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Christophe Coppens : ”Moi, je rêvais que le rideau se lève”

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"Quand on m'a demandé de faire mon premier opéra !" Christophe Coppens (Saint-Nicolas, 1969) a un visage aux traits assurés quand il décrit le moment où, pour lui, tout a basculé dans la vie. Il était d'ailleurs exactement au même endroit que ce matin où nous réalisons l'entretien. Le Dominican, dans le centre de Bruxelles, à quelques pas de l'entrée des artistes de La Monnaie. Ambiance feutrée, des loupiotes de Noël qui apportent la douceur d'une lumière blonde, des fauteuils de velours sombre, et Christophe Coppens assis dans ce décor faussement baroque franchement douillet. Il revient sur les détails de son souvenir.

On lui avait demandé en urgence les costumes d'un spectacle, To be sung, de Dusapin – on est en 2016. "Je m'étais amusé à fabriquer les costumes des chanteuses, mais j'étais vraiment dans ma zone de confort. Après le spectacle, j'ai discuté avec Peter [de Caluwe, directeur de La Monnaie, à l'époque]. On, était assis là-bas (il montre la table près de la fenêtre à grande croisée), je m'entends lui dire : "l'éclairage n'allait pas" et "pourquoi les chanteuses bougeaient comme ça ?" Peter m'écoutait en souriant puis a lâché : "Pourquoi tu ne le ferais pas toi-même ?… Je me souviens avoir répondu : "Non, je suis dans la mode et l'art ! Le théâtre, j'ai arrêté quand j'avais 21 ans".

"Cette nuit-là, je n'ai pas dormi et, le lendemain, j'ai appelé Peter : "tu as raison, c'est pour ça que j'ai fait toutes ces choses si différentes pendant ces années, car, dans l'opéra, tout vit ensemble, tout est lié".

Christophe Coppens : un plumier, une maison à étages... Qui est-il ?

Ou on aime, ou on n'aime pas

Depuis cette conversation, Christophe Coppens a mis en scène quatre opéras au théâtre royal de La Monnaie : Foxie de Janáček en 2017, le château de Barbe-Bleue et Le Mandarin Merveilleux de Béla Bartók en 2018, Turandot de Puccini, en 2024. Quant à son Norma, de Bellini qui avait déjà été joué quelques fois en 2020 avant d'être suspendu pour cause de Covid, il se donne actuellement jusqu'au dernier jour de l'année.

"Quand on me demande pour un journal ou un magazine, quel est mon rêve, je réponds toujours la même chose : un bâtiment où, à chaque étage, on ferait quelque chose de différent : de la mode, de la peinture, des décors… À l'aide d'un ascenseur, je passerai d'un étage à l'autre. En fait, c'est exactement la définition d'une maison d'opéra. Alors, je ne peux qu'être reconnaissant à Peter d'avoir vu cela en moi, et d'avoir osé prendre le risque de me donner un opéra entier".

Dans la pénombre maîtrisée du Dominican, on observe ses traits. Cela fait plus de quinze ans qu'on le rencontre à intervalles réguliers. Il ne vieillit pas. Peut-être parce qu'il nous raconte comme si c'était hier son hyperactivité adolescente. Théâtre, décors, sculpture, mise en scène, costume et on en passe. Quoi qu'il en soit, évoquer son moment de bascule l'oblige à déplier la complexité même de ce qu'il aime.

Qu'y a-t-il dans la tête de Christophe Coppens ?

 le mandarin merveilleux / le chateau de barbe bleu , le 30 mars 2018. PHOTO OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA (OLIVIER PAPEGNIES)

Christophe Coppens dans les coulisses de la création de son opera : le mandarin merveilleux / le chateau de barbe bleu, 2018. ©OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA

"Je ne dirais pas que je vais faire ce job à plein temps, c'est tellement intense. Après un opéra, je retourne à la solitude de mon atelier… Mais le fait qu'on me donne cette opportunité… (il attend un peu avant de clore sa phrase) c'est tout de même incroyable ! D'ailleurs, à chaque spectacle, je pense que ça va être mon dernier !" dit-il, tout à coup tragique. On sourit, car on repère à ce moment, ce caractère angoissé qu'il nous a parfois laissé percevoir par le passé. On l'interroge : les gens vont se rendre compte de quoi au juste ? D'une imposture ? "J'ai beau en avoir mis en scène quatre, à chaque fois, j'aborde un opéra comme si c'était le dernier. Bon… même si je travaille à un cinquième… mais ce sera le dernier ! (rires)

"J'ai beau en avoir mis en scène quatre, à chaque fois, j'aborde un opéra comme si c'était le dernier. Bon... même si je travaille à un cinquième..

Depuis le temps qu'on lui parle, on sent, oui, que quelque chose s'est installé. Moins de justification, plus de plaisir au travail. La légitimité qui se pointe, à 56 ans ? "Je viens d'une période "Fuck you !" mais désormais, je suis dans une période "je m'en fiche". Cela ne veut pas dire qu'il n'y a des jours moins bons ou frustrants mais ces jours sont de moins en moins là. Je trouve que je peux faire tout ce que je veux. Et ou on aime, ou on n'aime pas".

Christophe Coppens nous invite à faire "pouet !"

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