En Australie, dans les entrailles du charbon du Nouveau-Galles du Sud, un feu brûle sans interruption depuis environ 6 000 ans. Il a survécu à des glaciations, à des sécheresses millénaires, à l’arrivée des humains sur le continent et à deux siècles d’exploitation minière intensive. Personne ne sait exactement comment l’éteindre. Personne n’a vraiment essayé sérieusement. Et il n’est pas seul.
Ce que vous allez apprendre
- Comment un feu souterrain peut brûler pendant des millénaires sans oxygène apparent
- Ce que le feu de Burning Mountain révèle sur la chimie de la combustion lente
- Pourquoi des centaines de feux souterrains brûlent en ce moment sur tous les continents
Une montagne qui fume depuis 6 000 ans
Burning Mountain — officiellement Mount Wingen — se trouve à environ 200 kilomètres au nord de Sydney. Les Aborigènes Wanaruah connaissaient ce site depuis des millénaires et lui attribuaient des significations spirituelles. Les premiers colons européens, en apercevant la fumée s’échappant du sol, ont cru à un volcan.
Ce n’est pas un volcan. C’est une veine de charbon en feu à environ 30 mètres sous la surface, qui se déplace lentement vers le sud à une vitesse d’environ un mètre par an en consommant progressivement le charbon disponible.
Des datations au radiocarbone publiées dans des études géologiques australiennes ont établi que ce feu brûle depuis environ 6 000 ans — ce qui en fait le feu naturel le plus ancien connu sur Terre. Il aurait été déclenché par la foudre ou par combustion spontanée lors d’un été particulièrement sec.
Crédit : worldlist.vision/
La chimie d’une combustion qui dure 6 000 ans
Comment un feu peut-il brûler sous terre sans être alimenté en oxygène ? La réponse tient à la structure géologique du site. Des fissures naturelles dans la roche permettent à l’air de circuler lentement jusqu’à la veine de charbon en combustion — suffisamment pour maintenir le feu, pas assez pour l’emballer.
Ce type de combustion lente — appelée combustion couvante — est chimiquement différente d’une flamme ouverte. Elle se produit à des températures inférieures, entre 200 et 500 degrés Celsius, et peut se maintenir indéfiniment tant que trois conditions sont réunies : combustible disponible, apport minimal d’oxygène, température suffisante pour maintenir la réaction.
La veine de charbon de Burning Mountain est épaisse et continue. L’apport d’air est assuré par la géologie naturelle. La température est auto-entretenue par la réaction elle-même. Le feu a trouvé un équilibre parfait qui lui permet de se perpétuer indéfiniment.
Des centaines de feux souterrains sur tous les continents
Burning Mountain est le plus ancien documenté, mais il est loin d’être unique. Des estimations publiées dans Science par des chercheurs du Jet Propulsion Laboratory de la NASA évaluent à plusieurs centaines le nombre de feux de charbon souterrains actifs à travers le monde.
En Chine, des feux souterrains consument chaque année environ 20 millions de tonnes de charbon — l’équivalent de la consommation annuelle entière de l’Allemagne — selon des recherches publiées dans International Journal of Coal Geology. En Inde, la région de Jharia brûle depuis 1916, ayant été accidentellement allumée lors d’opérations minières. Aux États-Unis, Centralia en Pennsylvanie brûle depuis 1962 — forçant l’évacuation de la quasi-totalité de ses habitants et servant d’inspiration au jeu vidéo Silent Hill.
Ces feux émettent du CO₂, du méthane et des composés toxiques en continu — une source d’émissions de gaz à effet de serre significative et largement sous-estimée dans les bilans climatiques mondiaux.
Sources
- Coal fire detection from space — Science, Prakash et al.
- Underground coal fires in China — International Journal of Coal Geology, Stracher & Taylor
- Burning Mountain geological survey — Geological Survey of New South Wales


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