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Du cirque en centre d’hébergement et de soin de longue durée (CHSLD) : c’est un des projets en développement par l’École de cirque de Verdun (ECV), de loin le principal établissement du genre au Québec, au Canada et à l’échelle continentale. Depuis sa fondation, en 1988, l’école communautaire a initié et formé des dizaines de milliers de personnes aux disciplines circassiennes, et ce sera donc bientôt au tour d’une nouvelle clientèle qu’on n’attendait vraiment pas dans ce monde.
« Le CHSLD voisin [Le Manoir de Verdun] nous a approchés parce que les personnes âgées qui y vivent souffrent d’isolement », explique la directrice, Marie-Josée Lareau, rencontrée au sein de l’école, au bord du fleuve dans l’arrondissement montréalais. « Nous, parfois, on cherche des lieux pour s’entraîner. On a donc imaginé différentes façons pour permettre à nos jeunes de s’exercer dans les locaux du centre. »
Les jeunes acrobates vont en même temps divertir les personnes âgées avec des démonstrations et de petits spectacles. Dans une deuxième phase du projet, l’ECV envisage d’acheter et d’installer dans l’atrium du centre d’hébergement de Saint-Henri une structure pour accueillir des numéros de tissus aériens, des sangles, du trapèze ou du cerceau. Il est aussi rêvé d’initier des pensionnaires à une discipline circassienne.
« On a déjà donné des cours spécialisés à des gens de 50 ans et plus, résume la directrice. On les mettait sur des tissus aériens et ils adoraient ça. Pour les [résidents des] CHSLD, la mobilité est encore plus réduite, mais on peut y arriver. On peut vaincre la peur et l’appréhension à tout âge. Et alors, en sortant de leur chambre, les pensionnaires pourraient regarder une personne âgée suspendue et heureuse. »
Desjardins a fourni 1700 $ pour l’introduction au Manoir. L’ECV cherche 3000 $ pour financer le second volet. « On a d’autres CHSLD intéressés par cette idée, ajoute Mme Lareau. Les partenariats futurs pourraient permettre à des enfants de faire des stages dans les centres, ou aux élèves en classes préparatoires de s’entraîner sur place. On est en discussion. Ce serait faisable et ça me semble formidable comme idée. »
Une vocation communautaire
L’École de cirque de Verdun continue ainsi de proposer des activités récréatives pour tous les âges, « de 1 à 111 ans », résume par une autre formule la directrice. Bon an mal an, l’établissement reçoit environ 1500 élèves en plus des ateliers d’initiation scolaires, à coups de 50 à 100 enfants en même temps pour une demi-journée, pour un total d’à peu près 10 000 initiations annuelles. Les camps des semaines de relâche (95 places) et les camps de jours d’été (685 places) refusent beaucoup de participants.
L’ECV a été fondée en pleine effervescence circassienne au Québec, dans la foulée de la création et du rayonnement mondial du Cirque du Soleil. Les grandes écoles de Montréal et de Québec formant des professionnels diplômés datent à peu près de la même période.
L’établissement à vocation communautaire compte huit employés permanents et des dizaines de contractuels pour les formations spécialisées. Près de 85 % des revenus viennent des inscriptions. Les soutiens de la Ville et de certains ministères provinciaux ou fédéraux aident à développer des projets particuliers.
L’école occupe un ancien aréna au bord du fleuve. L’immeuble qui abrite aussi une maison de la culture appartient à l’arrondissement. Il a été rénové et adapté aux exigences particulières de l’entraînement circassien, notamment du dégagement en hauteur. L’École s’est endettée pour se payer les équipements spécialisés qui permettent l’enseignement de l’acrobatie, des disciplines aériennes, de l’équilibre sur les mains, bref de tout ce qui peut composer un spectacle.
Petit circassien deviendra grand
Des formations poussées sont également offertes pour permettre aux plus doués d’intégrer ensuite des établissements spécialisés menant à une pratique professionnelle. L’ECV propose le seul programme préparatoire indépendant du Québec, mais des cursus semblables sont intégrés à l’École nationale de cirque de Montréal et à l’École de cirque de Québec. Les cohortes de mordus, composées de jeunes de 16 à 25 ans environ, se forment à partir des participants des cours d’initiation et de nouveaux inscrits qui proviennent soit de cursus sportifs, comme la gymnastique, soit d’autres écoles préparatoires, parfois de l’étranger.
C’est le cas d’Axel Buard, rencontré avant une formation de fin d’après-midi. Il est arrivé de France en septembre 2025 après une initiation à l’école de Mimulus, une petite ville des Pays de la Loire. « J’ai découvert l’école de Verdun par hasard et, quand j’ai vu qu’elle était au Canada, je me suis essayé et j’ai été accepté », résume-t-il. Il a 24 ans et a enseigné des années à Mimulus. Il espère maintenant intégrer une des grandes écoles de cirque du Québec ou de France avec sa spécialité, le mât chinois.
Quitterie Rigaud a le même objectif pour ensuite devenir artiste professionnelle. Elle a fait tout son parcours à l’ECV, du camp de jour aux autres activités récréatives, jusqu’au programme préparatoire, à raison de plus d’une quinzaine d’heures d’entraînement par semaine. Elle a commencé à 14 ans, en a 20 et va tenter sa chance en année préparatoire à l’École de cirque de Québec l’an prochain. « J’ai commencé à m’intégrer au cirque à l’École de Verdun, je me suis fait des amis et j’ai plongé à fond », résume-t-elle en ajoutant qu’elle poursuit ses études universitaires en histoire.
L’établissement verdunois attire davantage de filles et de femmes qui comptent pour six, voire sept inscrits sur dix. Certaines disciplines, comme les aériennes, ne comptent à peu près jamais de garçons ou d’hommes, qui préfèrent les sauts et les acrobaties. Les inscriptions proviennent pour plus de la moitié de l’arrondissement ou de ses voisins proches. « On est une école de proximité », résume la directrice.


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