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La direction de CBS avait refusé de diffuser l’enquête sur la prison CECOT du Salvador, où atterrissent des migrants expulsés des États-Unis.

Capture d’écran X
Conditions déplorables, silence de la Maison Blanche, témoignages édifiants… Le dernier reportage du magazine d’investigation « 60 Minutes » a finalement été diffusé sur CBS.
EN BREF • CBS a finalement diffusé le reportage « Dans les coulisses de CECOT » sur la prison salvadorienne, après un mois de polémique interne et des accusations de censure.
• La journaliste Sharyn Alfonsi a dénoncé une censure politique, tandis que la direction de CBS évoquait un désaccord éditorial.
• La diffusion a été discrète, sans promotion, et en concurrence avec un match de NFL, pointe le site spécialisé Hollywood Reporter.
La décision avait provoqué de sacrés remous au sein de la rédaction de CBS. Près d’un mois après avoir refusé de diffuser un reportage de la célèbre émission 60 Minutes à l’antenne, la chaîne américaine a finalement dévoilé les images de ce reportage comprenant des témoignages forts de plusieurs Vénézuéliens expulsés par l’administration Trump et incarcérés dans une prison salvadorienne.
Ce dimanche 18 janvier, CBS a donc dévoilé « Dans les coulisses de CECOT », acronyme désignant le « Centre de confinement du terrorisme » du Salvador, une prison à la réputation peu enviable. Mettant ainsi fin (ou presque) à un mois de polémique et de bras de fer interne.
Comme le précise CNN, la journaliste derrière ce reportage Sharyn Alfonsi – qui avait dénoncé une censure injustifiée de son travail par la rédactrice en cheffe de CBS Bari Weiss – a finalement enregistré un nouveau segment d’ouverture et de clôture de l’émission « afin d’y intégrer les ajouts souhaités par Weiss », précise CNN.
« La direction de CBS News s’est toujours engagée à diffuser le reportage de 60 Minutes sur CECOT dès qu’il serait prêt », a de son côté indiqué une porte-parole de CBS. « Ce soir, les téléspectateurs pourront le voir, ainsi que d’autres reportages importants, qui témoignent tous de l’indépendance de CBS News et de la force de notre journalisme », avait-elle précisé.
Il faut dire que les craintes d’ingérences au cœur du travail des journalistes de CBS et de l’émission 60 Minutes étaient particulièrement vives. Car ce reportage devait initialement être diffusé le 21 décembre, avant d’être retiré de l’antenne quelques heures avant sa diffusion. « Nous avons déterminé qu’il nécessitait un reportage supplémentaire », avait sobrement indiqué la chaîne pour expliquer ce report.
Dans le viseur de la Maison Blanche
En coulisses, Sharyn Alfonsi n’avait pas la même version et attaquait frontalement la nouvelle direction de la chaîne aux accents trumpistes en l’accusant d’avoir censuré le reportage pour ne pas froisser Donald Trump et son administration à cause de son sujet. À savoir : les conditions de détention effroyables de ces migrants vénézuéliens expulsées du sol américain sur ordre de la Maison Blanche.
La journaliste avait alors dénoncé une décision « politique » et non éditoriale dans un long message adressé à ses collègues de l’émission. En face, Bari Weiss avait affirmé qu’il s’agissait uniquement d’un désaccord éditorial et non d’une manœuvre politique. Et que le documentaire serait donc diffusé ultérieurement avec les ajouts et modifications souhaités.
Selon le New York Times, Bari Weiss avait notamment émis des réserves sur l’emploi du terme « migrant », estimant que les Vénézuéliens expulsés se trouvaient illégalement aux États-Unis.
Si la direction de CBS s’est réjouie de la diffusion du reportage dimanche soir, The Hollywood Reporter note que le créneau de diffusion choisi pour le mettre en lumière a de quoi intriguer. Car il n’a bénéficié d’aucune promotion préalable, ce que le média américain juge « inhabituel pour ce magazine d’information ». De plus, sa diffusion ce dimanche soir l’a placé en concurrence directe avec un match de NFL important. « Ce qui signifie que les audiences de l’émission seront probablement inférieures à celles d’un épisode typique », avance encore le média spécialisé.
Les craintes d’ingérences venues de la Maison Blanche ne sont donc pas totalement écartées, d’autant plus que CBS appartient à Paramount. Le propriétaire du groupe, David Ellison, et son père Larry (fondateur d’Oracle et actuelle deuxième fortune mondiale), sont réputés proches de DonaldTrump. Et c’est à David Ellison que l’on doit la nomination de Bari Weiss à la tête du service d’information de CBS. Avant son recrutement, cette femme était principalement connue pour avoir fondé le site de centre-droit The Free Press, depuis racheté par... Paramount.


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