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Le candidat LR promet la laïcité, puis choisit lui-même quelles racines mériteraient une place constitutionnelle.
Interrogé très directement sur cette proposition, Bruno Retailleau n’a pas esquivé. « Absolument », a-t-il répondu, estimant que cette définition correspondrait à « notre histoire » et à « notre culture ». La proposition a été confirmée durant son entretien consacré à la présidentielle de 2027.
🇫🇷🎙️ FLASH | Bruno Retailleau confirme vouloir inscrire dans la Constitution que « la France est un pays de tradition judéo-chrétienne ». pic.twitter.com/hWwLXdRISk
— Cerfia (@CerfiaFR) September 6, 2026
Une « tradition judéo-chrétienne » qui ne tombe pas du ciel
Le problème n’est évidemment pas de nier les liens historiques entre judaïsme et christianisme. Jésus, les apôtres et les premiers chrétiens viennent du judaïsme, et les deux religions partagent une partie de leurs textes et de leur histoire. Dans les études religieuses, l’expression « judéo-chrétien » possède d’ailleurs un usage descriptif parfaitement documenté.
Mais transformer ce terme en définition officielle de la France est une autre affaire. L’expression elle-même n’est pas une antique formule nationale transmise depuis Clovis. Des travaux historiques rappellent qu’elle apparaît au XIXe siècle et que la notion de « tradition judéo-chrétienne » connaît surtout une forte diffusion politique aux États-Unis au XXe siècle, avant de gagner les débats européens sur l’identité.
La France, elle, s’est construite sur un empilement autrement plus compliqué : héritages grec et romain, christianisme multiséculaire, droit, monarchie, Révolution française, Lumières, République, apports juifs, protestants et bien d’autres. Résumer tout cela à un trait d’union permet surtout de fabriquer un slogan pratique.
La laïcité, mais avec une tradition sélectionnée
Retailleau assure qu’il n’y aurait là aucune contradiction avec la laïcité puisqu’il parle d’un héritage culturel et non d’une religion officielle. C’est son principal argument, et il mérite d’être exposé. Seulement, sa proposition ne serait pas purement décorative : le candidat veut précisément que cette charte soit adossée à la Constitution afin que les juges puissent en tenir compte.
Or l’article premier de la Constitution est aujourd’hui beaucoup plus sobre : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » Il précise également qu’elle respecte toutes les croyances. Aucun pedigree religieux n’est demandé à l’entrée.
Inscrire deux traditions religieuses nommément choisies tout en proclamant que toutes sont également respectées produirait donc au minimum une drôle de hiérarchie culturelle : toutes les croyances sont égales, mais certaines auraient leur fauteuil réservé dans le bloc constitutionnel.
De Netanyahu à la droite française, une formule devenue politique
L’expression prend surtout une autre couleur lorsqu’elle est utilisée comme slogan géopolitique. En mai 2024, Benjamin Netanyahu déclarait sur LCI que la victoire d’Israël serait celle de la « civilisation judéo-chrétienne ». Le Média en 4-4-2 avait alors relevé le paradoxe entre cette présentation d’un front religieux commun et la situation de communautés chrétiennes palestiniennes frappées par la guerre.
C’est précisément là que le vocabulaire mérite d’être interrogé. Une expression permettant le dialogue entre religions n’a rien de choquant. Une étiquette utilisée pour découper le monde en blocs de civilisation, sélectionner les « bonnes » racines européennes ou accompagner des alliances géopolitiques mérite davantage de méfiance.
Bruno Retailleau veut désormais lui offrir une place constitutionnelle. Entre le patrimoine historique et le slogan politique contemporain, il reste pourtant quelques siècles d’histoire que le trait d’union ne suffit pas à faire disparaître.


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