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Cette poétique série espagnole qui met en scène une inspectrice du fisc traquant une pop star tisse un récit subtil d’émancipation féminine.
Passer la publicité Passer la publicitéSérie espagnole inspirée de la procédure fiscale qui a visé Shakira en Espagne il y a quelques années, Celeste place au centre de son intrigue une inspectrice des impôts appelée à repousser son départ à la retraite par un dernier dossier : le redressement fiscal de la pop star du moment.
Non seulement Celeste (Andrea Bayardo) est richissime, mais elle est aussi jeune, adulée, sublime, sensuelle. Ce que Sara (merveilleuse Carmen Machi) n’est assurément pas. Veuve depuis deux ans d’un homologue respecté, la fonctionnaire peine à redonner le moindre souffle à une existence depuis toujours consacrée à traquer les délinquants. Elle vit seule dans un corps dont elle n’a jamais cherché à cerner les contours, au milieu des vestiges d’une conjugalité dont le canevas tend lui aussi à s’effacer. Lui restent le grand appartement vide et silencieux, une fille dont chaque visite est une souffrance tant elle reflète ses propres névroses, un bureau-sanctuaire éternellement fermé et un chien qui, méthodiquement, urine tous les jours sur le tapis du salon.
Renaissance tardive
La série opère un très subtil face-à-face entre les deux figures. Ou quand la beauté (selon les canons en vigueur) le dispute à la laideur (selon ces mêmes canons). Quand la liberté s’oppose au code des impôts. Foules en liesse et paillettes contre haine et tailleurs étriqués. « Le monde entier nous déteste. Les gens préfèrent qu’on leur annonce une tumeur plutôt que de recevoir une lettre des impôts », rappelle à Sara son chef, entre deux lignes de comptes. L’enjeu réside dans la démonstration - et la résolution - des deux opposés, et dans celle, plus habile encore, d’une redistribution des cartes fondée sur une méticuleuse étude de caractères. Sara, elle le dit elle-même, s’est inventé une existence de rêve en scrutant les factures de ses futurs redressés. Elle découvre, au fil de cette enquête par ailleurs passionnante, qu’elle n’est pas ce qu’elle pense être. Elle est quelqu’un, et ce quelqu’un peut encore désirer et être désiré. La renaissance est tardive. La tonalité, douce-amère. Les émotions, puissantes, difficiles à partager. Difficiles à porter à l’écran, aussi, ce que parvient pourtant à faire la réalisatrice Elena Trapé.
Primé à Séries Mania 2025, Celeste, comme les excellents Querer (sur les violences conjugales), Los años nuevos (chronique amoureuse) ou La mesias (fable sociale délirante) - tous diffusés sur Arte - marque le renouveau du paysage sériel espagnol entamé il y a quelques années dans la foulée du succès planétaire de Casa de papel. Des productions mieux dotées, plus originales, plus cinématographiques aussi, qui semblent arriver un peu tard sur le marché mais dont les spécialistes estiment qu’elles ont simplement pris le temps. Celui de s’imprégner du meilleur de la création sérielle étrangère, de trouver les bons scénaristes, producteurs et diffuseurs, de lorgner enfin, mais sans trop de nostalgie, du côté des films qui ont fait la renommée du cinéma ibérique et de leurs réalisateurs, Carlos Saura, Pedro Almodovar, Luis Buñuel, Alex de la Iglesia… La violence est latente, l’humour est frontal, les dialogues sont précis et soignés, les personnages ont leur propre couleur, la peinture sociale est empreinte de poésie. Quant à Carmen Machi, alias Sara, héroïne si discrète que la série porte le nom de la cible de son enquête et objet fantasmé, elle traverse la minisérie avec cette humilité qui fait les grandes comédiennes. Également au casting de La mesias (en VOD) et de la récente Furia (HBO max), la sexagénaire a versé des larmes en recevant à Lille son premier prix d’interprétation dans un festival d’ampleur internationale.


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