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Gérald Darmanin accuse désormais les services qu’il dirigeait hier, avec une mémoire parfaitement adaptée aux campagnes électorales.
Dans l’affaire Lyhanna, la police, la gendarmerie et la justice ont manifestement travaillé en équipe. Pas pour arrêter Jérôme Barella, mais pour permettre à plusieurs procédures de rester sans suite jusqu’au meurtre de la fillette de 11 ans.
Le suspect, aujourd’hui mis en examen pour viol et meurtre, avait déjà été signalé à plusieurs reprises. Une première procédure avait été classée par le parquet d’Auch en 2018. En 2021, son contrat dans un lycée de Lectoure avait été rompu pour un « comportement inapproprié » envers une élève, sans signalement au procureur. Une plainte pour viol sur mineure, transmise à Auch, avait ensuite été classée en mai 2024.
En 2025, une autre enfant l’avait accusé de viols répétés. Le parquet avait demandé aux gendarmes de Lectoure de poursuivre les investigations, puis de placer le suspect en garde à vue. Cette audition n’a jamais eu lieu. À ce stade, parler d’un simple dossier mal rangé demanderait un meuble particulièrement profond.
Une responsabilité découpée en petits morceaux
Après le drame, deux inspections ont recensé les fautes commises des deux côtés. Gérald Darmanin a engagé une procédure disciplinaire contre une substitut du parquet d’Auch. Deux responsables de la gendarmerie du Gers ont également été mutés.
Les parents de Lyhanna mettent directement en cause la procureure d’Auch, Clémence Meyer. Les syndicats de magistrats répondent que les parquets manquent de personnel et travaillent avec des stocks de procédures devenus ingérables. Une explication structurelle qui n’efface pas les décisions prises, les relances absentes ni les contrôles jamais effectués.
Darmanin écrit à Nuñez, puis la lettre arrive dans la presse
Le 29 juillet, Gérald Darmanin a adressé à Laurent Nuñez une note de douze pages synthétisant les réponses de 37 parquets généraux. Le document, qui a « fuité » dans le journal Le Monde (propriété de Rodolphe Saadé, proche d’Emmanuel Macron) évoque des dossiers perdus, des enquêtes abandonnées, un manque d’effectifs et plus de trois millions de procédures toujours bloquées dans les commissariats et les brigades.
L’entourage de Laurent Nuñez a regretté la « fuite prématurée » de ce document de travail. L’Association nationale de la police judiciaire, elle, parle d’« hypocrisie » et de « trahison ». Sa formule vise juste : « C’est bien son propre bilan de ministre de l’Intérieur que l’actuel ministre de la Justice torpille aujourd’hui. »
Car Gérald Darmanin a occupé la place Beauvau de juillet 2020 à septembre 2024. Il peut donc écrire douze pages sur la dégradation des services d’enquête sans perdre de temps à chercher l’ancien responsable : il dispose déjà de son adresse.
Une note qui ressemble à un début de campagne
Le garde des Sceaux ne cache plus ses ambitions. En 2025, il déclarait déjà avoir « envie » d’être candidat à la présidentielle. Sa lettre permet aujourd’hui de cibler Laurent Nuñez, de prendre ses distances avec son passage à l’Intérieur et de se présenter comme celui qui découvre les dégâts.
L’affaire Lyhanna raconte pourtant autre chose : un État qui possédait des alertes, des plaintes et des procédures, mais qui n’a pas protégé une enfant. Police et justice ont chacune leur part. Darmanin, lui, semble surtout avoir choisi la sienne : celle du candidat qui arrive après la catastrophe pour commenter les ruines. Pourrait-il d’ailleurs accuser trop fortement une Justice qui lui a été bienveillante en lui accordant un non-lieu lorsqu’il avait été accusé de viol ?


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