier réclame l’autonomie de son Vieilleville et son administration par son neveu Daeron. Cette réconciliation pourrait être scellée par un mariage entre Daeron et une des filles de Daemon. Le prince consort lui rit au nez. La paix, jamais pour lui. La fin du conflit sonnera quand toutes les têtes des Hightower seront au bout d’une pique. Jugé trop pacifiste, Corlys rejoint le camp des Noirs, les fers au pied.
Chacun cherche son Ulf
Comme avec la bataille du Gosier, l’assaut sur Chutebourg occupe les 25 dernières minutes de cet épisode, qui devient une mêlée humaine frénétique. Les derniers préparatifs voient cependant quelques traits d’humour noir percer. Daemon comme Ormund, qui a retourné le dragonnier ivrogne, passe leurs temps à chercher Ulf. Le traître, pas motivé à mourir pour un seigneur, se planquer dans une cave et cuve son vin, en espérant se réveiller après la bataille. Bref chacun cherche son Ulf. Ormund et Daemon s’époumonent à hurler «Où est Ulf». Celui qui est passé chez les Verts, finira par être débusqué de son terrier par les hommes d’Ormund.
«Donnez-moi le pire de vous-mêmes!». Daemon exhorte ses troupes à ne pas faire de quartier et à regarder la mort en face, tout en essayant si possible d’épargner les civils pour ne pas entacher davantage le règne de son épouse. Retors, Ormund a regroupé les enfants de Chutebourg sur les remparts en guise de boucliers humains. Daemon renonce à une attaque frontale de dragon et mise sur un assaut «classique». Au capitaine des troupes Stark, sir Roderick, il recommande, pragmatique et peu sentimental, de «mourir seulement après ouvert les portes de Chutebourg». Le guerrier aguerri s’en pourlèche pratiquement les babines. Pour réveiller la bête qui sommeille en ses hommes et impressionner les soldats Hightower, sir Roderick lance ses troupes dans ce qui ressemble à un petit haka, juste hors de portée des archers Hightower. Mais dès que les soldats du Nord franchisent la ligne de flèches qui juchent le sol, les premiers morts tombent.
La chute de Chutebourg
Peu de dialogues, fracas des armes, héros blessés et désorientés, musique tonitruante, champ de ruines. House Of The Dragon renoue avec les grandes scènes d’action de Game of Thrones. Impossible de décrire fidèlement le chaos à l’écran.
Sir Roderick tient sa promesse et meurt après avoir franchi les murs de Chutebourg. Machine à tuer, il estourbit d’un grand coup d’épée à un enfant bouclier humain qui lui avait chatouillé le mollet avec un gourdin en bois. Du menu fretin pour celui qui cherche Ormund Hightower. Il finit par trouver le seigneur à l’odorat si sensible. Roderick prend vite le dessus jusqu’à ce qu’un soldat Hightower vienne à la rescousse et coupe le bras du guerrier du nord. Immédiatement, Ormund tourne de l’œil et vomit. Ce laps de temps suffit à Roderick pour le poignarder dans le dos avec euphorie. Agonisant, les deux hommes sont sur la ligne de feu du dragon d’Ulf qui immole à tout va Verts et Noirs. Ni dieu, ni maître, le dragonnier, trop souvent humilié par les puissants, brûle le système. Si Ormund est horrifié de périr par un dragon, créature qu’il honnit, cette fin réjouit Roderick.
Daemon n’a recours qu’une fois à son dragon pour brûler les portes de la forteresse et les percer, à la manière d’un bélier. Puis le prince enfourche un beau cheval noir et s’aventure dans les rues escarpées de la Chutebourg. Il est immédiatement intercepté par le bras droit d’Ormund Jon Roxton, qui le met en difficulté. Daemon risque même d’y laisser un œil, avant d’avoir un ultime sursaut. Le duel entre les deux est interrompu par la chute de débris enflammés, liés aux raids des dragons. Sonné et pour la première fois conscient de sa mortalité, Daemon s’extirpe in extremis. Il essaie de retourner au combat mais Corlys l’en dissuade d’une main sur l’épaule «la ville est perdue». Autour d’eux, c’est un désastre, bâtiments et champs brûlés, des cadavres à perte de vue. Des soldats choqués et priant.
Toujours aussi déterminé à rester vivant, Gwayne tente de persuader Daeron, venu trouver refuge auprès de son dragon, de ne pas s’engager dans le combat. Oncle et neveu sont, eux aussi, pris dans les décombres. Gwayne reprend connaissance mais ne retrouve pas Daeron.
Mort d’une rêveuse
À Port-Real, Helaena se laisse mourir de faim. Rhaenyra la nourrit de force. Mais rien n’y fait, la jeune femme est ailleurs, brodant à n’en plus pouvoir, hantée par ses visions que personne ne comprend. «Vous est-il arrivé de penser qu’il y a plus à la vie que de ne pas être mort ?», lance la jeune femme à Rhaenyra, «Vous faites semblant d’aimer le beau, vous ne cherchez que le laid ! Notre père haïrait ce que vous êtes devenue».
Comprenant qu’avec le retour d’Aegon, elle et son enfant à naître ne seront jamais libres, Helaena termine sa tapisserie. Traînant le lourd rouleau derrière elle s’approche de la fenêtre. Les cris d’effroi qui suivent la montre empalée en contrebas. Elle s’est défenestrée, non sans avoir terminé sa dernière vignette : Chutebourg en flammes, Rhaenyra sur un trône de fer ensanglantée. Un mauvais présage que contemple en silence l’intéressée en refermant d’un coup sec la fenêtre. Le point de non-retour a été atteint.


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