NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Tout bon roman ferait-il un bon film? C'est probable, à condition bien sûr d'en confier l'adaptation aux personnes adéquates. Faire entrer plusieurs centaines de pages dans un long-métrage de deux heures nécessite pas mal de compromis. Donner corps à des personnages et des univers sans les trahir (ou alors juste un petit peu) requiert un talent monstre. L'exercice est toujours périlleux.
Si ce n'est pas (encore) dans vos habitudes, n'hésitez pas, pendant ou après la lecture d'un roman, à vous interroger sur l'identité des cinéastes et scénaristes à qui il faudrait absolument en confier l'adaptation, ainsi que le casting idéal. L'exercice est encore plus stimulant lorsqu'il est partagé avec d'autres personnes ayant lu le même livre.
Pour ce qui est de cette liste des douze romans sortis plus ou moins au printemps 2026, sachez que parmi les noms qui me sont venus, il y a: Diablo Cody, Sébastien Marnier, Rose Troche, François Ozon, Manal Issa, Vimala Pons, Mélanie Thierry, Théodore Pellerin, Sophie Thatcher, Xavier Dolan, Zita Hanrot et des tas d'autres. Et vous?
«Les Évadés du convoi 53»
«À 51 ans, Armand n'a rien d'un vieillard, il est un travailleur aguerri, un homme dans la force de l'âge. S'il manque parfois de courage, il n'en reste pas moins apte à défendre sa peau. Son refus de tenter le tout pour le tout, de suivre ses fils dans ce geste désespéré aux conséquences potentiellement tragiques, n'émane pas d'un sentiment d'infériorité, mais d'un devoir supérieur: la nécessité de se trouver auprès de sa femme quand le convoi atteindra sa destination finale. Peu importe ce qui les attend, il ne laissera pas Hélène l'affronter seule.»
«Maintenant qu'il est mort, notre seule manière de veiller sur lui est de raconter son histoire.» Au gré d'une brève introduction dont l'élégance ne sera jamais démentie, Benjamin Fogel explique pourquoi il lui a paru essentiel de relater l'évasion de treize Juifs (dont son grand-père Paul et son grand-oncle Robert), parqués avec un millier d'autres dans un train quittant le camp d'internement de Drancy en mars 1943. Transmettre cette histoire, c'est prendre soin de ceux qui l'ont vécue.
De soin, il en est largement question dans ce si beau roman: celui qu'on accorde à autrui, alors qu'il serait humain, sous l'effet de la barbarie subie, de vouloir faire cavalier seul et de ne chercher à sauver que sa propre peau. Les protagonistes de cet épisode historique dépeint avec cœur et rigueur par Benjamin Fogel nous bouleversent par leur attachement à s'occuper de l'autre, qu'il s'agisse d'un frère de sang ou d'un compagnon d'infortune. Haletant sans jamais sacrifier ses héros sur l'autel du suspense, Les Évadés du convoi 53 coupe littéralement le souffle.

«Je dis la vérité»
«Ça m'énerve aussi que les gens disent que j'ai pas avorté parce que ma foi me l'interdisait. Déjà, j'ai pas la foi. Et j'ai pas d'avis sur l'ivégé en général, j'ai fait un choix rien que pour moi et, franchement, je suis pas si sûre que ça d'avoir pris la bonne décision.»
Avec tout le respect dû à Louise Morel, autrice (entre autres) de Comment devenir lesbienne en dix étapes et de l'une des newsletters les plus passionnantes de toute la francophonie, son dernier livre est un sacré délire. L'introduction donne le ton, nous invitant à entrer dans ce qui est présenté comme la nouvelle édition de l'Évangile selon Marie et citant pêle-mêle les écrits de Michelle Foucot, Lait Digaga et Tay-Laure Souiffte. Quelques pages plus loin, on trouvera la retranscription exhaustive de la déposition effectuée par une certaine Marie auprès d'un agent prénommé Melchior.
La lycéenne y décrit la rencontre avec un garçon indélicat (énorme euphémisme) lors d'une soirée, puis le test de grossesse positif alors qu'aucun acte sexuel pouvant déboucher sur une fécondation n'avait pourtant eu lieu. Tout cela n'est que le début: dans cette dystopie qui n'en est pas tout à fait une, il sera question d'une chaîne YouTruth et d'un leader charismatique nommé Christian-Emmanuel Macrusk… De surprise en surprise, Louise Morel bâtit un univers délirant, cohérent, queer et politique. Son plaisir d'écrire, qui se ressent à chaque instant, est délicieusement communicatif.

«La Fête des folles»
«Per-Olof aimait utiliser l'expression “ce truc de l'homosexualité” quand il évoquait son orientation. Comme s'il s'agissait de quelque chose d'irritant qui s'était collé à lui et qu'il n'avait pas vraiment choisi.»
En cette nuit du 29 juillet 1971, il fait étonnamment chaud à Stockholm: les dieux et déesses de la météo semblent avoir tout mis en œuvre pour que l'inauguration des nouveaux locaux du fameux club Étoile soit aussi mémorable qu'espéré. Le romancier et dramaturge Jonas Gardell ne perd pas une miette de ce réjouissant spectacle décrit par ses participants comme «la plus grande fête de folles de l'histoire de la Suède». Mais ces personnages extravagants et charismatiques ne sont pas dupes: après la nuit reviendra la vraie vie, celle qui les force à raser les murs pour ne pas s'attirer d'ennuis.
Parallèlement, le narrateur s'intéresse à Mikael, garçon pas comme les autres (à la manière de Ziggy, oui) qui réalise très tôt que les contes de fées sont très loin de toujours bien se terminer. C'est le beau et difficile récit d'une affirmation de soi passant par des désillusions et des rencontres malheureuses. Jonas Gardell articule brillamment les deux facettes d'un même discours montrant que si la queerness est une fête, c'est aussi et surtout parce que la bamboche aide à survivre malgré ses traumas. Épatant.

Jonas Gardell
Traduction: Rémi Cassaigne
Gaïa / Actes Sud
192 pages
21 euros
Paru le 4 mars 2026
«Le Mécontentement»
«— L'autre jour, j'ai vu sur un forum un truc drôle. (Je parle les yeux fermés.) Imagine, tu es en vacances avec ton mec et tout à coup il disparaît de façon mystérieuse, tu appelles la police et tu passes ta journée à le chercher avec les autorités locales et, le soir, tu rentres à l'hôtel, crevée, tu te dis que ton mari est certainement mort mais que tu devras reprendre les recherches demain à l'aube... Tu te fais quand même ta routine skincare?
— Évidemment, répond Elena.
— Moi aussi.»
Le monde de l'entreprise est une vaste fumisterie. C'est en somme ce que se dit Marisa, cadre madrilène assumant pleinement l'inutilité de son job dans le marketing, qui consiste à prendre un air pénétré et à couper les cheveux en quatre en attendant qu'il soit l'heure de rentrer chez soi. Totalement accro à la plus célèbre des plateformes de vidéos («YouTube me présente une séries de vidéos susceptibles de m'intéresser. Elles m'intéressent toutes»), elle mène une vie de vacuité. Mais l'impression d'être au bord du précipice n'est plus très loin.
Le souvenir d'une collègue chère à son cœur, volatilisée du jour au lendemain sans demander son reste, n'aide pas Marisa à se stabiliser mentalement. Et que dire de l'angoissante perspective d'un séjour de team building organisé par des supérieurs hiérarchiques persuadés que cela va resserrer des liens… C'est comme si les astres s'alignaient pour la pousser à commettre l'irréparable. Beatriz Serrano signe un roman délicieusement acerbe sur les liens entre le capitalisme et l'abrutissement de celles et ceux qui le servent —c'est-à-dire vous, moi et tous les autres.

Beatriz Serrano
Traduction: Carole Fillière
JC Lattès
324 pages
21,90 euros
Paru le 25 février 2026
«Petits meurtres dans l'après-midi»
«En dépit du bon sens, elle avait décidé de couper par les quais, trajet qu'elle préférait éviter la plupart du temps car même après toutes ces années, elle ne pouvait s'empêcher de psychoter à l'idée de retourner sur les lieux du premier –et sans doute du pire– de ses crimes.»
Après le délectable Mort d'une libraire, revoici la Britannique Alice Slater, dont l'humour grinçant et le talent de portraitiste n'ont rien perdu de leur éclat. L'essentiel de Petits meurtres dans l'après-midi (ne vous arrêtez pas au titre) se déroule à Londres, le temps d'un dîner organisé par une certaine Caroline. Rongée par l'inquiétude après l'évaporation de son frère Daniel, dont la chemise ensanglantée a été retrouvée dans un bayou de La Nouvelle-Orléans, elle convie quelques proches pour qu'ils retracent avec elle le parcours du disparu.
Épousant tour à tour le point de vue de chaque convive (dont une médium qui va tenter d'utiliser les tarots pour aider les langues à se délier), Alice Slater tisse une comédie de mœurs en tous points délicieuse. Comme dans Mort d'une libraire, elle ne manie le récit policier qu'avec parcimonie: ce qui importe avant tout, c'est d'apprendre à connaître les protagonistes et à cerner de plus en plus précisément la nature de leurs rapports avec Daniel.
Fer de lance de la catégorie «bisexuel chaotique», ce dernier est omniprésent dans l'histoire. La romancière prend un malin plaisir à faire évoluer ce personnage séducteur, manipulateur et infréquentable; c'est d'ailleurs à ce titre qu'elle délaisse de plus en plus souvent le dîner londonien pour plonger avec Daniel dans les méandres de la capitale louisianaise. Le dénouement peut sembler frustrant, mais peu importe: avec Alice Slater, le chemin vaut le détour à lui seul.

«Caravane pour corbeaux»
«Tous les profs étaient tendus, dans l'attente. Le Directeur, que l'eau-de-vie rendait guilleret, voulant visiblement encourager un Todorov mal à l'aise, s'écria de nouveau: “Hardi làààà!” Alors, le visage de Todorov devint vert, sa bouche s'ouvrit enfin. Et il vomit. Éclata. Explosa sur la nappe blanche et surtout sur la chemise du Directeur. On entendit retentir quelques cris de femmes hystériques et le rire d'un homme.»
Incapable de prononcer le discours dont on lui avait confié la responsabilité, un enseignant bulgare est ridiculisé et contraint à l'exil. C'est le départ d'un long périple qui lui fera traverser le Loudogorié, région du nord-est du pays. Grinçant, rebondissant, Caravane pour corbeaux décrit l'inévitable introspection d'un enseignant mortifié par sa situation. Mais l'autrice Eminé Sadk ne s'arrête pas là, signant un roman picaresque et politique à la fois.
Si son héros enchaîne les situations rocambolesques et les rencontres inattendues, c'est pour mieux prendre conscience de la situation d'une Bulgarie dont la mutation semble devoir s'accompagner d'un lissage forcé. Dans ce pays comme dans tant d'autres, des minorités opprimées sont muselées, sommées de ne pas faire de vagues et de s'adapter au grand roman national. Drôle, onirique, touchant parfois au burlesque, la démonstration d'Eminé Sadk est implacable tout en restant d'une grande douceur.

«Brûle bébé»
«Je me demande si j'ai aimé ça, je sais qu'il a aimé ça, si je suis adulte maintenant, si ma mère serait davantage choquée parce que j'ai branlé un mec dans le bus en rentrant de l'école, ou parce que j'ai branlé un mec arabe dans le bus en rentrant de l'école. Je me rassure en me disant qu'il a pas joui et que je suis pas pédé. Pourquoi il a cru que j'étais pédé je me demande, ces choses-là ne se voient pas.»
Connu en tant que Sara Forever, brillante finaliste de la deuxième saison de «Drag Race France», Matthieu Barbin est également un danseur réputé et un comédien de grande classe –son spectacle Dynasties, donné à la Maison des Métallos en 2025, a marqué durablement les esprits de celles et ceux qui y ont assisté. Il semble que cette personne sache tout faire: son premier roman, Brûle bébé, en est la preuve éclatante.
Matthieu Barbin signe le récit forcément autobiographique d'une adolescence placée sous le signe de la singularité et de l'affirmation de soi. Attirance pour les garçons, appétit pour la danse: le livre pourrait n'être qu'un témoignage de plus sur ce que ça fait de grandir en dehors de la norme établie –ce serait déjà pas mal– mais c'est en réalité bien plus que ça, tant son style incandescent et inventif parvient à dépoussiérer chaque thématique et à transformer chaque passage obligé en déflagration.

«Rubyfruit Jungle»
«Je suis une bâtarde, et alors? Moi, je m'en fiche. Elle essaie de me faire peur. Elle fait tout le temps ça. Qu'elle aille au diable, et tous les autres avec, si ça fait une différence pour eux. Et Brocoli Detwiler et sa bite toute moche, qu'il aille au diable aussi. C'est lui qui m'a mise dans le pétrin, et en plus juste quand on commençait à gagner de l'argent.»
Publié aux États-Unis en 1973, Rubyfruit Jungle a déjà eu les honneurs d'une parution française en 1978, sous le titre Molly Mélo. Indisponible depuis plusieurs décennies, le roman de Rita Mae Brown, écrivaine lesbienne née en 1944, revient dans une nouvelle traduction, sonnant le lancement de la collection Queer ardent·e des éditions Héloïse d'Ormesson. C'est l'histoire d'une gamine de 7 ans, Molly Bolt, qui ne connaît pas la déconfiture: ni la misère ambiante ni la dureté d'une mère, qui lui lâche qu'elle n'est pas sa mère comme on vous crache au visage, n'ont raison de sa ténacité.
Assumant son orientation sexuelle –elle n'est pas franchement hétéro– avec un aplomb qui ne déconcerte que les gens détestables, Molly quitte le sud des États-Unis pour se diriger vers New York, où elle est bien décidée à embrasser une vie à la hauteur de ses ambitions professionnelles –elle veut devenir cinéaste– comme personnelles. Voir évoluer cette héroïne peu prompte aux concessions est un régal: lorsqu'elle joue des coudes pour montrer qu'elle n'a rien d'une figurante, c'est tout un lectorat queer qui jubile avec elle.

Rita Mae Brown
Traduction: Océane Guerrier
Éditions Héloïse d'Ormesson
336 pages
22 euros
Paru le 9 avril 2026
«tah l'époque»
«marco a fait un sale coup à arjan pour se venger, genre il a mis de la md dans son fanta avant son premier exposé devant la classe»
Sacré phénomène que ce roman dont l'auteur, un Norvégien d'origine croate, avait 19 ans au moment lorsqu'il en a achevé l'écriture. Dans une forme très libre –des tranches de vie fulgurantes, quelque part entre le slam et l'anecdote narrée sur le vif, sans majuscules parce que pourquoi perdre du temps–, Oliver Lovrenski dresse le portrait de quatre potes qui se chambrent, s'estiment, se regardent grandir et évoluer.
Chaque passage est bref, efficace, la substantifique moelle et rien d'autre. Ivor, le narrateur, a le sens du résumé et de la formule qui fait mouche, et ses trois comparses lui tiennent la dragée haute. Pour tuer le temps, ces petits gars traînent leurs guêtres à Oslo, se droguent souvent, se déclarent leur flamme amicale avec une inventivité désarmante. tah l'époque se lit d'une traite, comme si on scrollait sans discontinuer sur le profil d'un ado au talent monstre. Grâce soit aussi rendue à la traductrice Marina Heide, qui signe une adaptation française du tonnerre.

Oliver Lovrenski
Traduction: Marina Heide
Actes Sud
320 pages
18 euros
Paru le 4 février 2026
«Spécimen»
«— Vous faites quoi maintenant?
Le type qui nous a prises en stop, Laura et moi, ricane en tournant sa face émaciée vers nous.
Elle pose sa longue main blanche sur la mienne. Et je me souviens de la pensée qui me traverse: nos ongles, à elle et moi, dans le globe de ses yeux à lui.
— Je plaisante! s'amuse l'homme en déverrouillant les portières. Faites pas cette tête, c'était pour vous faire comprendre. Là, vous tombez bien, mais faut pas monter avec n'importe qui. Y a des tarés partout. Faut plus faire ça, ok les filles?»
Dans un quartier fictif de Marseille, la narratrice de Spécimen interroge ses propres fantômes –une adolescence marquée par une amitié fusionnelle brutalement rompue par l'autre– tout en sondant l'âme de Rafael Costa, le fils de la nourrice de son propre enfant, dont elle est amenée à lire les carnets. Double totalement assumé de Pauline Claviere, cette journaliste et écrivaine va devoir creuser en profondeur pour tenter de saisir la psyché du jeune homme mystérieusement disparu.
Sans dévoiler le cœur des écrits de Rafael, ni le déroulement de la deuxième moitié du livre, on peut dire de Spécimen qu'il explore un certain type de violences sous différents prismes, alimentant la nécessité d'une grande réflexion générale autour de sujets trop graves pour être systématiquement relégués dans la rubrique faits divers. Pauline Claviere n'a nul besoin de détails sordides pour glacer le sang: sous sa plume, on comprend l'omniprésence du danger et les ravages du «ça n'arrive qu'aux autres». En prime, la fin scie les jambes comme pour achever de nous convaincre.

«1979»
«Il me regarda de la tête aux pieds et tordit la commissure droite de ses lèvres jusqu'à ce qu'apparaisse la fameuse fossette christopherienne.
- Tu tiens absolument à porter ces sandales? Elles sont grotesques, dit-il.
— Porter des sandales, dear, c'est donner un coup de pied en pleine figure à la bourgeoisie.
— Espèce de con, dit Christopher.»
Publié en 2001 (et en 2003 pour sa première parution française, sous le titre Fin de party), 1979 a le goût d'une farce intemporelle, s'ouvrant sur les élucubrations de deux touristes (un décorateur allemand et son petit ami architecte d'intérieur) en Iran… l'année même de la révolution islamique et de la chute du shah. Qu'à cela ne tienne: en bons Occidentaux, ces deux-là se sentent partout chez eux, se donnant en spectacle de la façon la plus risible qui soit.
C'est justement ce qu'entend pointer du doigt Christian Kracht, dont le style vitriolé est un régal. La critique féroce mais rigolarde de l'occidentalisme prendra assez rapidement des atours plus sombres, faisant évoluer la trajectoire des deux personnages principaux avec une noirceur qui désarçonne. 1979 est tout entier traversé par l'idée que tôt ou tard, même en s'évertuant à faire l'autruche face à la situation de ce monde, chacun finira au pied du mur. Sous la plume de l'écrivain suisse, c'est aussi déprimant que réjouissant.

«Vous êtes ici»
«Elle entend, amortie par les murs, une explosion de cris de joie. La voix de Willem est hachée, mais étonnamment réaliste. Digne des mauvaises connexions téléphoniques d'antan. Et dans ces circonstances inhabituelles, elle pourrait croire que Willem se trouve dans un coin reculé de l'univers, à des années-lumière d'elle.»
L'intelligence artificielle occupant une place exponentielle dans notre quotidien –où nous sommes chaque jour invités à en faire l'usage, mais également à nous en méfier comme de la peste–, il faut s'attendre à ce que déferlent les œuvres centrées sur ce qui, il y a encore quelques années, n'était qu'un fantasme de science-fiction. En la matière, Peter Terrin place la barre très haut: ni idéaliste ni rétrograde, son Vous êtes ici est une réflexion habile sur l'IA et les problématiques qu'elle génère.
Le roman met en scène Juliette, fidèle secrétaire d'un vieil écrivain récemment décédé, qui accepte de participer à une expérience pour le moins perturbante. Des scientifiques, qui sont parvenus à télécharger le contenu du cerveau de l'auteur, l'ont désignée comme récipiendaire des précieuses données, au nez et à la barbe de Femke, la veuve de l'artiste.
Que penser de l'objectif de poursuivre l'œuvre du défunt après sa mort? À quel point Juliette, qui semble avoir fait bien plus que simplement retranscrire le dernier roman de l'écrivain sous sa dictée, est-elle peu à peu possédée –dans tous les sens du terme– par l'esprit du maître? Ce n'est là qu'un des pans de ce roman affûté, qui ouvre autant de questionnements que de perspectives littéraires.






























.jpg)






French (CA)