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Dans « Parlez-moi d’Histoire », le formidable travail des savants lors de l’expédition d’Égypte de Bonaparte est raconté par les conservateurs Corinne Le Bitouzé et Charles-Éloi Vial.
Passer la publicité Passer la publicitéSi la campagne d’Égypte s’est soldée par un échec militaire, elle fut une formidable aventure scientifique. Cette facette de l’épopée emmenée par Bonaparte est le sujet de ce nouveau numéro de « Parlez-moi d’Histoire ». Pour prendre conscience de l’ampleur du travail des savants en trois ans sur place, de 1798 à 1801, suivis d’une vingtaine d’autres années de labeur en France, Guillaume Perrault accueille deux spécialistes. Corinne Le Bitouzé, conservatrice générale, directrice adjointe au département des estampes de la Bibliothèque nationale de France, et Charles-Éloi Vial, conservateur au département des manuscrits de la BnF. Ils restituent avec passion leurs vastes connaissances. Un savoir qu’ils partagent également dans leur beau livre merveilleusement illustré, L’Expédition d’Égypte. Le rêve oriental de Bonaparte, coédité par Perrin et la BnF.
Pourquoi le Directoire envoie-t-il Bonaparte en Égypte ? « Il y a plusieurs éléments de réponse », avance Charles-Éloi Vial, qui souligne la volonté des directeurs d’éloigner de Paris celui qui vient de conquérir l’Italie du Nord et lorgne déjà le pouvoir. L’idée du Directoire est aussi d’attaquer l’Angleterre indirectement, de libérer le peuple égyptien des Mamelouks et, enfin, d’explorer un pays qui regorge de merveilles. « Cela prolonge l’esprit des Lumières, cette curiosité. Tout cela fait qu’en quelques mois va se monter une expédition colossale avec environ 45 000 soldats et plusieurs centaines de bateaux », ajoute l’historien.
La pierre de Rosette
Des scientifiques, donc, embarquent également en mai 1798. « Ils sont 167, précise Corinne Le Bitouzé. On emmène des minéralogistes, des naturalistes, des mathématiciens, des physiciens ou encore des orientalistes. Ils ont aussi comme objectif d’asseoir la présence française en Égypte, de permettre à l’armée de s’installer. Des ingénieurs agissent dans ce sens, à l’image d’un des plus célèbres d’entre eux, Nicolas-Jacques Conté (1755-1805). »
Les savants travaillent pour l’armée mais aussi pour assouvir leur passion pour ce qui deviendra l’égyptologie. « Ce sont souvent de très jeunes gens. À l’image de l’un des principaux membres archéologues de l’expédition, Édouard de Villiers du Terrage (1780-1855). Il a passé son examen de sortie de l’École polytechnique au Caire face à ses professeurs, les célèbres Gaspard Monge et Claude-Louis Berthollet ! », indique Corinne Le Bitouzé. Charles-Éloi Vial ajoute : « La mission première que Bonaparte donne à ces savants est de lever une grande carte de l’Égypte. (…) Ensuite, ils commencent à explorer des temples, et ils poussent jusqu’à la région du Fayoum, où il y a quelques pyramides. Et Vivant Denon (1747-1825) va jouer un rôle extrêmement important. Il est autorisé à suivre l’armée du général Desaix dans le Sud, en Haute-Égypte. (…). Quand Bonaparte voit ses dessins extraordinaires, il décide d’y envoyer une équipe de savants. »
Mais c’est dans le nord du pays, à Rosette, qu’est découverte en juillet 1799 la célèbre pierre. Une trouvaille du lieutenant et polytechnicien Pierre-François Bouchard (1771-1822). « Certains officiers sont des savants », souligne Charles-Éloi Vial, qui va même jusqu’à estimer que « tout le monde est plus ou moins savant là-bas ! On le voit dans La description de l’Égypte publiée ensuite (23 volumes parus entre 1809 et 1829, NDLR). Il y a énormément de savants qui vont naître lors de l’expédition. »


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