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« C’est fou » : bond anticipé de 15,8 % du nombre de sans-abri en Ontario

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Le nombre de sans-abri recensés en Ontario risque de grimper de 15,8 % de 2025-2026 à 2028-2028, passant de près de 77 000 à 89 000, selon les projections du Bureau de la responsabilité financière de l'Ontario (BRF), qui montre en partie du doigt un manque d'investissements provinciaux. Le gouvernement de Doug Ford se défend.

Le problème de l'itinérance touche bien sûr Toronto, mais il a pris beaucoup d'ampleur, selon le rapport, à Ottawa, Windsor et Hamilton, notamment, ainsi que dans plusieurs régions du Nord de l'Ontario.

Le BRF souligne aussi que le nombre recensé de jeunes itinérants dans la province a grimpé de 26,2 % de 2022-2023 à 2024-2025, comparativement à 16,7 % pour les adultes.

Plus de 13 % des sans-abri recensés en 2024-2025 étaient des jeunes.

Hausse du nombre de sans-abri recensés

Ville/Municipalité régionaleNombre de sans-abri en 2022-2023Nombre de sans-abri en 2024-2025Variation
Toronto21 19219 462-8,2 %
Ottawa78829431+19,7 %
Windsor26064007+53, 8 %
Peel17213279+90,5 %
Durham8611987+130,8 %

Dans le Nord, les districts de Cochrane (+108,7 %), de Rainy River (+170,9 %) et de Nipissing (+45,5 %) sont aussi particulièrement touchés, lorsqu'on examine l'évolution du nombre de personnes itinérantes par 100 000 habitants de 2022-2023 à 2024-2025, note le BRF.

Le comté de Lennox et d’Addington dans l'est de la province a connu également une forte augmentation de la population itinérante durant cette période (+329,2 %).

Gaétan Héroux, militant pour les sans-abri à Toronto et membre de l'organisation 230 Fightback pour le logement, se désole de la situation.

C'est fou. [...] Ça n'arrête pas, ça continue à monter.

Ça devrait inquiéter tous les résidents de Toronto et de l'Ontario, ajoute-t-il, affirmant qu'on a laissé pourrir [la situation] pendant des années. Bien plus d'Ontariens qu'on pense, selon lui, vivent d'un chèque de paie à l'autre.

L’opposition libérale à Queen’s Park critique elle aussi vivement le bilan du gouvernement Ford. Le rapport du BRF avait été demandé par le député libéral Ted Hsu (Kingston et les Îles), qui soulignait que le gouvernement s’appuyait sur des données prépandémiques.

Gaétan Héroux en entrevue à Toronto, le 10 septembre 2026.

Il faut plus de logements abordables, presse Gaétan Héroux, militant pour les sans-abri à Toronto.

Photo : Radio-Canada

 Le message est simple : la province dépense moins alors que plus de gens se retrouvent à la rue. Les chiffres ne concordent pas. Ce gouvernement ne maîtrise pas le problème, s’est indigné Ted Hsu.

De leur côté, les critiques libéraux Adil Shamji (Logement) et Lee Fairclough (Santé mentale et itinérance) déplorent des coupes de près d’un quart de milliard de dollars dans les soutiens provinciaux.

Ils avertissent que le manque d’investissements en prévention met une pression insoutenable sur les refuges, les hôpitaux et les travailleurs de première ligne, particulièrement dans le Nord de l’Ontario, et réclament une stratégie provinciale claire pour mettre fin au sans-abrisme.

Baisse projetée de l'aide gouvernementale

La hausse projetée de 15,8 % du nombre de sans-abri d'ici 2028-2029 est, en fait, inférieure à celle de 23,3 % observée de 2022-2023 à 2025-2026.

Cela s'explique entre autres, selon le BRF par :

  • Le ralentissement de la croissance démographique;
  • L'amélioration anticipée de l’accessibilité au logement, grâce à une croissance plus forte des salaires que des loyers.

En revanche, ces facteurs sont contrebalancés, dit le BRF, par une diminution anticipée de l'aide gouvernementale, alors que des investissements faits durant la pandémie et dans le cadre du pacte fiscal de 2023 avec Toronto doivent prendre fin, à moins d'un prolongement.

Graphique indiquant que les dépenses gouvernementales de lutte contre l'itinérance, rajustées en fonction de l'inflation, devraient passer de 715 millions en 2025-2026 à 681 millions en 2028-2029, selon le rapport.

Les dépenses gouvernementales contre l'itinérance risquent d'être inférieures aux besoins au cours des prochaines années, selon le Bureau de la responsabilité financière de l'Ontario.

Photo : Bureau de la responsabilité financière de l'Ontario

Selon le rapport :

  • Le nombre de ménages bénéficiant du soutien des programmes provinciaux de lutte contre l’itinérance devrait passer de 204 876 en 2025-2026 à 187 205 en 2028-2029, soit une baisse de 8,6 %, comparativement à une hausse de 17,7 % observée entre 2022-2023 et 2025-2026.

Par ailleurs, le BRF prévoit que, de 2025-2026 à 2028-2029, le nombre de personnes en situation d’itinérance bénéficiant des programmes provinciaux de logement augmentera de 12,9 % au total, soit un rythme plus lent que la croissance de 20,0 % enregistrée de 2022-2023 à 2025-2026.

Le gouvernement Ford se défend

Le rapport du BRF est fondé sur des projections, et non pas des dépenses réelles du gouvernement, répond par courriel Michael Minzak, porte-parole du ministre ontarien des Affaires municipales et du Logement, Rob Flack.

Notre gouvernement a fait des investissements sans précédent dans le soutien à la santé mentale, afin d'aider les personnes à briser le cercle vicieux de la dépendance, tout en donnant aux municipalités les outils nécessaires pour lutter contre le sans-abrisme et construire davantage de logements subventionnés, note-t-il.

Nous continuerons à réaliser les investissements nécessaires pour protéger les collectivités de l'Ontario, tout en veillant à ce que les municipalités disposent des ressources dont elles ont besoin pour lutter contre l'itinérance, développer leurs services, créer davantage de logements subventionnés et garantir aux personnes confrontées à des problèmes de dépendance et de santé mentale un accès à un traitement, ajoute-t-il.

M. Minzak rappelle aussi que l'Ontario a haussé le salaire minimum à 17,60 $ l'heure.

L'itinérance est plus visible, affirme Gaétan Héroux, mais ce problème reflète, en fait, le manque de logement abordable en Ontario, dit-il, en plus des prestations inadéquates d'aide sociale.

Pour lui, les gouvernements fédéral et provincial devraient construire eux-mêmes des logements, plutôt que de laisser la question entre les mains des promoteurs privés.

Avec la collaboration de Lounan Charpentier

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