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ENTRETIEN - À l’occasion d’un nouvel épisode des reportages de Martin Weill, le journaliste et son équipe se sont intéressés à ICE, un service dont les méthodes violentes divisent les citoyens américains.
Après une longue enquête consacrée aux «gourous de la masculinité», Martin Weill s’est intéressé à la très controversée ICE, la police de l’immigration aux États-Unis, vivement critiquée pour ses méthodes violentes. Ce mardi 3 mars prochain, TMC diffuse un nouvel épisode des «Reportages de Martin Weill». L’occasion pour les téléspectateurs de découvrir la crise que vivent les citoyens américains ces derniers mois, dans un contexte politique particulièrement tendu.
Pour ce faire, le journaliste s’est rendu dans l’État du Minnesota, historiquement démocrate et où la répression anti-immigration est plus forte qu’ailleurs. Deux citoyens américains, Robin Good et Alex Pretti, y ont perdu la vie à quelques semaines d’écart, tués par ICE. Deux drames qui ont bien sûr secoué la population américaine aussi favorable que réfractaire à une politique anti-immigration plus développée. Un véritable climat de terreur s’est installé auprès des immigrés, entrés légalement ou non sur le sol américain. Nous nous sommes entretenus avec Martin Weill.
TV MAGAZINE. - Pourquoi avoir choisi de faire un reportage sur ICE, à Minneapolis particulièrement ?
Martin WEILL. - Cette police anti-immigration était une illustration intéressante de ce que beaucoup appellent «un tournant potentiel autoritaire du régime Trump ». Nous nous sommes aussi dit que ce qui était en train de se passer à Minneapolis était intéressant. C’est vraiment la rencontre entre deux Amérique. Nous avons eu le sentiment d’une ville qui se sentait un petit peu prise d’assaut par une police qu’elle ne connaissait pas et qui avait des méthodes très brutales. Au départ, nous avions pensé faire un documentaire plus large. Nous avions déjà envoyé des personnes de l’équipe quelques jours après la mort de Robin Good. Mais la mort d’Alex Pretti a rebattu les cartes. Nous avons choisi de faire un huis clos pour suivre cette ville.
En quoi la mort d’Alex Pretti le 24 janvier dernier a-t-elle impacté la population américaine ?
On ne se réjouit évidemment jamais d’une succession de décès. Mais le fait que ces événements aient eu lieu coup sur coup a eu un impact considérable. Le meurtre de Robin Good, puis celui d’Alex Pretti, ont sidéré l’opinion par le poids des images. Beaucoup d’Américains, qu’ils soient favorables ou non à une police chargée de reconduire à la frontière des personnes ayant commis des crimes, ont été choqués par autre chose : l’idée que cette police soit peu formée, ce qui est aujourd’hui de plus en plus avéré, et qu’elle ne respecte plus sa mission originelle, censée cibler en priorité les criminels violents. Dans le cas d’Alex Pretti, les images rendaient très difficile l’idée qu’il était en train de représenter une menace immédiate. Cela a choqué bien au-delà des opposants habituels de Trump, y compris chez des Républicains et des figures très suivies sur les réseaux.«
« On voit bien que les discours politiques se radicalisent et que le dialogue devient de plus en plus difficile. »
En quoi était-ce important pour vous de montrer ce point de bascule chez des personnes plutôt favorables à Trump ou à ICE ?
Parce qu’on voit bien que les discours politiques se radicalisent et que le dialogue devient de plus en plus difficile. Là, on observe autre chose : au-delà des idées, c’est la manière dont elles sont mises en œuvre qui pose problème. Si vous demandez à la majorité des Américains s’il faut expulser des étrangers ayant commis des crimes violents, la réponse est oui. Mais si vous leur demandez si cela doit être fait de la manière dont ICE agit aujourd’hui, beaucoup répondent non. C’est cette frontière-là qui a été franchie. Et je trouve sain que la société réagisse, y compris chez des figures très éloignées de la gauche.
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Comment expliquer cette brutalisation des méthodes alors qu’ICE existe depuis le 11 septembre ?
Je pense que plusieurs facteurs se combinent. D’abord une rhétorique politique extrêmement dure, destinée à la base électorale, mais qui a été prise très au sérieux par ceux chargés de l’appliquer. Ensuite, un problème majeur de formation. Le budget global a augmenté, mais les moyens consacrés à la formation ont été réduits de moitié, tout comme la durée des formations. Des modules essentiels sur l’usage proportionné de la force ont été supprimés. On recrute plus, on forme moins, et on envoie plus vite les agents sur le terrain. Or ce sont des missions qui exigent un sang-froid absolu. Beaucoup d’anciens policiers, y compris conservateurs, estiment que les décisions prises sur le terrain étaient mauvaises, et que cela s’explique largement par une formation insuffisante.
« Cela fait écho à des débats que nous connaissons aussi ici. »
Comprenez-vous ceux qui soutiennent malgré tout l’action d’ICE ?
Je suis journaliste, je ne distribue pas les bons points. Je regarde les faits. Et ce sont les méthodes qui choquent, au-delà des clivages politiques. Les États-Unis sont profondément attachés aux droits civiques et à la crainte d’un État qui les piétine. Les images parlent d’elles-mêmes : est-il acceptable d’abattre quelqu’un qui ne représentait pas une menace immédiate ? Cela a profondément marqué l’opinion, y compris à droite.
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Pourquoi est-ce important de sortir ce documentaire en France ?
Les Français s’intéressent énormément aux États-Unis, et à juste titre. Ce documentaire permet de poser une question essentielle : au-delà du vote et des idées, comment une politique est-elle appliquée une fois au pouvoir ? Y a-t-il des limites qu’on refuse de franchir, humainement et démocratiquement ? Cela fait écho à des débats que nous connaissons aussi ici. Je ne pense pas qu’une ICE puisse arriver en France. Les systèmes sont très différents, tout comme l’histoire et les règles d’engagement de la police. Et si une police se comportait ainsi en France, les réactions seraient tout aussi fortes. Ce qui est en jeu aujourd’hui aux États-Unis, c’est de savoir si cette administration va revoir ses méthodes, remettre de la formation, recentrer la mission sur les criminels violents. Rien n’est certain. Mais je pense clairement que ce n’est pas souhaitable que ce type de dérive se reproduise ailleurs.


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