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Ceux qui font danser la Côte-Nord

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Derrière les platines, les générations se succèdent, mais la mission reste la même : faire danser la foule. Des vinyles aux contrôleurs numériques, la façon de devenir DJ a profondément changé. Sur la Côte-Nord des vétérans qui ont appris à mixer à l’oreille côtoient aujourd’hui une nouvelle génération formée avec les logiciels et les nouvelles technologies.

Leurs parcours et leurs façons d’apprendre diffèrent, mais tous doivent composer avec la même réalité régionale : un territoire immense, des déplacements parfois longs et des occasions limitées de se produire.

Apprendre le métier

Pour Yannick Bouffard, tout a commencé à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui âgé de 44 ans, celui qui a notamment été DJ résident au bar l’entrepôt de 2000 à 2012 a connu plusieurs époques du métier.

Il a commencé avec les cassettes et les vinyles, à une époque où il fallait apprendre à caler les morceaux à l’oreille.

« J’ai toujours suivi l’évolution du DJ, parce que j’ai commencé avec les vinyles et les cassettes jusqu’en 2012. Vraiment, les tables tournantes à l’ancienne », raconte-t-il.

Un autre DJ, Danny Carbonneau, lui a notamment appris les bases du métier.

« Il m’a fait un petit coaching pour m’apprendre les temps. À partir de là, c’est toi, c’est tes oreilles. Il faut que tu mixes sur 32 temps. Tu matches rythme par rythme », raconte-t-il.

La technologie a depuis transformé cette façon d’apprendre. Les contrôleurs numériques permettent aujourd’hui à davantage de personnes de s’initier au mixage et certaines fonctions facilitent même la synchronisation des chansons.

« Aujourd’hui, l’expérience fait que je n’ai pas besoin de ces outils-là », dit-il.

Yannick Bouffard, alias DJ Boubou mixant durant un mariage. Photo Courtoisie

À Nutashkuan, le parcours de Mike Grégoire-Régis, mieux connu sous le nom de DJ Mike, a été différent. Actif depuis une quinzaine d’années, il a d’abord découvert le mixage à l’aide de logiciels avant de passer aux consoles.

« Moi, je viens d’une petite communauté à Nutashkuan. Il y avait un ancien DJ là-bas, DJ Joss, qui m’a vraiment inspiré à me lancer là-dedans », raconte-t-il.

Pour lui, les nouvelles technologies ont rendu le métier beaucoup plus accessible à la relève.

« Quand j’ai débuté, je jouais seulement sur mon ordinateur avec des logiciels. Avant, c’était un peu difficile au niveau technologie. Mais avec l’IA et les nouveaux outils, ça avance, ça aide beaucoup les nouveaux DJ. »

Cette nouvelle génération est notamment représentée par Yann-Kevin Michel, alias DJ YK. DJ depuis deux ans, il a développé son intérêt pour la musique dès son enfance.

« Ça a toujours été un rêve pour moi. Mon père mettait souvent de la musique plus électro quand j’étais jeune et j’ai accroché tout de suite », explique-t-il.

C’est toutefois sa rencontre avec DJ Mike qui lui a permis de passer de l’autre côté des platines.

« Mon cousin m’a présenté DJ Mike, il m’a pris sous son aile »,dit-il.

Même avec des outils plus accessibles, le métier demande du temps, rappelle-t-il.

« Aujourd’hui, ce qui est le plus difficile, c’est de maitriser la technique et les transitions, mais ça vient petit à petit. »

Les deux DJ se produisent deux fois par mois au bar le Gibson à Sept-Îles.

La réalité de la Côte-Nord

Derrière une soirée de musique, le travail ne se limite toutefois pas au choix des chansons.

Sur la Côte-Nord, les déplacements et la logistique font partie de la réalité de plusieurs DJ. DJ Mike se produit notamment dans différentes communautés, dont Nutashkuan, Unamen Shipu et Pakuashipi.

« Le déplacement, c’est un défi », résume-t-il.

Lorsqu’il fournit lui-même le matériel, plusieurs heures de travail sont nécessaires avant même que la soirée commence.

« Ça prend du temps, l’installation, l’éclairage, bien placer ça. Ça prend trois ou quatre heures de préparation », explique-t-il.

Les DJ doivent donc souvent être polyvalents et s’occuper eux-mêmes d’une partie importante de la sonorisation et de l’éclairage.

La réalité des lieux où se produire a aussi changé au fil des années. Yannick Bouffard a notamment connu une époque où les bars et les discothèques occupaient une grande place de la vie nocturne.

DJ YK jouant devant la foule du festival Innu Nikamu. Photo Courtoisie

Aujourd’hui, les DJ se retrouvent davantage dans les mariages, les festivals et différents événements privés ou communautaires.

Cette réalité influence également la musique qu’ils jouent. Contrairement aux grands centres, où un DJ peut parfois se spécialiser dans un genre précis, les DJ de la Côte-Nord doivent souvent rejoindre un public beaucoup plus large.

« J’aimerais beaucoup jouer des chansons plus house ou techno, mais la réalité, c’est qu’il faut écouter son public et donc y aller plus commercial », explique Yannick Bouffard.

Pour DJ YK, la proximité entre les gens fait aussi partie de ce qui distingue la scène locale.

« En ville à Sept-Îles et Uashat, c’est une petite communauté. C’est très convivial quand les gens savent que je mixe ils viennent m’encourager et la piste de dance est toujours pleine », affirme-t-il.

Passer le flambeau

Les différences entre les générations ne les empêchent pas de se côtoyer et de se transmettre leur expérience.

DJ Mike a lui-même été inspiré par un DJ plus expérimenté avant d’accompagner aujourd’hui des jeunes artistes comme DJ YK.

À travers son travail et son entreprise de sonorisation Kanikuen inc., il souhaite notamment utiliser la musique pour donner une activité et une occasion aux jeunes de sa communauté.

DJ Mike (à droite) lors d’une soirée au Gibson accompagné par DJ YK (à gauche). Photo Courtoisie

« Mon objectif, c’est d’aider les jeunes à s’occuper et à se retrouver dans la musique. Des fois, il y a des difficultés dans la jeunesse, surtout dans les communautés. Mon but, c’est d’aider les jeunes à aller vers ce métier-là ou du moins avoir cette passion-là », explique-t-il.

Pour lui, le DJing peut représenter bien plus qu’un simple travail ou une passion.

« Le métier de DJ, c’est comme un remède pour moi. Ça me permet de jouer de la musique, puis d’oublier certains problèmes. »

Des vinyles utilisés par les vétérans aux contrôleurs numériques de la relève, le métier a donc beaucoup évolué. Mais pour les DJ qui parcourent aujourd’hui la Côte-Nord, l’objectif reste essentiellement le même : rassembler les gens autour de la musique et faire danser la foule.

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