Depuis 125 millions d’années, le requin-lutin hante les profondeurs océaniques. Personne ne l’avait jamais filmé dans son habitat naturel. Au cours d’une expédition de 50 jours dans le Pacifique, des chercheurs ont capturé 20 secondes d’images — deux observations qui étendent l’aire de répartition connue de l’espèce jusqu’à près de 2 000 mètres de profondeur.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi le requin-lutin est si difficile à observer et ce qui rend ces images uniques dans l’histoire de la biologie marine
- Ce que révèlent les deux observations sur la profondeur et la distribution géographique de l’espèce
- Ce que ces découvertes changent pour la gestion et la protection de cette espèce fossile
Un fossile vivant de 125 millions d’années, jamais filmé vivant
Le requin-lutin existe depuis environ 125 millions d’années — bien avant les dinosaures. Avec son museau allongé et ses mâchoires protractiles capables de se projeter vers l’avant pour capturer ses proies, il ressemble à quelque chose sorti d’un film d’horreur préhistorique. Pourtant, jusqu’à présent, personne ne l’avait jamais observé dans son milieu naturel.
Les rares spécimens connus avaient tous été remontés à la surface accrochés à des hameçons, souvent morts ou agonisants. Leurs habitudes de vie, leur comportement, leur distribution géographique réelle : autant de questions restées sans réponse pendant plus d’un siècle.
50 jours de tournage, 20 secondes d’images
L’expédition menée par le Centre de recherche en eaux profondes Minderoo de l’Université d’Australie-Occidentale a filmé en continu pendant plus de 50 jours, entre 800 et 10 800 mètres de profondeur dans le Pacifique. Sur l’ensemble de cette surveillance, le requin-lutin est apparu deux fois — pour un total de vingt secondes.
Ce chiffre illustre mieux que n’importe quelle description l’insaisissabilité de l’espèce. Deux observations en cinquante jours de tournage : c’est pourtant suffisant pour produire l’étude la plus importante sur ce requin depuis des décennies.
Crédit : Centre de recherche en eaux profondes Minderoo-Université d’Australie-Occidentale et InkfishDeux observations, deux records
La première observation remonte à juillet 2019, près de l’île Jarvis dans le Pacifique Centre-Sud. Un mâle de plus de 3,4 mètres — probablement âgé de plus de 51 ans — nageait au-dessus d’un mont sous-marin non identifié à 1 237 mètres de profondeur.
La seconde a eu lieu en août 2024, dans la fosse des Tonga dans le Pacifique Sud-Ouest. Un spécimen probablement femelle nageait à environ 1 997 mètres de profondeur — soit 700 mètres plus profond que n’importe quel requin-lutin jamais observé auparavant. Un nouveau record absolu pour l’espèce.
Les deux sites se trouvent dans des zones où le requin-lutin n’avait jamais été signalé, étendant considérablement son aire de répartition connue dans le Pacifique central et occidental.
Des implications pour la conservation
Ces observations ne sont pas que spectaculaires — elles ont des conséquences pratiques. La distribution géographique du requin-lutin était jusqu’ici trop fragmentaire pour permettre une gestion régionale cohérente de l’espèce.
Avec ces nouvelles données, Aaron Judah, premier auteur de l’étude, souligne que l’espèce peut désormais être intégrée aux programmes de gestion régionale et aux listes nationales de biodiversité — une étape indispensable pour sa protection dans des zones où les activités de pêche en eaux profondes pourraient menacer accidentellement cette espèce fossile.


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