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Ces photos fascinantes (et inédites) d'animaux et fonds marins pour la Journée mondiale de l'océan

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L'océan couvre plus de 70% de la surface de la planète, produit au moins la moitié de l'oxygène que nous respirons, abrite la majorité de la biodiversité mondiale et constitue la principale source de protéines pour plus d'un milliard de personnes. Quarante millions d'emplois en dépendront d'ici à 2030. En septembre 2025, le seuil critique de l'acidité des océans a été franchi. Il s'agit de la septième des neuf limites planétaires identifiées par les scientifiques au-delà desquelles les conditions de vie sur Terre sont menacées.

Depuis le début de l'ère industrielle, les taux d'acidité ont connu une hausse de 30 à 40%. Les récifs coralliens couvrent moins de 1% des fonds marins, mais ils abritent près d'un quart de toutes les espèces marines, dont la moitié a déjà disparu. Les organismes qui construisent leurs squelettes ou leurs coquilles à partir du carbonate de calcium (huîtres, mollusques, oursins) manquent ainsi de matière première. En remontant la chaîne alimentaire, ce sont les saumons, les baleines, les pêcheurs et les économies côtières qui sont menacés.

Pris sur le vif lors d'une plongée «blackwater» (de nuit en pleine mer), à Anilao (Philippines), un rare «juvénile» d'argonaute (mollusque) se laisse dériver sur une méduse. | © Maryline Renault

Pris sur le vif lors d'une plongée «blackwater» (de nuit en pleine mer), à Anilao (Philippines), un rare «juvénile» d'argonaute (mollusque) se laisse dériver sur une méduse. | © Maryline Renault

Dans le cadre de la Journée mondiale de l'océan (qui a lieu tous les 8 juin depuis 1992), le thème retenu cette année par les Nations unies, «Réimaginer», peut sembler incantatoire. L'angle adopté par Maryline Renault rend l'injonction plus concrète, en invitant à imaginer autrement ce qu'on croit déjà savoir. La photographe française ne documente pas l'étendue du désastre, mais les lieux et actions de reconstruction. «Notre regard sur la conservation marine souffre d'une faille: nous ne protégeons que ce qui est visible et spectaculaire, alerte-t-elle. Mes photographies invitent à un voyage d'échelles extrêmes pour comprendre l'interdépendance absolue des écosystèmes marins.»

Maryline Renault a vécu dans huit pays et exploré plus d'une centaine de destinations. Son travail a été primé dans des compétitions internationales de référence. La Ocean Geographic Society lui a décerné en 2026 la distinction convoitée de «photographe associée» (associate photographer). Pour les lecteurs et lectrices de Slate.fr, elle partage ses clichés les plus marquants, certains en exclusivité.

Baleineau à bosse. | © Maryline Renault

Baleineau à bosse. | © Maryline Renault

Dans l'archipel tongien, durant chaque hiver austral, les baleines à bosse arrivent de l'Antarctique pour mettre bas dans les eaux tièdes du Pacifique tropical, un sanctuaire thermique que le réchauffement climatique menace des deux côtés à la fois. Dans les Tonga, la mère arrive amaigrie: dans le Pacifique Nord, une vague de chaleur marine sans précédent a appauvri la productivité de l'océan. Moins capable de produire le lait riche en graisses dont le baleineau a besoin lors des premiers mois de sa vie, elle doit aussi composer avec des eaux qui se réchauffent trop vite pour que ces animaux philopatriques (profondément attachés aux zones où ils sont nés) puissent s'adapter.

En plongeant et en remontant, les baleines brassent les océans et stimulent la croissance du phytoplancton qui capture le dioxyde de carbone (CO2), régulant sans le savoir le climat qui les fragilise. Ce baleineau est emblématique du paradoxe. Pour saisir l'instant parfait, Maryline Renault a passé plusieurs journées auprès des baleines, soumise à l'une des réglementations les plus strictes au monde: un guide en snorkeling (à la surface de l'eau), un maximum de quatre nageurs, cinq mètres de distance et un temps limité.

«Sardine run». | © Maryline Renault

«Sardine run». | © Maryline Renault

C'est à Moalboal, aux Philippines, que Maryline Renault a immortalisé le spectaculaire phénomène du «sardine run»: des millions de sardines réunies en un banc dense qui se meut comme un seul organisme pour dérouter les prédateurs, produisant l'une des chorégraphies les plus complexes du vivant. Les biologistes évoquent un comportement «émergent»: sans chef de file ni signal central, des millions d'individus forment une entité unique, capable de se déformer, se scinder et se reconstituer en une fraction de secondes. La photo met en valeur le mécanisme de défense du banc de sardines au moment où il rencontre un corps humain: l'apnéiste ne le trouble pas mais le traverse et le banc se referme autour d'elle comme s'il l'absorbait.

Requin-renard. | © Maryline Renault

Requin-renard. | © Maryline Renault

Il est reconnaissable entre mille avec son étonnante silhouette dotée d'une queue démesurée et de grands yeux dignes de ceux d'un personnage de manga japonais. Inoffensif pour l'être humain, le requin-renard ou renard de mer est un superprédateur qui régule les populations de poissons de taille modeste (lui peut atteindre 6 mètres). Victime de la surpêche, son déclin provoque un effet domino écologique: sans lui, ses proies prolifèrent et brisent l'équilibre des fonds marins. À Malapascua, toujours aux Philippines, où Maryline Renault l'a photographié, il est farouchement protégé.

Crevette translucide dans tunicier vert. | © Maryline Renault

Crevette translucide dans tunicier vert. | © Maryline Renault

Blottie dans les replis d'un tunicier vert, à Tulamben (Bali, Indonésie), une crevette translucide, presque invisible à l'œil nu, est révélée par une lumière continue placée en contre-jour. Nudibranches, crevettes, tuniciers, hippocampes: ces créatures minuscules et expertes en camouflage forment un moteur biologique vital en décomposant la matière organique et en recyclant les nutriments. «Les environnements de sable noir volcanique sont souvent jugés peu attrayants», reconnaît Maryline Renault. Prises dans l'ombre des fonds de sable et de vase, ses photographies en super macro révèlent l'étonnante cryptofaune, ces précieux «éboueurs de l'océan» qui empêchent l'asphyxie des fonds marins. «Mon intention est d'éveiller le désir de protéger ces espèces uniques et finalement méconnues», indique la photographe française.

Hippocampe. | © Maryline Renault

Hippocampe. | © Maryline Renault

À Dauin, aux Philippines, un hippocampe doré dérive dans le courant. Pour isoler ce minuscule sujet, la photographe a concentré un éclairage restreint sur le seul hippocampe, en contre-jour pour le faire rayonner. Un léger mouvement pendant la pose longue donne l'impression d'un arrière-plan ondulant, comme la mer elle-même. Seul poisson à nager à la verticale, l'hippocampe mâle incube les œufs dans une poche ventrale. Le réchauffement des mers n'est pas son seul souci: plus de 20 millions sont braconnés chaque année pour le bénéfice de la médecine traditionnelle chinoise, au point que toutes les espèces d'hippocampes sont aujourd'hui sous surveillance internationale grâce à la Convention sur le commerce international des espèces sauvages.

Poisson-grenouille peint. | © Maryline Renault

Poisson-grenouille peint. | © Maryline Renault

Le poisson-grenouille peint (Antennarius pictus), ou antennaire, est un prédateur aussi redoutable que discret. Sa première épine dorsale s'est transformée au fil de l'évolution en une sorte de canne à pêche, terminée par un leurre qui imite une proie. Immobile, fondu dans le corail ou dans l'éponge qu'il imite à la perfection, il attend que la victime s'approche pour projeter ses mâchoires et ouvrir une bouche aussi large que son propre corps en moins de dix millisecondes. La dépression brutale aspire tout ce qui se trouve devant lui. Ce «bâillement» furtif que la photographe a intercepté à Anilao, aux Philippines, est interprété par les scientifiques comme un réalignement de mâchoire avant l'attaque, une sorte d'échauffement musculaire dont la fonction exacte reste encore débattue.

Crevette impériale sur nudibranche. | © Maryline Renault

Crevette impériale sur nudibranche. | © Maryline Renault

Maryline Renault a croisé le chemin de cette crevette impériale (Periclimenes imperator) à Bali, en Indonésie. Ce minuscule crustacé n'est pas en train de chasser ni de nager, pas plus qu'il ne se cache: il a entrepris de voyager, ses deux centimètres de carapace orange et blanche perchés sur le dos d'un nudibranche (aussi communément surnommé «limace de mer»). C'est la seule espèce de crevette connue pour s'associer à un hôte activement mobile, un taxi vivant qui lui offre à la fois une protection et un accès à de nouveaux territoires d'alimentation. En échange, elle assure le nettoyage et le déparasitage de son hôte.

Wunderpus. | © Maryline Renault

Wunderpus. | © Maryline Renault

Chaque nuit, des milliards d'organismes remontent des profondeurs vers la surface pour se nourrir avant de redescendre au lever du jour. «C'est lors de ma première plongée en “blackwater” que je suis devenue photographe sous-marine. Quelques lumières suspendues dans le noir, le vide sous les palmes, un véritable voyage en apesanteur…», raconte Maryline Renault.

C'est dans cette fenêtre de quelques heures que se joue la dérive larvaire. En plongée à Anilao, aux Philippines, la photographe a croisé cette larve de poulpe Wunderpus (de l'allemand wunder, «la merveille») et qui n'a été décrit scientifiquement qu'en 2006. À ce stade, le corps translucide permet de distinguer le cerveau, semblable à une petite ampoule au centre d'un globe de verre. Une fois adulte, il arborera un motif unique de taches et de bandes blanches sur fond brun rougeâtre.

Coraux. | © Maryline Renault

Coraux. | © Maryline Renault

Les récifs coralliens ne couvrent que 0,2% de la surface des fonds marins, mais abritent plus de 25% de la biodiversité marine mondiale avec près de 60.000 espèces décrites à ce jour. Ce sont les nurseries et les garde-manger de l'océan: sans eux, la chaîne alimentaire qui nourrit les plus petites larves comme les plus grands prédateurs s'effondre. Or, le blanchissement, provoqué par la hausse des températures, détruit cette architecture vivante. Le Triangle de corail, dans l'ouest du Pacifique (Indonésie, Malaisie, Philippines, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Timor oriental et îles Salomon), est la région la plus riche de la planète pour la diversité de sa vie marine.

On y dénombre 600 espèces de coraux, soit plus de 75% des espèces de la planète. Des initiatives de restauration tentent d'y reconstruire ce qui a été détruit. Le site Biorock, à Pemutaran, au nord de Bali, y constitue l'une des pépinières de restauration corallienne les plus anciennes du monde et l'une des rares à combiner technique d'ingénierie et mythologie locale. Bouturage, récifs artificiels, replantation sont autant d'actions entreprises pour corriger des décennies de pratiques destructrices, comme la pêche aux explosifs, les ancres sauvages ou la surpêche.

Elodie Palasse-Leroux

Elodie Palasse-Leroux

Journaliste, commissaire d'expositions (Musée des arts et métiers, Singapore National design centre) et auteure (La Martinière, Thames et Hudson, Abrams Books), entre Paris et Singapour.

Maryline Renault

Maryline Renault

Photographe sous-marine française primée, basée à Singapour et photographe associée pour la Ocean Geographic Society.

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