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Camp terroriste à Saint-Ferdinand : 8 ans exigés contre Kristoffer Nippak

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Des organisations communautaires, dont cinq de confession juive, ont dénoncé, vendredi, l'idéologie du suprémaciste Kristoffer Nippak à son audience sur la détermination de la peine à Toronto. L'Ontarien a été reconnu coupable à la fin de l'été de participation à une activité terroriste pour le compte de la défunte Division Atomwaffen pour des faits reprochés qui se sont produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022.

La Division Atomwaffen a été déclarée comme étant une entité terroriste au Canada en 2021, mais la Couronne avait réussi à prouver que c'était déjà un groupe terroriste dès 2018, lorsque Kristoffer Nippak en avait rejoint les rangs.

Des agents de la GRC en uniformes munis d'équipements lourds.

Des agents de la GRC participent à un raid à St-Ferdinand, au Québec, le 16 juin 2022 en lien avec le groupe d'extrême droite Atomwaffen Division.

Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada

Le procès avait montré qu'une vidéo de recrutement intitulée Fission : A Reckoning of Modernity était au cœur de l’accusation de participation à une activité terroriste.

On y voyait pendant des hommes armés portant des masques en forme de crâne et des écussons de la Division, en train de marcher en forêt, de manier des armes et de brûler les drapeaux des États-Unis, d’Israël et de l’Union européenne.

Les sous-titres et la voix hors champ exhortaient les spectateurs à nous rejoindre ou périr avec les autres.

Réactions de la communauté

C'est cette exclusion systématique de la différence que le groupe Black Legal Action Centre et le Conseil national des musulmans canadiens ont dénoncé dans leur déclaration sur l'impact que le crime a eu sur leur communauté respective.

Le porte-parole du CNMC, Azim Naqvi, précise que la haine et la discrimination de la Division Atomwaffen n'ont pas leur place dans une démocratie et que l'islamophobie a eu un impact émotionnel et psychologique sur les membres de sa foi.

L’Alliance des Canadiens contre l’antisémitisme, B'nai Brith Canada, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), la Fondation canadienne pour l’éducation sur l’antisémitisme et Les Amis du Centre Simon Wiesenthal ont parlé au nom de la communauté juive.

Des personnes masquées armées autour d'un feu.

Un extrait de l'une des vidéos diffusées au procès montre un groupe d'hommes en tenue de combat devant des drapeaux en feu.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de justice de l'Ontario

Ces groupes affirment que les actes antisémites sont en forte hausse au Canada et que leur communauté ne devrait pas vivre dans la peur et l’insécurité.

Ils disent que la propagande violente et haineuse et la rhétorique génocidaire de Division Atomwaffen ont fait revivre chez certains le traumatisme de la persécution des juifs et de l’Holocauste.

Rochelle Direnfeld, de l'ACCA, mentionne que l'antisémitisme attise la haine et ébranle la confiance entre les communautés, tandis que Richard Robertson, de B'Nai Brith, affirme qu'[il] crée de la peur chez les fidèles et érode leur foi dans leur religion.

Des hommes cagoulés et armés.

Capture d'écran d'une vidéo de propagande du groupe Division Atomwaffen.

Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada

Amanda Ross, du CIJA, ajoute que l'imagerie hitlérienne de la vidéo Fission doublée d'une trame sonore sinistre renforce l'impact de cette idéologie associée à la destruction du peuple juif.

Michael Teper, de la FCEA, se demande quant à lui s'il est encore sécuritaire de vivre au Canada à la lumière de la propagande de groupes comme la Division Atomwaffen ou des récentes attaques contre la communauté juive.

Réquisitoire de la Couronne

Les procureurs et l'avocat de la défense ont présenté des positions diamétralement opposées au sujet du châtiment à infliger à Kristoffer Nippak, dont la remise en liberté sous caution a été révoquée le mois dernier.

La procureure fédérale, Amber Pashuk, affirme que la peine doit être exemplaire et proportionnelle à des cas semblables de la jurisprudence ainsi que refléter les principes de dénonciation et de dissuasion pour une accusation aussi grave.

Me Pashuk ajoute que huit ans de prison, sans libération conditionnelle avant au moins 4 ans, représente une peine appropriée compte tenu des nombreux facteurs aggravants dans la commission du crime.

Il a non seulement participé à la réalisation de la vidéo, mais il en était l'un des figurants principaux et l'un des chefs du groupe, déclare-t-elle en ajoutant qu'il était très impliqué dans l'idéologie suprémaciste blanche.

Un homme masqué faisant le salut nazi à côté d’une photographie d’Adolf Hitler.

Un membre de la Division Atomwaffen photographié à côté d'une photo d'Adolf Hitler dans une forêt en juillet 2019; la Couronne a prouvé qu'il s'agissait bien de Kristoffer Nippak à cause de trois pièces à conviction retrouvées chez lui à Toronto : le poignard, le pendentif et le chandail molletonné à capuchon.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Il n'a encore montré aucun remords pour ses actions et le degré de sa culpabilité morale est élevé, dit-elle en rappelant tout ce que la police avait saisi à son domicile en décembre 2023.

Un buste d'Adolf Hitler, un uniforme de camouflage militaire, un couteau à manche rouge et une panoplie d’objets du groupe néonazi et des livres nazis avaient été trouvés dans le placard de sa chambre.

Ses vêtements, à eux seuls, témoignent de son profond engagement dans son idéologie, mentionne-t-elle en citant des chandails qui portent des inscriptions comme Mort à l'ennemi.

Un membre masqué de la Division Atomwaffen en train de lire contre un arbre avec un fusil d'assaut à ses côtés.

Un membre de la Division Atomwaffen pris en photo durant l'été 2019 dans une forêt non identifiée ; la Couronne a, là aussi, prouvé que c'était bien de Kristoffer Nippak.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Me Pashuk souligne que le rapport présententiel montre qu'il est impossible de déterminer avec certitude si Kristoffer Nippak peut faire l'objet d'une réinsertion sociale, puisqu'il ne fait preuve d'aucune introspection.

La procureure conclut que le crime a eu un impact nuisible indéniable sur les communautés visées par la Division Atomwaffen.

Plaidoyer de la défense

La défense a plutôt demandé une peine de deux ans de prison et trois ans de probation contre son client pour son crime avant de lui accorder un crédit pour plusieurs raisons : son assignation à résidence prolongée; sa courte détention préventive durant laquelle il a été battu par un codétenu; la violation de ses droits inscrits lors de son arrestation en 2023.

Le total des réductions que l'avocat Carlos Rippell demande pourrait signifier que son client a déjà complété sa peine.

Me Rippell affirme d'abord que la peine de la Couronne est excessive et qu'on ne peut pas comparer la situation de son client avec celle des deux autres membres de la Division Atomwaffen, qui ont déjà été condamnés dans cette affaire.

Une photo de Matthew Althorpe contenue dans la déclaration commune des faits.

Matthew Althorpe a plaidé coupable, le 9 octobre 2025, de trois accusations de nature terroriste pour des faits qui se sont produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Il ajoute que Matthew Althorpe était le chef incontesté du groupe terroriste et qu'il a été condamné à 20 ans de prison. Il n'existe aucune preuve que mon client était l'un des chefs du groupe, comme le soutient la Couronne, dit-il.

L'avocat mentionne que Patrick McDonald a quant à lui été condamné à 10 ans pour trois accusations bien plus graves liées au terrorisme.

Sans minimiser le crime de son client, il précise que ce dernier n'est coupable que d'une seule accusation.

Me Rippel affirme, lettres à l'appui, que son client jouit d'un énorme soutien dans sa famille et la communauté.

Sa belle-sœur est juive et il est sur le point de devenir l'oncle d'un enfant juif, souligne-t-il sans gêne.

Patrick Gordon MacDonald à son arrivée au palais de justice d'Ottawa.

Patrick Gordon MacDonald à son arrivée au palais de justice d'Ottawa en novembre 2024. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

L'avocat décrit son client comme un bourreau de travail à la lumière du rapport présententiel et de ces lettres.

Il est aimable, respectueux, digne de confiance, actif dans la communauté et empathique à l'endroit de ses voisins, et il a toujours eu de bonnes notes à l'école, poursuit-il.

Il affirme en outre que la haine peut être soignée à travers des programmes de réinsertion sociale et qu'il serait même préférable qu'il purge sa peine dans la communauté et non dans le système carcéral.

La détention pourrait s’avérer plus éprouvante pour lui, déclare-t-il.

Une photo d'hommes musclés dans un parc

La Couronne alléguait au procès que les membres de la Division Atomwaffen ont créé le groupe Active Club Canada, lorsque leur organisation a été désignée comme étant une entité terroriste en 2021. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada

L'avocat avance comme autres facteurs atténuants le fait que son client n'avait que 20 ans au moment de son crime et qu'il n'a aucun antécédent judiciaire.

Me Rippel affirme que son client devrait avoir une réduction de peine pour les années durant lesquelles il était assigné à résidence avec un bracelet électronique à la cheville et pour un mois difficile en détention préventive.

Il vivait avec deux autres détenus dans une cellule prévue pour deux personnes, sa prison était constamment en période de verrouillage et il a été agressé par un codétenu, explique-t-il.

Des agents de la GRC effectuent une descente dans une maison.

Une escouade de la GRC effectue une descente dans une maison à St-Ferdinand, au Québec, dans le cadre d'une « opération de sécurité nationale » qui cible le groupe néonazi Atomwaffen Division.

Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada

Me Rippel conclut que son client devrait aussi bénéficier d'un crédit pour ses droits constitutionnels qui ont été enfreints lorsque les policiers l'ont arrêté durant une trop longue période pendant qu'ils fouillaient son domicile.

La juge, Maureen Forestell, de la Cour supérieure de l'Ontario, avait relevé des infractions aux articles 9 et 10 de la Charte sur les détentions arbitraires lors des audiences d'avant-procès il y a près d'un an.

Avant d'ajourner l'audience, la magistrate a demandé à Kristoffer Nippak s'il avait quelque chose à ajouter.

Debout, dans le box des accusés, vêtu d'un complet bleu électrique et d'un col roulé noir, l'individu de 28 ans a répondu qu'il préférait s'abstenir sur la recommandation de son avocat.

La sentence sera rendue le 4 décembre.

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