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Ce qu’il faut savoir sur la destruction de livres pour l’entraînement de l’IA

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L'entreprise d'intelligence artificielle (IA) Anthropic suscite l’indignation sur les réseaux sociaux en raison d'une pratique controversée : découper la reliure de livres physiques pour les numériser avant de les envoyer au recyclage, le tout afin d'entraîner ses modèles d'IA.

Si de récentes vidéos virales sur TikTok et Instagram dénonçant ces méthodes ont accumulé des millions de vues, le sujet n’est pas nouveau. L’affaire avait d’abord été révélée en 2024 par le Washington Post (nouvelle fenêtre), après la publication de documents internes d’Anthropic, qui ont été rendus publics dans le cadre d’une poursuite judiciaire intentée par des auteurs.

L’histoire a refait surface fin juillet, lorsque la juge fédérale américaine Araceli Martinez-Olguin a approuvé le règlement de 1,5 milliard de dollars américains (2,1 milliards $ CA) pour un fonds d’indemnisation concernant les auteurs impliqués dans le dossier.

Le règlement concerne des copies piratées d’ouvrages obtenus sur le web, et non les livres numérisés et détruits.

Dans son jugement rendu en juin 2025 (nouvelle fenêtre), le juge pour le district nord de la Californie, William Alsup, a même déterminé que la numérisation destructive respectait le droit d’auteur, précisément parce que les livres étaient détruits. Selon son jugement, ceux-ci ont été numérisés et recyclés pour économiser de l’espace et faciliter la recherche dans leur contenu, sans créer de nouvelles œuvres ou redistribuer les copies existantes.

L’idée d’entraîner un système d’IA avec le contenu de ces livres constitue une utilisation équitable, selon le juge. Ce concept permet l’exploitation d’œuvres protégées par le droit d’auteur sans l’autorisation des ayants droit si l’objectif poursuivi modifie la portée initiale du texte et ne nuit pas directement à son marché commercial.

Combien de livres Anthropic a-t-elle détruits?

Le nombre exact de livres détruits demeure inconnu, mais ils se comptent par millions.

Une note interne d’Anthropic (nouvelle fenêtre) repérée par Snopes (nouvelle fenêtre) montre que l’entreprise avait déjà numérisé et détruit des millions de livres en octobre 2024, mais leur nombre exact est caviardé.

Le projet de numérisation et de destruction de livres, baptisé Project Panama, est décrit dans une note interne (nouvelle fenêtre) datée d’avril 2024 comme une initiative de numérisation destructive de tous les livres dans le monde.

Ce même document indique qu’Anthropic souhaite que le projet demeure secret.

Logo de Claude.

Le robot conversationnel d'Anthropic s'appelle Claude.

Photo : Anthropic

D’autres entreprises d’IA s’adonnent-elles aux mêmes pratiques?

Il a été confirmé que Meta a utilisé des livres piratés pour entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle.

L’entreprise à l'origine de ChatGPT, OpenAI, a indiqué dans un rapport de recherche publié en 2021 (nouvelle fenêtre) que GPT-3 avait notamment été entraîné sur deux corpus de livres en ligne. De nombreux auteurs allèguent aussi que leurs livres ont servi à entraîner les systèmes d’OpenAI sans leur permission, mais OpenAI n’a jamais rendu publiques ses données d’entraînement.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, Anthropic indique par ailleurs qu’entraîner des systèmes d’IA à partir de livres est une pratique courante dans l’industrie.

Pour l’instant, il n’existe aucune preuve que d’autres entreprises ont mis en place des systèmes de numérisation destructive à des fins d’entraînement. Toutefois, 404 Media a récemment mis en lumière (nouvelle fenêtre) le cas d'une entreprise baptisée ISBNdb, qui disait offrir aux laboratoires d’IA un service permettant de trouver et d'acheter des livres en gros. ISBNdb s'est toutefois rétractée peu après (nouvelle fenêtre), assurant n'avoir jamais numérisé ni revendu d'ouvrages pour l'IA.

Les livres numérisés sont-ils des œuvres rares?

Plusieurs publications sur les réseaux sociaux soutiennent qu'Anthropic cible des ouvrages rares, allant jusqu'à détruire d'anciens exemplaires presque uniques.

S’il est vrai que le responsable de Project Panama, Tom Turvey, mentionne dans un courriel repéré par Snopes (nouvelle fenêtre) la recherche de livres moins communs, le degré de rareté réel de ces ouvrages reste flou.

Aucun de nos programmes d'acquisition de données n'achète ni ne détruit de livres rares ou anciens, a indiqué une porte-parole d’Anthropic dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

Un libraire récemment interviewé par 404 Media (nouvelle fenêtre) a affirmé que lui et plusieurs de ses pairs avaient observé une hausse de demande historique autour du mois d’avril. Ils soupçonnent que celle-ci est attribuable à l’industrie de l'intelligence artificielle et que les demandes qu’ils reçoivent concernent parfois des livres rares ou à faible tirage.

Existe-t-il des images de la destruction de livres par Anthropic?

Non.

Une vidéo montrant des dos de livres découpés par une presse hydraulique circule largement sur les réseaux sociaux, et elle est parfois attribuée à tort à Anthropic. La séquence originale a en réalité été mise en ligne par l’entreprise canadienne ABTech Solutions (nouvelle fenêtre) pour dénoncer la pratique de la numérisation destructive.

Trois captures d'écran successives d'une vidéo, montrant le dos d'un livre en train d'être tranché par une presse hydraulique. Le mot ATTENTION est superposé sur l'image.

Cette vidéo montrant des dos de livres découpés par une presse hydraulique est attribuée à tort à Anthropic. La séquence originale a été mise en ligne par l’entreprise ABTech Solutions pour dénoncer la pratique de la numérisation destructive.

Photo : YouTube @abtecsolutionsltd.2019

Ça n'a pas de sens de détruire un livre, surtout s'il s'agit d'un livre ancien, d'une valeur unique, a affirmé en entrevue le directeur d’ABTech, Johni Jabbor. Son entreprise vend des machines capables de numériser des milliers de pages par heure sans abîmer les livres, principalement pour des clients comme des universités, des musées ou des bibliothèques.

Une vidéo virale sur Instagram a présenté ABTech à tort comme une entreprise qui effectuait de la numérisation destructive pour des entreprises d’IA. Elle a été retirée après que M. Jabbor a lui-même contacté l’auteur de la vidéo.

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