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Bruit : un quart des Français aura des problèmes auditifs d’ici à 2050

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LE FIGARO DEMAIN - Alors que se tient la Semaine du son à l’Unesco, les spécialistes alertent sur les risques de bruit excessif. Tandis que de plus en plus de Français aspirent au calme, près de la moitié des jeunes sont exposés à des niveaux sonores dangereux.

«Tout le monde fait du bruit, de Milan jusqu’à Paris. Tout le monde fait du boucan, de Paris jusqu’à Milan. Ça gigote, ça s’agite. Ça blablate, ça dynamite. Et dans tout ce brouhaha, on laisse faire n’importe quoi...», chantait Oldelaf voici plus de dix ans. Et c’est plus vrai que jamais. Près de 76% de Franciliens sont exposés la nuit à un niveau de bruit routier dépassant la recommandation de l’OMS (45 dB entre 22 heures et 6 heures du matin), a montré l’étude Somnibruit*, dont les résultats viennent d’être publiés. Avec des effets délétères. Environ 510 000 habitants de la région consomment en effet chaque année des médicaments pour remédier à des troubles chroniques du sommeil. Cette étude tend à renforcer l’hypothèse selon laquelle la pollution sonore en serait responsable. «Si les valeurs guides de l’OMS étaient respectées, 15 000 personnes pourraient se passer de ces médicaments», regrette Nathalie Beltzer, directrice de l’Observatoire régional de santé (ORS) Île-de-France.

C’est pour sensibiliser à ces problématiques que la 23e édition de la Semaine du Son de l’Unesco se tient depuis lundi et jusqu’au 1er février. Car les nuisances sonores sont les grandes oubliées des politiques environnementales, alors que de plus en plus de Français aspirent au calme. Le trafic urbain n’est pourtant pas la seule cause de nuisance sonore, loin de là. Si l’on en croit une étude réalisée par Opinionway pour Ecophon, c’est dans les magasins et centres commerciaux que les Français sont le plus dérangés par le bruit (à 57% toujours ou souvent), suivis par les restaurants et bars (54%), les établissements sportifs et piscines (40%), sur leur lieu de travail (38%) dans les halls d’hôtels (31%), à leur domicile (25%) et enfin les chambres d’hôtels (24%).

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«Le bruit aux pauvres, le silence aux riches!», avait lancé Cynthia Fleury dans le cadre d’une conférence au Collège des Bernardins voici quelques années. Si la problématique se pose souvent en ces termes, ce n’est pas le cas en ce qui concerne la musique et les jeunes. Car dans les pays les plus riches, presque 50% des 12-34 ans sont de plus en plus exposés à des niveaux sonores dangereux. Un phénomène qui inquiète tout particulièrement les spécialistes. Ces comportements à risques sont liés dans presque la moitié des cas (48,20%) à des sons trop forts lors de concerts, festivals, en boîtes de nuit ou autres lieux de loisirs. Sans compter qu’un quart d’entre eux écoutent régulièrement de la musique avec un volume excessif sur leur casque ou leurs écouteurs.

Par ailleurs, de façon très discrète et à bas bruit, se généralise la compression du son, sur les antennes de radios comme sur les albums. Or l’absence de moments de silence qu’induit cette technique génère acouphènes et fatigue l’auditeur. Une étude menée par l’INSERM et l’université de Clermont Auvergne en 2021-2022 a montré que les cochons d’Inde exposés à de la musique compressée ressentaient toujours cette fatigue plus de 48 heures plus tard. De plus, les muscles protecteurs internes de leurs oreilles étaient affaiblis.

Résultat: si près d’une personne sur cinq est aujourd’hui concernée par une perte auditive dans le monde, toutes tranches d’âge confondues, cette proportion devrait passer à une personne sur quatre, à des degrés divers, d’ici à 2050, estime l’OMS. De telle sorte que le coût social du bruit ne cesse d’augmenter.

Le calme est devenu un confort nécessaire. D’ailleurs, on nous demande de plus en plus souvent de procéder à des diagnostics acoustiques et sonores au moment d’une acquisition immobilière ». 

Christian Hugonnet, acousticien, président fondateur de la Semaine du Son

Placée sous le signe de l’innovation, cette Semaine du Son cherche à démontrer que le bruit n’est pas une fatalité. Symptomatique du besoin de se protéger des nuisances sonores : la montée en puissance des casques à réduction de bruit, dont le marché croît de 30% par an en France en valeur depuis 2021, assure Sony. Le double vitrage cède la place au triple vitrage, sans que les ménages n’aient encore réalisé les effets pervers de ces derniers: si leur isolation thermique est incontestable, ils protègent des bruits issus de l’extérieur mais accentuent la perception des nuisances sonores provenant de l’intérieur, comme des appartements voisins. Certains l’ont découvert à leurs dépens après avoir effectué des travaux. Quant aux pompes à chaleur, d’autres découvrent qu’elles n’ont pas que des avantages en entendant leur bourdonnement, même si le secteur du bâtiment travaille à des solutions pour masquer ce dernier.

«Or si le DPE, obligatoire, mesure la performance énergétique, il n’existe aucune obligation d’information sur l’isolation acoustique d’un bien immobilier, regrette Christian Hugonnet, acousticien, président fondateur de la Semaine du Son. Or le calme est devenu un confort nécessaire. D’ailleurs, on nous demande de plus en plus souvent de procéder à des diagnostics acoustiques et sonores au moment d’une acquisition immobilière». 

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Généraliser les décibélateurs, comme les thermomètres

Des municipalités comme Rennes ou Nantes s’emparent du sujet en créant des zones calmes. Autre outil de sensibilisation: a été lancé en 2025 un décibélateur, dont le nom a été choisi par Erik Orsenna, parrain de la Semaine du Son l’an dernier. Ce nouvel outil de mesure du bruit a été mis en place sur le fronton d’une cinquantaine d’établissements, mairies - comme à Courbevoie - pharmacies ou magasins d’audioprothèse. «L’idée est de sensibiliser aux décibels, de les généraliser, comme les pharmacies l’ont déjà fait pour la température, car cette prise de conscience n’existe pas aujourd’hui», explique Christian Hugonnet.

À lire aussi Quand la ville aspire au calme : la pollution sonore, grande oubliée des politiques environnementales

Pour remédier aux problèmes générés par la surcompression, deux nouveaux labels sont en train d’être lancés. Un label «Qualité Sonore», développé par Paul Avan, professeur directeur du Centre de recherche et d’innovation en audiologie humaine (Ceriah) de l’Institut Pasteur, entend définir des critères garantissant une écoute optimale compatible avec la santé auditive. De quoi sensibiliser les diffuseurs et distributeurs aux conséquences sanitaires de cette pratique nocive. Le label «Qualité attendue d’une sonorisation», porté par la PME française fabriquant enceintes et amplificateurs L-Acoustics, qui sonorise la moitié des concerts et festivals du monde, se veut pour sa part le premier référentiel objectif d’évaluation des prestations de sonorisation dans les espaces publics et culturels. L’objectif étant que ce dernier devienne une référence technique pour les organisateurs et les collectivités.

Il reste que le son n’est pas synonyme de bruit. Cette notion recouvre également la qualité sonore, les bruitages et la musique. «Le Prix Quand le son crée l’image, qui invite les collégiens à imaginer un film autour d’une musique, les incite à écouter avant de regarder le monde», explique Christian Hugonnet. Après le prix de la meilleure création sonore lancé voici six ans au Festival de Cannes, dans le cadre de la sélection «Un certain regard», cette année est lancée pour la première fois la manifestation «Tous en harmonie, le week-end des orchestres», parrainée par le compositeur André Manoukian: les 24 et 25 janvier, une centaine d’orchestres sont incités à se produire dans toute la France afin d’inviter le plus grand nombre à découvrir le plaisir de la pratique instrumentale.

*Étude menée par Bruitparif, l’Observatoire régional de santé (ORS) Île-de-France, l’unité de recherche Sommeil-Vigilance-Fatigue (Vifasom) de l’université Paris Cité, en association avec la ville de Paris.

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