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Les exportations du Manitoba vers les États-Unis ont fortement diminué l’an dernier. Pourtant, la province est loin derrière les autres en terme de présence à l’étranger pour débloquer de nouveaux marchés.
Les exportations manitobaines de biens vers les États-Unis ont diminué de 17,5 % en 2025, selon les données du dernier budget provincial publié le 24 mars. Parallèlement, celles vers les autres pays ont progressé de 7,6 %.
Les États-Unis restent le premier pays où s’en vont les produits fabriqués au Manitoba : ils représentent environ 66 % des exportations de biens de la province, mais cette part est en diminution notable. En effet, les États-Unis représentaient 71,7 % de exportations manitobaines en 2024, avant l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.
Pour tenter de débloquer de nouveaux marchés, plusieurs provinces disposent de dizaines de représentations à l’étranger. Selon un décompte de Radio-Canada, la Colombie-Britannique dispose de bureaux dans 23 pays, l’Alberta en a 18, la Saskatchewan, 11, l’Ontario, 16, et le Québec, 32.
À l’inverse, le Manitoba n’en a qu’un : il a ouvert son seul bureau l’an dernier à Washington et celui-ci dispose d’un budget de 800 000 $, selon un porte-parole du gouvernement provincial.
Le Nouveau-Brunswick est la seule province à disposer de bureaux physiques à Paris et en Inde, mais en partenariat avec Affaires mondiales Canada.
À Paris, en France, nous disposons d’un bureau qui apporte son soutien au ministère des Affaires intergouvernementales dans le cadre de la stratégie NB-France. Ce bureau accueille également la correspondante nationale de la province auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. À Bangalore et à Delhi, en Inde, nous disposons de bureaux qui apportent leur soutien à Opportunités NB, affirme Rebecca Howland, agente des communications du ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail du Nouveau-Brunswick.
Les provinces maritimes de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador n’ont pas de délégations à l’étranger, mais elles ont des accords avec le gouvernement fédéral pour leurs projections dans d’autres pays, selon des porte-parole de ces deux provinces.
La Nouvelle-Écosse, pour sa part, ne nous a pas répondu.
Le Manitoba historiquement absent
Historiquement, le Manitoba n’a jamais été très actif dans ce domaine, fait remarquer Chris Kukucha, professeur de sciences politiques à l’Université de Lethbridge et spécialiste des politiques provinciales en matière de commerce extérieur.
L’Ontario, le Québec, l’Alberta, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique sont un peu plus actifs.
Le Manitoba a toujours disposé de capacités bureaucratiques très limitées en matière de politique commerciale, avec un personnel très restreint. En Alberta, par exemple, le nombre de personnes affectées aux questions internationales varie généralement entre 8 et 15, selon le gouvernement, poursuit-il.
Or, avoir des bureaux à l’étranger est primordial pour développer de nouveaux débouchés commerciaux.
Ils sont d'une grande aide, car nous investissons beaucoup de temps et d'argent dans des allers-retours nécessaires pour établir de nouvelles relations sur les marchés, afin de promouvoir les intérêts économiques de Winnipeg et du Manitoba, mais aussi pour les maintenir, affirme Ryan Kuffner, président et directeur général de l'organisme Winnipeg Economic Development and Tourism.
Certains marchés, comme l'Asie-Pacifique, reposent fortement sur les relations et nécessitent donc généralement plus de visites pour maintenir et développer des relations, relève-t-il.
Par conséquent, le fait d'avoir une présence permanente sur place est extrêmement pertinent, indique le directeur général du World Trade Centre Winnipeg, André Brin.
Pertinent dans un contexte de concurrence
Dans ce domaine, le Manitoba est en concurrence avec les autres provinces canadiennes, souvent pour les mêmes marchés.
Il n’y a aucun doute que c’est un avantage pour [les autres provinces] d’avoir des individus dans ces régions-là. On peut imaginer qu'elles attirent beaucoup plus l’attention que le Manitoba, dit André Brin.
Mais la concurrence entre les provinces se joue aussi sur le plan fédéral. Selon Chris Kukucha, elles développent une présence à l’étranger en grande partie pour des raisons nationales.
Elles tentent de démontrer aux électeurs qu’il existe une activité et des préoccupations internationales concernant des enjeux importants. Elles tentent de développer cette capacité afin d'avoir plus de légitimité à la table des négociations fédérales-provinciales lorsqu'elles abordent ces questions, poursuit l'universitaire.
Des résultats peu probants
Il reste que l’efficacité des bureaux provinciaux à l’étranger est difficile à évaluer. Dans son article « New bottles, but the same old wine: Canadian subfederal engagement in the United States », paru l’an dernier dans le Canadian Foreign Policy Journal, Chris Kukucha explique que la Colombie-Britannique est la seule province à avoir tenté d’évaluer les résultats obtenus de ses bureaux aux États-Unis.
En 2017-2018, les représentants provinciaux à l'étranger ont facilité 489 voyages d'affaires (aller-retour) pour des entreprises de la Colombie-Britannique, ce qui a mené à la conclusion de 213 accords commerciaux d'une valeur totale d'environ 450 millions de dollars, indique l'article.
En fin de compte, il est quasiment impossible de mesurer empiriquement les résultats. La Colombie-Britannique ne l’a fait qu’une fois et c’était assez spéculatif. La méthodologie employée pour suivre tout cela est pour le moins douteuse, affirme Chris Kukucha.
Richard Madan, le représentant du Manitoba à Washington, n’a officiellement apporté aucun résultat concret pour la province jusqu'ici. André Brin et Ryan Kuffner estiment cependant qu’un tel bureau est avant tout un investissement à long terme et que la diversification des marchés prend du temps.


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