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La foi peut-elle empêcher une femme adulte de donner son consentement à des actes sexuels? C’est essentiellement la question à laquelle un jury devra répondre au procès d’un pasteur de Québec accusé d’agression sexuelle sur une fidèle.
C’est une cause de croyances, de religion et de foi, a exposé la procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Sonia Lapointe, lors de son allocution d’ouverture au procès de John Kasongo, vendredi.
Guy John Imani Kasongo, 49 ans, aurait utilisé des séances de prière pour poser des gestes sexuels sur une femme dans la mi-vingtaine, entre février et avril 2025.

Me Sonia Lapointe est procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Yannick Bergeron
Même si la plaignante était majeure, la poursuite entend démontrer que le pasteur était en situation d’abus de confiance. Ce rapport de force inégal, selon Me Lapointe du DPCP, rendait impossible tout consentement, a-t-elle insisté.
Père spirituel
La plaignante, originaire du Congo tout comme l’accusé, a immigré partiquement seule au Canada. Jeune mère de famille monoparentale, elle a trouvé du réconfort à l’Église universelle de Jésus-Christ. J’ai senti que j’avais trouvé une deuxième famille, a témoigné la jeune femme.
C’est dans ce contexte que Kasongo est devenu son père spirituel. Celui qu’elle appelait d’ailleurs Papa était en quelque sorte l’intermédiaire entre elle et Dieu, selon les enseignements de son Église.

Le pasteur Guy John Imani Kasongo prêche pour l'Église universelle de Jésus-Christ. (Photo d'archives)
Photo : Facebook
Cette figure paternelle prie pour nous et est là pour nous protéger, a expliqué la jeune femme. Elle croyait alors que le pasteur pouvait, avec ses prières, l’aider à trouver du travail et dans sa relation difficile avec son ex-conjoint.
Le rituel de l’huile de palme
Ils se côtoyaient depuis quelques mois à l’église, lorsqu’en février 2025, il se serait déplacé chez elle pour faire la prière. Au préalable, il aurait demandé à sa fidèle de se procurer de l’huile de palme, sans qu’elle en comprenne la raison, hormis pour cuisiner.
Une fois à l’appartement de la jeune femme, John Kasongo lui aurait demandé de prendre de l’huile de palme et de s’en insérer dans le vagin. Ça m’a gênée, a témoigné la femme. Face à son inconfort, le pasteur l’aurait rassurée : Je suis ton père, tu as honte de ton père?.
La fidèle aurait donc suivi les instructions du pasteur qui lui aurait par la suite demandé de s’asseoir avant de poser ses mains sur la tête de la femme pour prier. Quelques jours plus tard, Kasongo aurait répété le même rituel. Cette fois, il aurait demandé si la femme avait bien appliqué l’huile et aurait voulu s’en assurer, selon la témoin.
[Il] fallait que j’ouvre mes jambes pour qu’il puisse bien voir, a-t-elle décrit. La plaignante a affirmé que le quadragénaire aurait alors procédé à des attouchements digitaux. Elle était mal à l'aise, mais je me disais : c’est un homme de Dieu et son Église lui interdit d’avoir des doutes envers son père spirituel.

Avant de s’installer au Québec, Guy John Imani Kasongo a vécu pendant plusieurs années en Suède. (Photo d'archives)
Photo : Facebook
Après cette nouvelle prière, la jeune fidèle a éprouvé des douleurs vaginales et a soupçonné une infection. Après en avoir parlé à son pasteur, il l’aurait fait venir chez lui pour vérifier. Il aurait alors inséré son doigt pour constater qu’il y avait une enflure, avant de continuer à toucher ses parties génitales.
C’était une situation un peu gênante, a témoigné la jeune femme qui dit avoir demandé à l’accusé si elle pouvait fermer les yeux. Il l’aurait ensuite complimentée sur son corps.
Lors d’une rencontre subséquente, le pasteur aurait analysé les rêves de la jeune femme, puisque Dieu pourrait y transmettre des messages. La présumée victime en aurait profité pour lui faire part de sa confusion concernant les rituels de prière. Elle lui aurait demandé de ne plus toucher ses parties intimes.
Cette prière consiste à quoi?
Lors d’une visite du pasteur à l’appartement de sa fidèle, il l’aurait questionnée sur l’état de guérison de son anatomie avant de vérifier par lui-même. Après des attouchements au salon, il aurait accompagné la femme dans la chambre sous prétexte qu’elle y serait plus confortable.
C’est là qu’il aurait pénétré la plaignante avec son pénis, jusqu’à ce qu’elle lui demande : Cette prière consiste à quoi au juste?. Selon la femme, Kasongo aurait alors soupiré, se serait arrêté et se serait rhabillé. La femme, elle, était confuse. Si ce qu’il faisait n’était pas mauvais, pourquoi il s’est arrêté?, a-t-elle exprimé devant le jury.
Elle a parlé de la situation à une autre membre de l’Église et à sa sœur qui a immigré après elle au Canada. Le pasteur aurait par la suite repris contact avec la plaignante, disant vouloir lui parler. Selon son témoignage, il se serait rendu chez elle pour lui demander pardon pour tout ce qui s’est passé.
Plainte à la police
Quelques jours plus tard, une nouvelle rencontre aurait été organisée devant des témoins, toujours à l’initiative de Kasongo. Cette fois, il aurait sorti son téléphone pour enregistrer la conversation et y aurait donné une version des faits où il nie toute agression.
Devant sa négation, la victime alléguée aurait répliqué qu’elle allait appeler la police. Il aurait fini par avouer, selon elle, les attouchements avec l’huile, mais aurait réfuté l’avoir pénétrée. La jeune femme est allée, dans les jours suivants, porter plainte officiellement à la police de Québec.
Kasongo est représenté par Me Louis Belliard qui contre-interrogera la plaignante la semaine prochaine. Le procès d'une durée prévue de trois semaines est présidé par le juge Louis Dionne de la Cour supérieure.


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