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Un ancien haut fonctionnaire et le Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador remettent en question la composition de la nouvelle équipe de négociation de leur province, qui tente de réviser le protocole d’entente avec le Québec concernant Churchill Falls et Gull Island.
Le premier ministre progressiste-conservateur, Tony Wakeham, a nommé l'équipe de trois négociateurs mardi, en marge du dévoilement d’un rapport indépendant faisant la liste des limites et risques de l’accord provisoire conclu en 2024.
Selon lui, la création de l'équipe permet de relancer les pourparlers avec Hydro-Québec et de renégocier le nouveau partenariat énergétique. Mais Ron Penney, sous-ministre de la Justice entre 1979 et 1984, s’inquiète de la présence de Jennifer Williams au sein du groupe.
Il soutient que la PDG d’Hydro Terre-Neuve-et-Labrador manque de crédibilité, puisqu’elle avait qualifié l’actuelle mouture du protocole d’accord de meilleure entente possible.

Ron Penney, ancien sous-ministre de la Justice de Terre-Neuve-et-Labrador (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Nous sommes tout à fait convaincus que ce protocole d'accord constitue le meilleur résultat possible pour notre province, avait soutenu Jennifer Williams devant la Chambre d’assemblée en janvier 2025.
Le rapport indépendant contredit carrément ces propos, soulignant que le protocole d'entente, sous sa forme actuelle, ne sert pas l'intérêt public.

Jennifer Williams, la PDG d'Hydro Terre-Neuve-et-Labrador, en conférence de presse le 26 août 2025 à Saint-Jean.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Je ne comprends pas comment Jennifer Williams peut faire partie du comité de négociation étant donné qu’elle avait milité en faveur de l’ancien protocole d’entente, affirme Ron Penney.
Un responsable de Muskrat Falls nommé négociateur
Fred Hutton, porte-parole du Parti libéral en matière d’énergie, croit que la nomination de Jennifer Williams garantit la présence d’une personne qui connaît bien le dossier et qui a participé aux dernières négociations au sujet de Churchill Falls et de Gull Island.
Il critique surtout la nomination de Jerome Kennedy en tant que négociateur, l’avocat étant l’un des responsables du fiasco de la centrale Muskrat Falls. L'ex-élu progressiste-conservateur était ministre des Ressources naturelles en 2012, lorsque le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a approuvé le projet.

Jerome Kennedy, à l'époque ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, répond à une question pendant une conférence de presse à Saint-Jean en mars 2013.
Photo : La Presse canadienne / Graham Kennedy
Ça fait mauvaise impression, affirme Fred Hutton. Il y a 14 ans, il nous a dit que Muskrat Falls serait vite amorti, poursuit-il, soulignant que des subventions de 500 millions $ par an seront nécessaires pendant plusieurs années pour éviter que la facture du barrage fasse exploser les tarifs d’électricité à Terre-Neuve.
Ni Jerome Kennedy ni Jennifer Williams n’ont répondu à nos demandes d’entrevue.

Fred Hutton, le porte-parole du Parti libéral en matière d'énergie, le 15 décembre 2025 à Saint-Jean
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Par comparaison, la nomination de Barry Perry, ex-PDG de la société énergétique Fortis, en tant que président du comité, est très bien accueillie par Ron Penney et Fred Hutton.
Il connaît l’industrie de l’électricité, il sera en mesure d’affronter le Québec. C’est surtout le reste du comité qui m’inquiète, affirme Ron Penney. Pour moi, c'est très bizarre.
Wakeham défend son équipe
Mardi, lorsqu'il a annoncé le comité indépendant, Tony Wakeham a dit qu’il était convaincu que les trois négociateurs seraient en mesure de s’acquitter de leurs obligations.
Je reconnais qu’il va y avoir quelques membres de l’opposition qui ne vont pas se réjouir de la nomination de M. Kennedy, a-t-il indiqué. Permettez-moi d’être clair. Je ne m’intéresse pas aux manœuvres partisanes. Je veux la meilleure équipe et Jerome connaît bien le secteur.
J’ai eu de longues conversations avec Jennifer, qui s’est montrée très honnête au sujet de son rôle précédent, a-t-il poursuivi. Elle et son équipe sont prêtes à travailler tout aussi fort avec un nouveau mandat établi par notre gouvernement.

Les lignes de Churchill Falls, traversant le fleuve Churchill, en 2023.
Photo : Radio-Canada / Danny Arsenault
Le rapport du comité souligne que l’ex-gouvernement libéral s’est souvent immiscé dans les pourparlers avec le Québec, ce qui aurait nui au protocole d’entente, selon le groupe d’experts. L’analyse indique aussi que ni le conseil d’administration d’Hydro T.-N.-L. ni la fonction publique provinciale n’ont bien supervisé les discussions.
En conséquence, le comité recommande à la province d’établir et de rendre publique une stratégie bien définie pour les pourparlers à venir, et aussi de créer une nouvelle structure indépendante de gouvernance pour superviser les négociations. Tony Wakeham promet que le groupe de supervision sera créé prochainement.
Wakeham veut bonifier l'accord provisoire
Le protocole d'accord faisant l’objet du rapport vise à remplacer le contrat existant de Churchill Falls, signé en 1969. Ce contrat béton permet à Hydro-Québec d'acheter presque toute la production de la centrale hydroélectrique au Labrador au prix dérisoire de 0,2 cent le kilowattheure, et ce, jusqu’en 2041.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, le 19 mai 2026, à Saint-Jean
Photo : La Presse canadienne / Paul Daly
En vertu du protocole d'entente signé par l'ex-gouvernement libéral, le prix de l'énergie augmente et, en échange, Terre-Neuve-et-Labrador autorise la mise au point du complexe existant et la construction de deux nouvelles centrales (Churchill Falls 2 et Gull Island), dont la grande part de la production est réservée à Hydro-Québec.
Appuyé par les conclusions du comité, le premier ministre estime que le secteur minier du Labrador doit profiter davantage des nouvelles centrales, que la clause d’indexation du prix de l’électricité de Churchill Falls doit être bonifiée et que Terre-Neuve-et-Labrador doit pouvoir exporter ses surplus énergétiques vers d'autres marchés en se servant du réseau de distribution d’Hydro-Québec.
Mise en garde du Québec
L'entente a continué de faire réagir au Québec, mercredi, où la PDG d'Hydro-Québec, Claudine Bouchard, s'est dite persuadée qu'on va arriver à une entente, malgré les modifications importantes que Tony Wakeham espère apporter au protocole d'accord existant.
Mais je le dis, l'entente devra demeurer équilibrée et au bénéfice des clients d'Hydro-Québec.
On ne va pas signer n'importe quoi à n'importe quel prix. Nous, on pense que l'entente originelle, c'était une bonne entente, une entente gagnant-gagnant, a renchéri le ministre québécois de l'Énergie, Bernard Drainville.
Si Terre-Neuve demande des choses, bien, évidemment, le Québec demandera des choses aussi.


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